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Christina Applegate n’avait pas de sclérose en plaques et derrière ces fausses SEP les neurologues retrouvent le plus souvent une maladie banale : la migraine

Cinq ans après l'annonce de sa sclérose en plaques, Christina Applegate a appris en octobre qu'elle n'en était pas atteinte. Son cas n'a rien d'exceptionnel : selon une méta-analyse publiée en 2024, environ une personne sur sept à qui l'on attribue une SEP n'en a pas. Migraine, neuromyélite optique, carence en vitamine B12, lupus : les maladies qui l'imitent, et les examens qui les démasquent.

Relu par Antoine BOUQUET
Photomontage : Christina Applegate, cheveux blonds ondulés et veste blanche, assise à une table de conférence devant un micro, le regard levé, avec au premier plan, en bas à gauche, un film d'IRM montrant six coupes du cerveau et un marteau à réflexes à tête rouge détourés d'un contour blanc.
Photomontage : Christina Applegate en 2014 au Comic-Con de San Diego, et une IRM du cerveau avec un marteau à réflexes. Diagnostiquée d'une sclérose en plaques en 2021, l'actrice a appris en octobre 2026 qu'elle n'en était pas atteinte. Photo d'origine : Gage Skidmore, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0, modifiée par S1N7ESE.

« J’étais vraiment malheureuse. Tout le monde était si heureux. » C’est ainsi que Christina Applegate a raconté, dans l’épisode de son podcast MeSsy diffusé le 20 octobre 2026, le jour où sa médecin lui a appris qu’elle n’avait pas la SEP [1][3]. L’actrice de « Mariés, deux enfants » et de « Dead to Me », 54 ans, a aussitôt mesuré ce que la bonne nouvelle lui retirait : « Je suis donc de retour à la case départ, sans savoir ce qui m’arrive. Mes médecins vont mener une enquête pour comprendre ce qui se passe depuis 2021 » [1].

Car les symptômes, eux, sont toujours là. Dans l’épisode du 27 octobre, elle a décrit une santé qui « empire » : dix minutes pour réussir à sortir du lit le matin, un déambulateur désormais posé à côté de sa table de nuit, une perte de poids qu’elle ne s’explique pas [3]. Elle n’a toujours pas de nouveau diagnostic [3]. Elle a promis de rester « la guerrière » de la communauté des malades de la SEP, et veut désormais parler aussi de la difficulté d’obtenir un diagnostic juste, en particulier pour les maladies auto-immunes et neurologiques « qui peuvent se ressembler les unes les autres » [2].

Sclérose en plaques : un diagnostic posé en écartant les autres maladies

Cette ressemblance est au cœur du problème. La sclérose en plaques est une maladie auto-immune : le système immunitaire attaque par erreur la myéline, la gaine qui entoure les fibres nerveuses et accélère la transmission des messages entre le cerveau et le reste du corps [10]. Selon l’endroit touché, dans le cerveau, la moelle épinière ou les nerfs optiques, elle provoque une faiblesse d’un membre, des fourmillements, une baisse de la vue, une vision double, des vertiges ou une fatigue intense [10]. Aucun de ces signes ne lui appartient en propre : ils peuvent être provoqués par d’autres maladies, rappelle l’Assurance maladie [11].

Il n’existe donc pas d’examen spécifique de la SEP [11]. Le neurologue rassemble un faisceau d’arguments, codifié par les critères de McDonald : des lésions dans plusieurs zones du système nerveux, apparues à des moments différents, visibles à l’IRM du cerveau et de la moelle, parfois complétées par un examen du fond d’œil et une ponction lombaire qui cherche des signes d’inflammation dans le liquide céphalorachidien [10][11]. Ces critères imposent aussi d’exclure toute autre maladie qui expliquerait mieux les symptômes, les images et les analyses [8]. En France, environ 140 000 personnes vivent avec une SEP, et 5 000 à 6 000 nouveaux cas sont découverts chaque année, le plus souvent autour de 30 ans ; les femmes représentent 72 % des malades, selon l’ARSEP [10].

