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Sport

Bain froid après le sport : il soulage les courbatures du lendemain, mais pris après chaque séance de musculation, il freine la prise de muscle

Le bain froid soulage les courbatures du lendemain d'un effort intense, mais n'aide pas à récupérer sa force. Et pris après chaque séance de musculation, il réduit les gains de muscle, selon plusieurs études.

Relu par Antonin Mateo
Un sportif est assis dans une bassine métallique remplie d'eau froide et de glaçons, dans une salle de musculation.
Dix minutes dans l'eau glacée après la séance : le bain froid réduit les douleurs du lendemain, mais pris en routine après la musculation, il freine la prise de muscle selon plusieurs études.

Se plonger dans une eau à 10-15 °C, voire glacée, sitôt le match ou la course terminés : la méthode, longtemps réservée aux sportifs de haut niveau, s’est installée dans les salles de sport et les clubs amateurs [6]. Une étude parue en octobre dans le Journal of Thermal Biology vient pourtant de la mettre en concurrence avec la chaleur et un simple repos, et le bain froid n’y a pas fait mieux pour récupérer sa force [1]. Ce résultat rejoint ce que disent les synthèses publiées ces dernières années. Le froid a un effet réel, mais il ne joue pas sur ce que la plupart des pratiquants imaginent, et il a un revers pour ceux qui cherchent à prendre du muscle.

Le lendemain d’un effort intense, le froid soulage surtout la douleur

La synthèse la plus large a rassemblé 52 études qui comparaient un bain froid à une récupération passive, c’est-à-dire rester assis ou allongé [2]. Vingt-quatre heures après un effort à haute intensité (sprints répétés, match, course rapide), le bain froid fait une différence nette sur ce que ressent le sportif : moins de douleurs musculaires et une sensation d’être mieux récupéré. Il améliore aussi un peu la puissance, c’est-à-dire la capacité à produire un effort explosif comme un saut. En revanche, il ne change rien à la récupération de la force, que l’effort ait été intense ou fait de mouvements de freinage, comme la descente d’une pente en courant [2].

Comparé aux autres méthodes de récupération (récupération active, bains alternés chaud-froid, eau chaude), le bain froid reste la plus efficace contre la douleur musculaire, d’après une seconde analyse de 28 études menée par la même équipe australienne [3]. Le mécanisme avancé est simple : le froid resserre les vaisseaux, réduit l’afflux de sang vers les muscles immergés et limite le gonflement. Une partie de l’effet reste toutefois une affaire de perception, mesurée par des questionnaires de douleur plutôt que par des marqueurs dans le sang, avec un effet placebo possible [6].

En ce moment

La nouvelle étude britannique va dans ce sens. Quarante adultes en bonne santé ont fait une série d’exercices de cuisses conçue pour provoquer des courbatures, puis ont été répartis par tirage au sort en quatre groupes : eau chaude à 42 °C pendant 30 minutes, eau froide à 9 °C pendant 15 minutes, air chaud à 30 °C, ou repos [1]. Juste après l’effort, tous avaient perdu environ 36 % de leur force. Trois jours plus tard, les groupes « chaleur » et « repos » en avaient retrouvé 88 à 89 %, le groupe « froid » 82 %, un écart que les chercheurs ne jugent pas significatif [1].

Après chaque séance de musculation, le froid freine les gains

La question change quand le bain froid devient une habitude après chaque entraînement. Une équipe australienne et norvégienne a suivi 21 hommes actifs pendant 12 semaines de musculation, à raison de deux séances par semaine [4]. Après chaque séance, la moitié passait 10 minutes dans l’eau froide, l’autre faisait une récupération active, en continuant à bouger doucement. La force et la masse musculaire ont davantage progressé dans le groupe sans bain froid :

  • le travail produit par les muscles, mesuré sur machine, a augmenté de 19 % ;
  • la taille des fibres musculaires rapides, celles qui grossissent le plus avec la musculation, de 17 % ;
  • le nombre de noyaux dans chaque fibre, nécessaires pour fabriquer de nouvelles protéines, de 26 %.

Dans le groupe bain froid, aucune de ces trois mesures n’a augmenté de façon significative [4].

Les biopsies faites dans un second volet de l’étude, chez neuf hommes, éclairent le mécanisme. Après un bain froid, les cellules souches du muscle, chargées de le réparer et de le faire grossir, se sont moins activées, tout comme une enzyme qui donne le signal de la construction musculaire [4]. Autrement dit, l’inflammation et les signaux que le froid calme après l’effort font aussi partie de ce qui pousse le muscle à s’adapter. Les auteurs concluent que l’usage du bain froid comme routine de récupération « devrait être reconsidéré » [4].

Infographie comparant les effets du bain froid le lendemain d'un effort intense et après douze semaines de musculation.
Le bain froid réduit la douleur du lendemain, mais n’aide pas la force et, en routine après la musculation, réduit les gains de muscle. Infographie : S1N7ESE.

Une étude sur 21 hommes ne suffit pas à trancher. En 2024, une méta-analyse a rassemblé les 8 études disponibles sur le volume musculaire [5]. Sans bain froid, la musculation fait gagner du muscle de façon mesurable ; avec un bain froid juste après chaque séance, le gain moyen est environ deux fois et demie plus faible, au point de ne plus se distinguer clairement de zéro. Le niveau des participants, débutants ou entraînés, ne change pas ce résultat. Les auteurs jugent toutefois la qualité de ces études « assez faible à faible » et appellent à des essais plus solides avant d’en faire une règle [5].

