Aller au contenu
Nutrition & bien-être

Les Français mangent 20 g de fibres par jour au lieu de 30 : ces 10 g manquants sont associés à 10 % de risque de cancer colorectal en moins

Le fameux « 10 g de fibres = 10 % de cancer du côlon en moins » vient d'une méta-analyse du BMJ. Il parle de 10 g en plus par jour, justement l'écart entre ce que mangent les adultes en France (20 g) et le repère de l'Anses (30 g).

Relu par Antoine BOUQUET
Sur une table en bois, un bol de flocons d'avoine aux poires et noix, du pain complet aux graines, des lentilles, un bocal de pois chiches, une carotte et une pomme.
Flocons d'avoine, pain complet, lentilles, pois chiches, fruits et légumes : autant de sources de fibres, alors que les adultes en France n'en consomment que 20 g par jour en moyenne.

« Dix grammes de fibres par jour réduisent de 10 % l’incidence d’apparition de cancer du côlon. » La phrase de la médecin espagnole Isabel Viña, tirée d’une publication sur son compte Instagram consacrée à l’avoine, a été reprise cette semaine par Top Santé puis par Pleine Vie, le 22 octobre. [1] [2] Elle s’appuie sur un vrai travail scientifique, mais elle se lit facilement de travers.

Le chiffre vient d’une méta-analyse publiée en 2011 dans le British Medical Journal. [3] Il ne parle pas de 10 grammes de fibres au total, ni d’avoine, mais de 10 grammes de fibres en plus chaque jour. Or c’est presque exactement ce qui manque aux adultes en France : ils en mangent 20 g par jour en moyenne, quand l’Anses en recommande 30. [4]

Ce que dit vraiment l’étude du BMJ

Les chercheurs ont rassemblé 25 études prospectives, qui ont suivi pendant des années des personnes dont on connaissait l’alimentation, pour voir lesquelles développaient un cancer colorectal, c’est-à-dire du côlon ou du rectum. [3] Résultat : pour chaque tranche de 10 g de fibres supplémentaires par jour, le risque relatif de cancer colorectal était inférieur d’environ 10 %. Ce résultat s’appuie sur les 16 études qui mesuraient les fibres totales, et il est remarquablement homogène de l’une à l’autre. [3]

En ce moment

Deux nuances changent la manière de le lire. D’abord, il s’agit d’une baisse relative : un risque qui baisse de 10 % ne disparaît pas, il diminue d’un dixième de ce qu’il était. Ensuite, ce sont des études d’observation. Elles montrent que les gros mangeurs de fibres ont moins souvent ce cancer, pas que les fibres en sont la seule raison : les auteurs eux-mêmes demandent d’autres travaux pour écarter l’influence d’autres facteurs et des erreurs de mesure de l’alimentation. [3] Dire, comme dans la citation reprise, que les fibres « ont démontré » cet effet va donc plus loin que l’étude. [2] [3]

Toutes les fibres ne pèsent pas pareil

La méta-analyse a aussi séparé les fibres selon leur origine. [3] Le signal le plus net vient des céréales :

  • fibres des céréales : environ 10 % de risque en moins pour 10 g de plus par jour ;
  • céréales complètes : 17 % de risque en moins pour trois portions de plus par jour, soit 90 g ;
  • fibres des fruits et des légumes : une tendance à la baisse (7 % et 2 %), mais trop incertaine pour être confirmée ;
  • fibres des légumineuses : seulement quatre études, aux résultats trop dispersés pour conclure.

Ce n’est pas une raison pour délaisser fruits et légumes : comme le rappelle Pleine Vie, l’absence de résultat net pour chaque catégorie prise isolément ne remet pas en cause leur intérêt nutritionnel. [1] Cela signifie plutôt que, dans ces données, ce sont surtout le pain, les pâtes ou le riz complets qui font la différence. Une analyse antérieure de 13 cohortes, citée par les auteurs, avait d’ailleurs surtout repéré un risque plus élevé chez ceux qui mangeaient moins de 10 g de fibres par jour. [3]

Infographie : apport moyen de 20 g de fibres par jour contre 30 g recommandés ; baisse du risque de cancer colorectal pour 10 g de plus : fibres totales −10 %, céréales −10 %, fruits −7 % et légumes −2 % non significatifs, céréales complètes −17 % ; dépistage de 50 à 74 ans, participation de 29,6 %.
L’écart entre l’apport moyen en fibres des adultes et le repère de l’Anses, et la baisse de risque de cancer colorectal associée à 10 g de fibres en plus par jour selon leur origine. Infographie : notre rédaction, d’après le BMJ, l’Anses et Santé publique France.