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Environ une fausse SEP sur sept, et des SEP manquées plus souvent encore

La fréquence de ces erreurs a été mesurée en 2024 par une équipe suisse, suédoise et américaine, dans une revue systématique publiée dans le Multiple Sclerosis Journal [4]. Sur 3 910 études repérées, 62 portaient sur les erreurs de diagnostic. Dans six d’entre elles, qui réunissaient 1 621 patients, 15 % des personnes étiquetées SEP n’en avaient pas, soit environ une sur sept. Le chiffre varie beaucoup selon les études, de 5 % à 41 %, et il a fallu entre 4 mois et près de 16 ans pour corriger l’erreur [4]. Le taux le plus élevé vient d’un centre neurologique de référence au Pérou, et les auteurs préviennent que leurs proportions, très hétérogènes, peuvent surestimer la réalité [4].

L’erreur existe aussi dans l’autre sens. Dans quatre études regroupant 728 malades, 36 % des SEP n’avaient pas été reconnues d’emblée : plus d’un malade sur trois a d’abord reçu une autre explication. Chez ces patients, le bon diagnostic est arrivé avec 17 mois de retard en moyenne, près d’un an et demi, d’après sept études portant sur 2 851 personnes [4]. Les deux pourcentages ne se comparent pas directement, puisque le premier porte sur les personnes étiquetées SEP et le second sur les vrais malades, mais ils disent la même chose : la SEP se confond facilement, dans les deux directions.

La revue relève enfin que les femmes sont plus souvent concernées par un diagnostic de SEP posé à tort, avec une cote de 2,1 par rapport aux hommes dans cinq études, une cote de 1 voulant dire aucune différence [4]. Au centre Cedars-Sinai et à l’université de Californie à Los Angeles, près d’un nouveau patient sur cinq adressé avec un diagnostic de SEP établi n’en remplissait pas les critères ; ensemble, ces patients avaient reçu environ 110 années de traitement de fond inutile [6]. Aucun chiffre ne fait référence d’un pays à l’autre : la fréquence varie selon les pays et les hôpitaux, souligne la MS Society britannique [14].

Infographie S1N7ESE sur les erreurs de diagnostic de la sclérose en plaques : 15 %, environ 1 personne sur 7 étiquetée SEP n'en avait pas (6 études, 1 621 patients) ; 36 %, plus d'1 SEP sur 3 n'a pas été reconnue d'emblée (4 études, 728 patients) ; corriger une fausse SEP a pris de 4 mois à près de 16 ans, reconnaître une SEP manquée 17 mois en moyenne ; sur 110 fausses SEP, migraine 22 %, fibromyalgie 15 %, symptômes vagues avec IRM anormale 12 %, troubles fonctionnels 11 %, neuromyélite optique 6 % ; examens sanguins qui aident à écarter la neuromyélite optique, la carence en B12, le lupus et la maladie de Lyme.
Dans les études réunies en 2024, environ 1 personne sur 7 étiquetée SEP n’en avait pas, et plus d’1 SEP sur 3 était d’abord passée inaperçue ; sur 110 fausses SEP, la migraine arrivait en tête (22 %). Infographie : S1N7ESE.

Migraine, fibromyalgie, neuromyélite optique : ce que cachaient 110 fausses SEP

Quelles maladies se cachent derrière ces fausses SEP ? En 2016, quatre centres universitaires américains, dont celui de l’université du Vermont, ont décrit 110 patients diagnostiqués à tort [5]. Leur vrai diagnostic était :

  • une migraine, seule ou associée à un autre trouble, dans 22 % des cas ;
  • une fibromyalgie, faite de douleurs diffuses et de fatigue, dans 15 % ;
  • des symptômes neurologiques vagues avec une IRM anormale mais non spécifique, dans 12 % ;
  • des troubles fonctionnels, des symptômes bien réels sans lésion du système nerveux, dans 11 % ;
  • une neuromyélite optique, dans 6 %.
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Un patient sur trois avait gardé l’étiquette SEP dix ans ou plus, et sept sur dix avaient reçu un traitement de fond [5]. Pour 72 % d’entre eux, les neurologues ont identifié une occasion manquée de poser plus tôt le bon diagnostic. Les erreurs venaient surtout de symptômes atypiques pris pour des poussées, de l’absence de preuve objective d’une lésion et d’une confiance excessive dans l’IRM chez des patients aux symptômes peu précis [5].

L’IRM est en effet le point faible de la migraine. Les personnes migraineuses présentent souvent de petites taches blanches à l’IRM qui peuvent être prises pour des lésions de SEP, et une migraine avec aura peut provoquer des troubles visuels et des fourmillements qui durent au-delà du mal de tête, explique la Fondation Charcot [8]. Un repère aide pourtant : la céphalée n’est pas un symptôme de poussée de SEP [8]. Après 55 ans, des taches comparables apparaissent aussi chez les personnes qui ont une tension élevée, un diabète, un cholestérol élevé ou qui fument [8].