Dans quels cas le bain froid garde un intérêt

Ces résultats ne disent pas la même chose selon l’objectif de la séance. Le bain froid a un intérêt quand il faut être de nouveau performant le lendemain, et peu quand on cherche à progresser sur plusieurs mois :

  • tournoi, compétition sur plusieurs jours, deux matchs rapprochés : c’est le cas étudié par les synthèses, où le froid diminue la douleur et aide la puissance à 24 heures [2] ;
  • programme de musculation pour gagner en force ou en volume : un bain après chaque séance va à l’encontre du but recherché [4][5] ;
  • blessure (entorse, choc) : c’est une autre question. Une revue publiée en 2024 dans le British Journal of Sports Medicine estime que le froid peut être utilisé dans les six heures qui suivent pour réduire la douleur, mais avec prudence au-delà de 12 heures, des travaux sur l’animal suggérant qu’il pourrait gêner la cicatrisation [6].
Illustration d'une sportive qui hésite entre un banc de musculation et un bain d'eau glacée, devant un calendrier d'entraînement.
Bain froid ou pas : la réponse dépend moins de la séance du jour que de l’objectif des semaines suivantes, récupérer pour un match ou gagner du muscle.

La chaleur ne fait pas disparaître les courbatures non plus

Dans l’étude britannique, les méthodes chaudes ont laissé des traces biologiques intéressantes. Après un bain à 42 °C, une protéine qui protège et répare les cellules musculaires, la HSP72, a davantage augmenté. Le marqueur des lésions du muscle, la créatine kinase, est revenu à la normale en 48 heures, contre 72 heures avec l’air chaud ou le repos ; il était encore élevé au bout de trois jours dans le groupe froid [1]. Ces différences biologiques ne se sont pas traduites par une meilleure récupération de la force, et la douleur était toujours présente au bout de 72 heures dans les quatre groupes [1][7]. Les chercheurs veulent maintenant vérifier si des séances de chaleur répétées apportent un bénéfice à plus long terme [7].

Ce constat rejoint le fonctionnement des courbatures elles-mêmes. Elles apparaissent 24 à 48 heures après un effort inhabituel, viennent de micro-lésions des fibres musculaires et durent en général deux jours, sans qu’aucune méthode ne les efface d’un coup. Prendre systématiquement des antalgiques comme le paracétamol est superflu face à ce processus naturel de réparation [9]. Ce qui les réduit vraiment, c’est la régularité : en commençant par des séances courtes puis en augmentant peu à peu la durée et l’intensité, le muscle s’adapte et les courbatures s’atténuent au bout de quelques semaines d’entraînement [9]. Bien récupérer, rappelle Carole Cometti, directrice du Centre d’expertise de la performance, citée par Les Echos, c’est « éliminer cette fatigue pour pouvoir revenir à un niveau de performance optimal » [8].

Sources et références

[1] Bayne et al. — Comparative effects of thermal recovery strategies on strength, muscle soreness and molecular markers following exercise-induced muscle damage in healthy adults, Journal of Thermal Biology, octobre 2026
https://doi.org/10.1016/j.jtherbio.2026.104551

[2] Moore et al. — Impact of Cold-Water Immersion Compared with Passive Recovery Following a Single Bout of Strenuous Exercise on Athletic Performance in Physically Active Participants: A Systematic Review with Meta-analysis and Meta-regression, Sports Medicine, 2022
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9213381/

[3] Moore et al. — Effects of Cold-Water Immersion Compared with Other Recovery Modalities on Athletic Performance Following Acute Strenuous Exercise in Physically Active Participants, Sports Medicine, décembre 2022
https://link.springer.com/article/10.1007/s40279-022-01800-1

[4] Roberts et al. — Post-exercise cold water immersion attenuates acute anabolic signalling and long-term adaptations in muscle to strength training, The Journal of Physiology, 2015
https://physoc.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1113/JP270570

[5] Piñero et al. — Throwing cold water on muscle growth: A systematic review with meta-analysis of the effects of postexercise cold water immersion on resistance training-induced hypertrophy, European Journal of Sport Science, 2024
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11235606/

[6] Le Progrès — Santé. Sport : un bain froid peut-il vraiment aider à la récupération ?, 21 octobre 2026
https://www.leprogres.fr/magazine-sante/2026/10/21/sport-un-bain-froid-peut-il-vraiment-aider-a-la-recuperation

[7] Pourquoi Docteur — Froid ou chaleur après le sport : quelle est la meilleure option pour les muscles ?, 22 octobre 2026
https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/56091-Froid-chaleur-sport-meilleure-option-muscles

[8] Les Echos — Sport : les secrets d'une récupération efficace, 23 octobre 2026
https://www.lesechos.fr/weekend/perso/sport-les-secrets-dune-recuperation-efficace-2258690

[9] Charente Libre — Courbatures : adapter l'effort plutôt que céder aux médicaments, 17 octobre 2026
https://www.charentelibre.fr/charente/courbatures-adapter-l-effort-plutot-que-ceder-aux-medicaments-31053729.php

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.