L’avoine, une autre histoire : celle du cholestérol

Dans sa publication, Isabel Viña parle surtout de l’avoine, riche en bêta-glucane, une fibre soluble qui forme un gel au contact de l’eau. [2] Ce gel ralentit l’absorption de certains nutriments, ce qui peut atténuer la hausse du sucre dans le sang après le repas et faire baisser le « mauvais » cholestérol LDL. [1] [2] L’Autorité européenne de sécurité des aliments reconnaît cet effet sur le cholestérol à partir de 3 g de bêta-glucanes d’avoine ou d’orge par jour, rappelle Pleine Vie. [1]

C’est un bénéfice bien établi, mais distinct : le chiffre de 10 % sur le cancer colorectal concerne les fibres totales, pas une dose d’avoine. [1] Un bol de flocons au petit-déjeuner y contribue, sans suffire à combler à lui seul les 10 g manquants.

Trouver les 10 grammes qui manquent

Selon l’étude INCA 3 de l’Anses, les fibres des Français viennent surtout des fruits et légumes et des produits céréaliers. [4] L’agence recommande de privilégier les fruits et légumes, les légumineuses et les produits céréaliers riches en fibres. [4] Concrètement, Pleine Vie suggère de remplacer régulièrement une céréale raffinée par sa version complète, d’ajouter lentilles, haricots ou pois chiches à une salade, et de préférer les fruits entiers aux jus. [1]

Illustration à la gouache : un couple prépare un repas dans une cuisine, la femme verse des lentilles dans une casserole, l'homme coupe du pain aux céréales, entourés de légumes.
Légumineuses, pain complet, légumes : l’Anses recommande de privilégier ces aliments riches en fibres pour se rapprocher des 30 g par jour.

Mieux vaut avancer par étapes : une hausse trop rapide peut provoquer gaz, ballonnements ou douleurs abdominales. Augmenter les portions progressivement, en buvant suffisamment d’eau, limite ces désagréments. [1]

Enfin, l’assiette ne remplace pas le dépistage. De 50 à 74 ans, sans symptôme ni risque particulier, le programme organisé propose un test immunologique à faire chez soi tous les deux ans. [1] En 2023-2024, seuls 29,6 % des personnes concernées l’ont réalisé, un taux stable depuis 2020 et inférieur au seuil européen jugé acceptable, selon Santé publique France. [5]

Sources et références

[1] Pleine Vie — « Dix grammes de fibres par jour réduisent de 10 % l'incidence d'apparition de cancer du côlon », explique Isabel Viña, médecin, 22 octobre 2026
https://www.pleinevie.fr/sante/nutrition/dix-grammes-de-fibres-par-jour-reduisent-de-10-lincidence-dapparition-de-cancer-du-colon-explique-isabel-vina-medecin-229515.html

[2] Top Santé — Isabel Viña, médecin : « L'avoine contient une grande quantité de fibres solubles, notamment du bêta-glucane », 19 octobre 2026
https://www.topsante.com/nutrition_et_recettes/les_bons_aliments/isabel-vina-medecin-lavoine-contient-une-grande-quantite-de-fibres-solubles-notamment-du-beta-glucane-994164

[3] Aune D. et al. — Dietary fibre, whole grains, and risk of colorectal cancer: systematic review and dose-response meta-analysis of prospective studies, BMJ 2011;343:d6617, 10 novembre 2011
https://www.bmj.com/content/343/bmj.d6617

[4] Anses — Étude individuelle nationale des consommations alimentaires 3 (INCA 3), dossier de presse, juillet 2017
https://www.anses.fr/fr/system/files/PRES2017DPA04.pdf

[5] Santé publique France — Participation au programme de dépistage organisé du cancer colorectal. Période 2023-2024 et évolution depuis 2010, 17 mars 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/cancers/cancer-du-colon-rectum/documents/bulletin-national/participation-au-programme-de-depistage-organise-du-cancer-colorectal.-periode-2023-2024-et-evolution-depuis-2010

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.