NMO, carence en vitamine B12, lupus : les imitatrices qu’une prise de sang aide à écarter

D’autres maladies imitent la SEP de plus près encore, mais laissent une trace dans le sang. C’est pourquoi le bilan d’une suspicion de SEP comprend des analyses destinées à les écarter [9] :

MaladieCe qui évoque une SEPCe qui aide à trancher
Neuromyélite optique (NMO)Poussées touchant les nerfs optiques et la moelle [8]Anticorps anti-aquaporine 4 ou anti-MOG [8]
Carence en vitamine B12Fatigue, fourmillements, faiblesse, troubles de la vue [9]Dosage de la B12 et des folates [9]
LupusAtteinte du système nerveux central, ou neurolupus [8]Anticorps antinucléaires [9]
Maladie de LymeAtteinte nerveuse, ou neuroborréliose [8]Anticorps anti-Borrelia, sang et ponction [8]

La neuromyélite optique, ou NMO, est une maladie inflammatoire rare qui attaque surtout les nerfs optiques et la moelle épinière, par poussées, à tout âge [8]. Longtemps confondue avec la SEP, elle s’en distingue aujourd’hui grâce à la recherche dans le sang d’anticorps spécifiques, dirigés contre l’aquaporine 4 ou contre la protéine MOG de la myéline [8]. Elle représentait encore 6 % des fausses SEP de l’étude américaine de 2016 [5].

Gros plan sur une prise de sang : une femme en pull sombre, le bras posé sur un accoudoir avec un garrot bleu, pendant que les mains gantées d'une infirmière remplissent un tube de sang rouge foncé ; trois tubes à bouchons violet, jaune et bleu attendent sur un plateau en métal, devant un négatoscope éclairant six coupes d'IRM du cerveau.
Une prise de sang au pli du coude, devant une IRM du cerveau : avant de retenir une sclérose en plaques, le bilan recherche notamment une carence en vitamine B12, des anticorps antinucléaires évocateurs d’un lupus ou les anticorps de la neuromyélite optique. Image d’illustration.

La carence en vitamine B12 donne des signes très proches de ceux d’une SEP débutante : fatigue, fourmillements, faiblesse musculaire et troubles de la vision [9]. Le lupus, maladie inflammatoire de l’organisme entier, se manifeste parfois surtout au niveau du système nerveux central [8] ; la recherche d’anticorps antinucléaires oriente alors vers lui [9]. Dans les deux cas, la prise de sang fait partie du bilan avant de retenir une SEP [9]. La Fondation Charcot cite aussi la neurosarcoïdose et le syndrome de Susac, qui touche la rétine, l’oreille interne et le cerveau, et dont la principale séquelle est une surdité, jamais observée dans la SEP [8].

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Les critères de McDonald 2024 cherchent à aller plus vite sans multiplier les erreurs

Les critères de McDonald ont été révisés en 2024 et publiés à l’automne 2025 dans The Lancet Neurology [7][8]. Ils ajoutent le nerf optique comme cinquième zone typique de lésions, à côté du cerveau et de la moelle [7]. Ils permettent aussi d’utiliser, quand l’hôpital en dispose, des signes plus spécifiques de la SEP : la veine centrale visible au cœur des lésions à l’IRM, les lésions à bord paramagnétique ou le dosage des chaînes légères kappa dans le liquide céphalorachidien [7]. Dans certains cas, il n’est plus nécessaire d’attendre une nouvelle lésion pour prouver que la maladie évolue dans le temps [8]. Les auteurs donnent enfin des consignes pour les patients de 50 ans et plus et pour ceux qui ont d’autres maladies, deux situations où les images sont plus difficiles à lire [7].

« L’objectif est de pouvoir établir le diagnostic dès la première IRM, donc dès les premiers symptômes », expliquait la Pre Laure Michel, neurologue au CHU de Rennes et vice-présidente du comité médico-scientifique de France sclérose en plaques, interrogée par Destination Santé [12]. Le texte insiste sur l’autre versant : aller plus vite tout en maintenant la spécificité, c’est-à-dire sans étiqueter SEP des patients qui ne l’ont pas [7].

