Aller au contenu
Beauté / lifestyle

Cure thermale moins remboursée en 2027 : ce que le transfert de 200 millions d’euros vers les mutuelles pourrait coûter de plus à chaque curiste

Le budget 2027 de la Sécurité sociale prévoit de baisser le remboursement des cures thermales pour en faire porter 200 millions d'euros aux complémentaires santé. Villes thermales, médecins et curistes se mobilisent, alors que 79 % des Français disent vouloir garder ce remboursement.

Relu par Antonin Mateo
Quatre retraités marchent dans un bassin thermal en se tenant à une rampe, guidés par une kinésithérapeute au bord de l'eau.
Une séance de soins encadrée dans un bassin thermal : en 2025, 465 874 personnes ont suivi en France une cure conventionnée de 18 jours, remboursée en partie par l'Assurance maladie.

Ce vendredi 23 octobre, élus, médecins et curistes avaient donné rendez-vous à 11 heures devant les thermes de Balaruc-les-Bains, dans l’Hérault, la première station thermale de France avec 51 113 curistes accueillis en 2025 [9]. Le 20 octobre, à Salies-de-Béarn, le maire avait lu en conseil municipal un courrier cosigné avec le groupe France Thermes et adressé au Premier ministre [6]. À Bagnères-de-Bigorre, ce sont les médecins thermaux et leurs patients qui montent au créneau [7]. Le point de départ est le même partout : le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 veut faire baisser le remboursement des cures thermales et reporter une partie de la facture sur les mutuelles.

Ce que prévoit vraiment le budget 2027 pour les cures thermales

Le texte de référence tient en une ligne. Dans l’annexe du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) consacrée aux dépenses, le gouvernement inscrit « 0,2 Md€ d’économies relatives aux cures thermales (baisse du taux de prise en charge) » [1]. Le 8 octobre, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a précisé devant le conseil de l’Assurance maladie que ces 200 millions d’euros seraient transférés aux complémentaires santé, dans un mouvement plus large de 700 millions d’euros [2][10].

Il ne s’agit donc pas d’une fin du remboursement : l’Assurance maladie continuerait de payer une partie de la cure, mais une partie nettement plus petite. Pour mesurer l’ampleur du coup de rabot, il faut le rapporter à la dépense totale. Le Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie et la Cour des comptes l’évaluaient à 270 millions d’euros en 2023 [2]. Les 200 millions visés en représentent 74 %, soit près des trois quarts.

En ce moment

Autre point qui circule mal : aucun taux n’est encore fixé pour 2027. Certaines reprises évoquent un remboursement qui passerait de 65 % à 15 %. Ce chiffre de 15 % était celui du projet de l’an dernier, finalement écarté pendant le débat parlementaire [1][10]. Cette fois, le gouvernement n’a pas donné de taux, et la baisse passerait par un décret, pas par un vote de la loi [2].

Pour l’instant, les règles restent celles que connaissent les curistes [8] :

  • le forfait thermal, c’est-à-dire les soins reçus pendant les 18 jours de cure, est remboursé à 65 % du tarif conventionnel ;
  • la surveillance médicale par le médecin thermal est remboursée à 70 % ;
  • des règles particulières s’appliquent aux cures liées à une affection de longue durée (ALD).

Combien cela pourrait coûter de plus à un curiste

Rapportés aux 465 874 personnes qui ont suivi une cure conventionnée en 2025 [9], les 200 millions d’euros représentent environ 430 euros par curiste en moyenne. C’est un ordre de grandeur, pas une facture individuelle : le montant réel dépendra du taux retenu, de l’orientation de la cure et du contrat de chacun.

Un exemple rend l’enjeu plus concret. Sur un forfait thermal de 600 euros, l’Assurance maladie rembourse aujourd’hui 390 euros. Si le taux tombait à 15 %, le chiffre évoqué l’an dernier, elle n’en paierait plus que 90. Il resterait 300 euros de plus à faire couvrir, soit par la mutuelle, soit par le curiste lui-même.

