Aller au contenu

Ces lentilles fantaisie qui changent le regard le temps d’Halloween ont laissé 6 malades sur 10 avec une vue très basse après une infection de la cornée

Pour Halloween, ce samedi 31 octobre, des ophtalmologistes et un toxicologue mettent en garde contre les lentilles fantaisie achetées sans examen et les maquillages d'origine douteuse. Dans une étude menée dans 12 CHU français, 60 % des porteurs de lentilles fantaisie soignés pour une infection de la cornée gardaient une vision inférieure à 1/10, contre 13 % avec des lentilles classiques. Ce qu'il faut lire sur la notice et l'étiquette, et les bons gestes en cas de réaction.

Relu par Antonin Mateo
Vidéo S1N7ESE (1 min 16) : après une infection de la cornée, 6 porteurs de lentilles fantaisie sur 10 gardaient une vue très basse. Ce qu'il faut vérifier avant Halloween.

Un iris blanc laiteux, des pupilles de serpent, un œil entièrement noir : pour Halloween, ce samedi 31 octobre, les lentilles de contact fantaisie font partie des accessoires les plus recherchés, souvent achetées quelques euros sur internet ou en boutique de déguisements. Avec le maquillage de fête, elles concentrent les mises en garde des soignants cette semaine. « On peut retirer un costume ou effacer un maquillage ; on ne peut pas toujours réparer une cornée », résume le Dr Maxime Delbarre, chirurgien ophtalmologue à Montpellier, dans une tribune relayée par Presse Agence [2]. Côté peau, le toxicologue Stéphane Pirnay rappelle sur franceinfo que certains fards peuvent provoquer allergies et irritations, d’autant que ces produits sont souvent posés sur des enfants [1]. Les études et les textes officiels permettent de mesurer le risque, et surtout de savoir quoi vérifier avant la soirée.

Lentilles fantaisie : une infection de la cornée laisse plus souvent une vision très basse

La donnée la plus parlante vient de France. Entre 2007 et 2009, les services d’ophtalmologie de 12 CHU ont suivi tous les porteurs de lentilles soignés pour une kératite microbienne, une infection de la cornée, cette membrane transparente à l’avant de l’œil [3]. Sur 256 malades, 32 portaient des lentilles fantaisie, soit 12,5 %. Ils étaient plus jeunes (21 ans en moyenne, contre 27 ans) et portaient des lentilles depuis moins longtemps (3 ans, contre 9). Leurs lentilles avaient rarement été délivrées par un professionnel de la vue, et la plupart n’avaient reçu aucune explication sérieuse sur l’entretien et la manipulation [3].

L’issue a été nettement plus grave pour eux. 60 % des porteurs de lentilles fantaisie ont gardé une vision inférieure à 1/10 de l’œil infecté, contre 13 % des porteurs de lentilles classiques, soit une proportion près de cinq fois plus élevée [3]. Ces chiffres portent sur des personnes déjà atteintes d’une infection, pas sur l’ensemble des porteurs : ils ne disent pas combien de soirées finissent aux urgences, mais ce qu’il advient quand l’infection survient. Les auteurs, emmenés par l’hôpital universitaire de Strasbourg, y voyaient une complication « prévisible », faute d’information des acheteurs sur les règles d’hygiène de base [3].

En ce moment

Le mécanisme est connu. Une lentille mal adaptée frotte et crée de petites lésions de la cornée, qui ouvrent la porte aux bactéries ou aux amibes présentes dans l’eau du robinet ; l’infection peut évoluer vite vers un ulcère, puis une cicatrice qui voile la vue, explique le Dr Delbarre [2]. Les modèles dits « scléraux », qui couvrent aussi le blanc de l’œil, sont les plus à risque, car leur grand diamètre réduit l’oxygène qui parvient à la cornée [2].

À lire aussi :  Cure thermale moins remboursée en 2027 : ce que le transfert de 200 millions d'euros vers les mutuelles pourrait coûter de plus à chaque curiste

Lentilles colorées : 13 marques sur 15 n’ont pas résisté au coton-tige

Le produit lui-même compte aussi. À l’Université polytechnique de Hong Kong, des chercheurs ont acheté 15 marques de lentilles colorées chez des opticiens, dans des boutiques non spécialisées et sur internet, puis les ont frottées au coton-tige humide, vingt fois au plus par face [4]. Sur 13 marques, les pigments se sont détachés : la couleur était posée en surface au lieu d’être enfermée dans la matière. Ces lentilles retenaient aussi beaucoup plus de bactéries : les deux marques dont les pigments sont restés intacts en fixaient au moins six fois moins [4]. Une surface rugueuse et colorée irrite l’œil et offre un support aux germes, juste au contact de la cornée [2].