Photomontage : Patrick Stewart, chauve, lunettes fines et barbe blanche courte, en costume gris devant un fond rouge, avec au premier plan, en bas à gauche, un cerveau humain et une plaquette de comprimés blancs détourés d'un contour blanc.

Pour les patients dont le diagnostic reste incertain, les neurologues spécialisés recommandent de ne pas s’en tenir à un seul avis. La SEP reste un diagnostic d’exclusion, faute d’examen unique, et il est important de demander au moins un avis dans un centre spécialisé dans la SEP, sur le diagnostic comme sur le choix du traitement, a souligné le Dr Philip De Jager, directeur du centre de la sclérose en plaques de l’université Columbia, à New York, après l’annonce de l’actrice [13].

Sources et références

[1] femina.fr — Christina Applegate révèle avoir été diagnostiquée à tort d'une sclérose en plaques : « Retour à la case départ », 21 octobre 2026
https://www.femina.fr/people/vie-des-people/christina-applegate-revele-avoir-ete-diagnostiquee-a-tort-d-une-sclerose-en-plaques-retour-a-la-case-depart

[2] femina.fr — Christina Applegate se confie sur son errance médicale face à sa maladie auto-immune et « la frustration qui en découle », 30 octobre 2026
https://www.femina.fr/people/mode-people/christina-applegate-se-confie-sur-son-errance-medicale-face-a-sa-maladie-auto-immune-et-la-frustration-qui-en-decoule

[3] USA Today — Christina Applegate shares candid health update after MS misdiagnosis, 28 octobre 2026
https://www.usatoday.com/story/entertainment/tv-streaming/2026/10/28/christina-applegate-health-update-ms-misdiagnosis/92476260007/

[4] Zürrer WE, Cannon AE, Ilchenko D et al. — Misdiagnosis and underdiagnosis of multiple sclerosis: A systematic review and meta-analysis, Multiple Sclerosis Journal, 2024 ; 30(11-12) : 1409-1422
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39246018/

[5] Solomon AJ, Bourdette DN, Cross AH et al. — The contemporary spectrum of multiple sclerosis misdiagnosis: A multicenter study, Neurology, 2016 ; 87(13) : 1393-1399
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5047038/

[6] Kaisey M, Solomon AJ, Luu M et al. — Incidence of multiple sclerosis misdiagnosis in referrals to two academic centers, Multiple Sclerosis and Related Disorders, 2019 ; 30 : 51-56
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30738280/

[7] Montalban X et al. — Diagnosis of multiple sclerosis: 2024 revisions of the McDonald criteria, The Lancet Neurology, 2025 ; 24(10) : 850-865
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40975101/

[8] Fondation Charcot — Diagnostic différentiel de la sclérose en plaques
https://www.fondation-charcot.org/sclerose-en-plaques/diagnostic-sep-diagnostic-differentiel

[9] MS Trust — How is MS diagnosed?, mis à jour le 9 février 2026
https://mstrust.org.uk/information-support/ms-symptoms-diagnosis/how-is-ms-diagnosed

[10] ARSEP (Fondation pour l'aide à la recherche sur la sclérose en plaques) — Qu'est-ce que la SEP ?
https://www.arsep.org/fr/168-qu-est-ce-que-la-sep.html

[11] ameli.fr (Assurance maladie) — Symptômes, diagnostic et évolution de la sclérose en plaques, 31 mars 2025
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/sclerose-en-plaques/symptomes-diagnostic-formes-maladie

[12] Le Progrès (avec Destination Santé) — Diagnostiquée par erreur d'une sclérose en plaques : avec quelles maladies peut-elle être confondue ?, 27 octobre 2026
https://www.leprogres.fr/magazine-sante/2026/10/27/diagnostiquee-par-erreur-d-une-sclerose-en-plaques-avec-quelles-maladies-peut-elle-etre-confondue

[13] Columbia University Department of Neurology — MS Symptoms Explained as Christina Applegate Shares Misdiagnosis, 20 octobre 2026 (propos recueillis par Newsweek)
https://www.neurology.columbia.edu/news/ms-symptoms-explained-christina-applegate-shares-misdiagnosis

[14] MS Society (Royaume-Uni) — Christina Applegate's MS misdiagnosis, 22 octobre 2026
https://www.mssociety.org.uk/research/news/christina-applegates-ms-misdiagnosis

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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