Infographie : 200 millions d'euros transférés sur 270 millions de dépense pour les cures, exemple d'un forfait de 600 euros remboursé 390 euros à 65 % contre 90 euros à 15 %, et trois chiffres du sondage CSA : 79 %, 22 % et 86 %.
Sur un forfait thermal de 600 €, passer d’un remboursement de 65 % à 15 % laisserait 300 € de plus à la complémentaire ou au curiste. Infographie : S1N7ESE.

Tout repose donc sur les complémentaires santé. Or c’est précisément le point qui inquiète les villes thermales. Dans leur courrier, le maire de Salies-de-Béarn et France Thermes le rappellent : « Ces organismes ne sont soumis à aucune obligation générale de rembourser les cures thermales » [6]. Un contrat peut très bien couvrir le complément jusqu’à 100 % du tarif conventionnel, un autre ne verser qu’un forfait limité, un troisième rien du tout. Et la question du prix de ces contrats, si les mutuelles doivent absorber 200 millions d’euros de plus, reste entière.

Le remboursement ne couvre déjà qu’une partie du budget d’une cure. À Bagnères-de-Bigorre, la directrice des Grands Thermes, Marie-Hélène Blanque, chiffre les frais restant aux patients « de l’ordre de 1 200 € à 1 500 € », au-delà du reste à charge des soins [7].

Une évaluation scientifique qui ne rendra son avis complet qu’à la fin 2027

Ce qui choque le plus les médecins thermaux tient au calendrier. En 2026, la ministre de la Santé a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) pour évaluer le service médical rendu par les cures, une première. Le gouvernement a demandé une analyse intermédiaire d’ici l’automne 2026 et un avis complet d’ici la fin de l’année 2027 [3].

Autrement dit, l’économie est inscrite au budget 2027 alors que l’expertise censée trancher le débat n’aura rendu ses conclusions définitives qu’à la fin de cette même année. « Nous avons compris que le déremboursement ne serait pas conclu tant que les résultats ne sont pas connus », regrette Marie-Hélène Blanque [7]. Les organisateurs du rassemblement de Balaruc avaient fait de ce point l’un de leurs arguments, en rappelant que « l’évaluation scientifique de la médecine thermale par la Haute Autorité de santé est toujours en cours » [5].

Le gouvernement répond que, dans l’attente du rapport définitif, il s’appuiera sur le rapport intermédiaire de la HAS [3]. Le débat scientifique existe bel et bien, et c’est pour le trancher que la HAS a été saisie. Mais l’avis complet, celui qui doit se prononcer sur le service médical rendu, arrivera après les économies prévues pour 2027 : la décision précède l’expertise qui devait l’éclairer.

Illustration d'un couple de retraités assis à la table de la cuisine, inquiet devant une lettre et une calculatrice, une petite valise prête près de la porte et une station thermale visible par la fenêtre.
Hébergement, transport, reste à charge : pour 86 % des Français, le coût du séjour pèse déjà sur la décision de partir en cure, avant même toute baisse du remboursement.

79 % des Français favorables au remboursement, mais 22 % seulement en parlent à leur médecin

Le secteur thermal s’appuie aussi sur l’opinion. Un sondage CSA commandé par le Conseil national des établissements thermaux (CNETh), l’organisation qui représente les établissements, a interrogé 1 009 adultes du 22 au 24 septembre 2026 [4]. Ses principaux résultats :

  • 79 % des Français sont favorables au maintien du remboursement des cures prescrites par un médecin, et 91 % chez ceux qui ont déjà fait une cure ;
  • 77 % jugent les cures utiles et 84 % les estiment adaptées aux maladies chroniques ;
  • 22 % seulement en ont déjà parlé avec leur médecin traitant ;
  • 86 % trouvent l’hébergement et le transport trop chers, et 70 % redoutent de s’éloigner de chez eux pendant trois semaines.

Ces deux derniers chiffres comptent autant que le premier. Ils montrent que le frein principal à la cure est déjà financier et pratique, avant même toute baisse du remboursement. Les cures restent par ailleurs très concentrées sur les douleurs articulaires : la rhumatologie couvre à elle seule 71,4 % des prescriptions de 2025 [9].