Infographie S1N7ESE : dans une étude menée dans 12 CHU français entre 2007 et 2009, 60 % des porteurs de lentilles fantaisie soignés pour une infection de la cornée sont restés avec une vision inférieure à 1/10, contre 13 % avec des lentilles classiques ; dans un test mené à Hong Kong en 2014, 13 marques de lentilles fantaisie sur 15 ont perdu leurs pigments au coton-tige ; la notice d'une lentille fantaisie compte 30 mentions obligatoires depuis le 22 juin 2023, dont le diamètre, le rayon de courbure, les matériaux et pigments, la durée maximale de port et l'interdiction de dormir avec ou de les prêter.
Après une infection de la cornée, 60 % des porteurs de lentilles fantaisie gardaient une vision inférieure à 1/10, contre 13 % des porteurs de lentilles classiques, et 13 marques sur 15 n’ont pas résisté au test du coton-tige. Infographie : S1N7ESE.

Ce que la notice d’une lentille fantaisie doit indiquer depuis juin 2023

Une lentille qui ne corrige pas la vue n’est pas un simple accessoire de mode. Comme le rappelle l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les lentilles de contact non correctrices relèvent du règlement européen sur les dispositifs médicaux, au titre des produits à usage esthétique [6]. Depuis le 22 juin 2023, un règlement d’exécution fixe leurs exigences de sécurité, dont des pigments qui ne doivent pas se libérer pendant le port, et impose une notice détaillée [5]. Nous y avons compté 30 mentions obligatoires. Celles que l’acheteur peut vérifier en ouvrant la boîte sont les plus utiles [5] :

  • le diamètre et le rayon de courbure de la lentille, qui conditionnent son adaptation à l’œil ;
  • les matériaux, pigments colorants compris, la teneur en eau et la perméabilité à l’oxygène ;
  • la durée maximale de port, et pour les lentilles réutilisables, la procédure de nettoyage et de désinfection ;
  • des mises en garde écrites telles quelles : « Ne pas utiliser les lentilles pendant les périodes de sommeil », « Les lentilles usagées ne doivent pas être utilisées par d’autres personnes », « Ne pas nettoyer les lentilles à l’eau du robinet », « Ne pas contaminer les lentilles avec du maquillage ou des aérosols » ;
  • la consigne de retirer la lentille immédiatement en cas d’irritation, de douleur, de rougeur, de larmoiement inhabituel ou de vision floue.
À lire aussi :  Cure thermale moins remboursée en 2027 : ce que le transfert de 200 millions d'euros vers les mutuelles pourrait coûter de plus à chaque curiste

Une boîte sans notice, ou une notice muette sur ces points, est un mauvais signe. Le règlement prévoit toutefois une période de transition : certains modèles déjà vendus avant juin 2023 peuvent rester sur le marché jusqu’en 2028, à condition que leur fabricant mène les essais cliniques requis et ait engagé leur contrôle par un organisme habilité [5]. La notice reste donc le premier indice accessible, mais elle ne remplace pas l’essentiel : pour le Dr Delbarre, la démarche sûre reste un avis ophtalmologique, un achat chez un opticien et une hygiène stricte, mains lavées et séchées, solution d’entretien adaptée, lentilles jamais prêtées [2].

Maquillage d’Halloween : l’étiquette d’abord, puis une touche au creux du coude

Pour les fards, la vérification commence aussi par l’emballage. Un cosmétique doit porter la liste des ingrédients, les précautions d’emploi, une date limite d’utilisation, un numéro de lot et le nom et l’adresse de l’entreprise responsable ; si ces informations manquent, mieux vaut ne pas l’utiliser, rappelle franceinfo en citant la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) [1]. Le toxicologue Stéphane Pirnay conseille de vérifier que la notice est bien en français, de respecter les limites d’âge comme « interdit aux 0-3 ans » et d’éviter les plateformes à très bas prix dont l’origine reste floue [1]. L’étiquette ne dit pourtant pas tout : lors d’un vaste contrôle de 5 600 cosmétiques, la DGCCRF avait relevé que 8 % des produits analysés ne signalaient pas un allergène présent à une teneur qui imposait de l’indiquer [7].

Les rappels de produits montrent où se situe le risque. En interrogeant la base publique RappelConso, nous avons recensé au moins 8 kits ou palettes de maquillage rappelés en France depuis 2021 pour leur composition, souvent destinés aux enfants : métaux lourds trop élevés, substances interdites ou dépassant les limites [8]. Trois coffrets de la gamme Pop Girl contenaient ainsi un mélange de conservateurs, la méthylchloroisothiazolinone et la méthylisothiazolinone (MCI/MI), interdit dans les cosmétiques qui restent sur la peau, avec un risque de lésions cutanées et oculaires [9]. La méthylisothiazolinone est un allergène connu, interdit pour cette raison dans les cosmétiques sans rinçage depuis février 2017 [12]. Chez une personne sensibilisée, le contact déclenche un eczéma de contact : des plaques rouges qui démangent là où le produit a été posé.