Dans les villes thermales, des emplois qui dépendent des curistes

L’inquiétude n’est pas seulement médicale. À Balaruc, le thermalisme représente 400 emplois directs et fait vivre « tout un écosystème » autour de l’étang de Thau, selon le maire, Christophe Rioust [5]. À Salies-de-Béarn, l’établissement thermal accueille près de 2 700 curistes par an et emploie 55 salariés, dont 35 permanents [6].

Le maire de Salies, Frédéric Domercq, insiste sur un autre point : les établissements thermaux « contribuent au maintien d’une présence médicale et paramédicale dans des territoires souvent confrontés à des difficultés d’accès aux soins » [6]. Ces équipements et ces soignants servent aussi aux habitants à l’année, rappelle-t-il, et il voit un paradoxe entre la mesure et la lutte contre les déserts médicaux annoncée par l’État.

Sources et références

[1] Direction de la Sécurité sociale — PLFSS 2027, annexe 5 : ONDAM et dépenses de santé, octobre 2026
https://www.securite-sociale.fr/files/live/sites/SSFR/files/medias/PLFSS/2027/PLFSS2027-Annexe5-vdef.pdf

[2] Public Sénat — Budget 2027 de la Sécurité sociale : le gouvernement veut à nouveau dérembourser les cures thermales, 9 octobre 2026
https://www.publicsenat.fr/actualites/sante/budget-2027-de-la-securite-sociale-le-gouvernement-veut-a-nouveau-derembourser-les-cures-thermales

[3] Sénat — Question orale de Jean-Marc Boyer sur le service médical rendu des cures thermales et réponse du gouvernement, 2026
https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ26051097S.html

[4] L'Officiel du Thermalisme — Sondage CSA : 79 % des Français favorables au maintien du remboursement des cures thermales, jugées utiles par 77 %, 21 octobre 2026
https://www.officiel-thermalisme.com/2026/10/21/cures-thermales-jugees-utiles-par-77-des-francais-mais-rarement-abordees-chez-le-medecin/

[5] actu.fr — Hérault : à Balaruc-les-Bains, les élus font des vagues pour sauver le thermalisme, 23 octobre 2026
https://actu.fr/occitanie/balaruc-les-bains_34023/herault-a-balaruc-les-bains-les-elus-font-des-vagues-pour-sauver-le-thermalisme_64958125.html

[6] La République des Pyrénées — Salies-de-Béarn : le maire signe un courrier avec France Thermes contre le déremboursement des cures thermales, 22 octobre 2026
https://www.larepubliquedespyrenees.fr/pyrenees-atlantiques/salies-de-bearn/salies-de-bearn-le-maire-signe-un-courrier-avec-france-thermes-contre-le-deremboursement-des-cures-thermales-31185248.php

[7] La Nouvelle République des Pyrénées — Thermalisme : médecins et patients vent debout contre le déremboursement de la cure, 22 octobre 2026
https://www.nrpyrenees.fr/2026/10/22/thermalisme-medecins-et-patients-vent-debout-contre-le-deremboursement-de-la-cure-13614668.php

[8] LesCuristes.fr — PLFSS 2027 : le gouvernement veut transférer 200 millions d'euros de remboursement des cures thermales aux mutuelles, 16 octobre 2026
https://www.lescuristes.fr/actualites/pLFSS-2027-le-gouvernement-veut-transferer-200-millions-d-euros-de-remboursement-des-cures-thermales-aux-mutuelles/20115

[9] L'Officiel du Thermalisme — Les chiffres de fréquentation des cures thermales en 2025, 2 février 2026 ; Midi Libre — Le remarquable bilan de la saison thermale 2025 dans la commune, 4 avril 2026
https://www.officiel-thermalisme.com/2026/02/02/les-chiffres-de-frequentation-des-cures-thermales-en-2025/
https://www.midilibre.fr/2026/04/04/le-remarquable-bilan-de-la-saison-thermale-2025-dans-la-commune-13308908.php

[10] Capital — Cures thermales : le gouvernement veut faire payer 200 millions aux complémentaires santé, octobre 2026
https://www.capital.fr/economie-politique/cures-thermales-le-gouvernement-veut-faire-payer-200-millions-aux-complementaires-sante-1530869

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.