À lire aussi :  Cure thermale moins remboursée en 2027 : ce que le transfert de 200 millions d'euros vers les mutuelles pourrait coûter de plus à chaque curiste

D’où l’intérêt d’un test de tolérance. L’association Que Choisir recommande de déposer une petite quantité du produit sur la main ou au creux du coude 24 heures avant la fête, sur une peau sans boutons ni rougeurs, et d’éviter le contour des yeux, où la peau est très fine [10]. Elle conseille de ne pas se fier à la mention « hypoallergénique », qui n’est pas réglementée, de préférer les fards à l’eau, plus faciles à retirer, et de limiter au strict minimum le maquillage des moins de 3 ans [10].

Sur une table de cuisine, une mère dépose au coton-tige une petite touche de fard vert à l'intérieur de l'avant-bras de son fils, coiffé d'un chapeau de sorcière, à côté d'une palette de maquillage ouverte et d'une citrouille sculptée.
La veille de la fête, une mère dépose une touche de fard vert au creux du coude de son fils déguisé en sorcier. Que Choisir conseille ce test 24 heures avant de maquiller un enfant, pour repérer une réaction à la peau. Image d’illustration.

En cas de réaction : retirer, rincer, consulter, puis signaler

Pour les yeux, les signes d’alerte sont une rougeur, une douleur, une sensation de grain de sable, une gêne à la lumière ou une vision trouble. Ils imposent de retirer immédiatement les lentilles et de consulter un ophtalmologiste en urgence, sans attendre que « ça passe » et sans mettre de collyre sans avis médical, insiste le Dr Delbarre [2]. La notice réglementaire prévoit la même consigne : si les symptômes persistent après le retrait, il faut voir un professionnel de santé, car ils peuvent signaler une affection plus grave [5]. Garder la lentille et sa boîte aide le médecin à identifier le produit.

Pour la peau, il faut retirer le maquillage à l’eau dès qu’une rougeur ou une irritation apparaît, cesser de l’utiliser et consulter un professionnel de santé si les symptômes s’aggravent [1]. Conserver l’emballage permet de retrouver le numéro de lot. Un effet indésirable lié à un cosmétique ou à des lentilles peut être déclaré par chacun sur le portail public signalement.social-sante.gouv.fr, examiné par les réseaux de vigilance que coordonne l’ANSM [11].

Sources et références

[1] franceinfo — Maquillages, déguisements… Pourquoi certains produits d'Halloween peuvent présenter un risque pour la santé, 29 octobre 2026
https://www.franceinfo.fr/decouverte/halloween/maquillages-deguisements-pourquoi-certains-produits-d-halloween-peuvent-presenter-un-risque-pour-la-sante_8251006.html

[2] Presse Agence — Dr Maxime Delbarre : « Un déguisement d'Halloween peut coûter un œil », 28 octobre 2026
https://presseagence.fr/paris-dr-maxime-delbarre-un-deguisement-dhalloween-peut-couter-un-oeil/

[3] Sauer A, Bourcier T et le French Study Group for Contact Lenses Related Microbial Keratitis — Microbial keratitis as a foreseeable complication of cosmetic contact lenses: a prospective study, Acta Ophthalmologica, 2011
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21401905/

[4] Chan KY, Cho P, Boost M — Microbial adherence to cosmetic contact lenses, Contact Lens & Anterior Eye, 2014
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24440107/

[5] Règlement d'exécution (UE) 2022/2346 de la Commission du 1er décembre 2022 établissant des spécifications communes pour les produits sans destination médicale de l'annexe XVI du règlement (UE) 2017/745, annexe II (lentilles de contact)
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32022R2346

[6] ANSM — Quels sont les dispositifs sans finalité médicale couverts par le règlement 2017/745 ?, 3 juin 2026
https://ansm.sante.fr/documents/reference/quels-sont-les-dispositifs-sans-finalite-medicale-couverts-par-le-reglement-2017-745

[7] DGCCRF — Contrôle des produits cosmétiques, enquête publiée le 8 février 2017
https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/laction-de-la-dgccrf/les-enquetes/controle-des-produits-cosmetiques

[8] RappelConso (DGCCRF / data.economie.gouv.fr) — base des rappels de produits, consultée le 30 octobre 2026
https://data.economie.gouv.fr/explore/dataset/rappelconso-v2-gtin-espaces/

[9] RappelConso — Pop Girl Color Train Case, kit de maquillage pour enfants (Markwins), fiche de rappel du 3 octobre 2024
https://rappel.conso.gouv.fr/fiche-rappel/16043/interne

[10] Que Choisir — Maquillage pour enfant : consultez la liste des ingrédients !, guide d'achat
https://www.quechoisir.org/guide-d-achat-maquillage-pour-enfant-n3911/

[11] ANSM — Déclarer un effet indésirable, mis à jour le 26 juin 2026
https://ansm.sante.fr/documents/reference/declarer-un-effet-indesirable

[12] Règlement (UE) 2016/1198 de la Commission du 22 juillet 2016 modifiant l'annexe V du règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques (méthylisothiazolinone)
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32016R1198

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

Dans la même rubrique