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Indira Ampiot n’a rien pu avaler pendant 12 jours à cause d’une infection de petits enfants, que les adultes épargnés dans l’enfance peuvent encore attraper

Indira Ampiot, Miss France 2023, a passé environ 12 jours sans parler ni manger, soignée à l’hôpital pour une infection de la bouche qu’elle n’a pas nommée et qui touche d’ordinaire, selon elle, les enfants de 1 à 5 ans. Chez un adulte, ne plus arriver à avaler n’a rien d’un simple mal de gorge : l’Assurance maladie en fait un motif d’appeler le 15.

Relu par Antoine BOUQUET
Photomontage : à droite, Indira Ampiot souriante, cheveux noirs tirés en chignon, robe jaune pâle à encolure brodée et écharpe blanche de Miss France, devant un décor bleu, jaune et vert ; à gauche, séparé par un filet blanc, un plateau-repas d’hôpital avec un bol de soupe fumante intacte, une cuillère et une tasse de thé, et un gobelet de bain de bouche bleu, en découpe à contour blanc, devant une chambre d’hôpital éclairée de nuit.
Photomontage : Indira Ampiot, Miss France 2023, en janvier 2023 en Guadeloupe ; à gauche, un plateau-repas d’hôpital resté intact, comme les repas qu’elle n’a pas pu avaler pendant environ 12 jours d’infection de la bouche. Photo d’origine : Région Guadeloupe, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, modifiée par S1N7ESE.
Sommaire

« J’ai attrapé une infection qui ne me permettait ni de parler ni de manger », a expliqué Indira Ampiot dans une série de stories Instagram publiées le vendredi 6 novembre, pour justifier près de deux semaines d’absence sur les réseaux sociaux. La douleur se logeait dans la bouche : « dès que j’avalais un aliment ou dès que j’essayais de mâcher, c’était très douloureux ». Les vidéos tournées par une amie à l’hôpital la montrent la bouche remplie de gel anesthésiant, entre piqûres, bains de bouche et examens.

La jeune femme de 22 ans dit aller mieux, sans « péter la forme ». Elle prend encore un traitement « assez lourd », reste « essoufflée » quand elle parle et garde « une gêne au niveau de la langue ». Elle n’a donné aucun diagnostic, seulement un indice : cette infection touche normalement « les enfants âgés de 1 à 5 ans ». « J’ai 22 ans, je ne sais pas pourquoi je l’ai attrapée. »

Indira Ampiot n’a pas nommé son infection, mais trois maladies de la bouche du petit enfant collent à son récit

Une bouche si douloureuse qu’on ne peut plus mâcher ni avaler, chez une personne qui décrit une maladie de la petite enfance : cela oriente vers les infections virales qui couvrent la bouche de petites plaies, des ulcérations comparables à des aphtes. Certaines reprises ont avancé le syndrome pieds-mains-bouche, sans aucune confirmation. Les fiches médicales en décrivent trois, qui se distinguent par l’endroit des lésions et leur durée.

Trois infections de la bouche du jeune enfant qui peuvent empêcher de manger
InfectionÂge habituelCe qui la distingue
Primo-infection herpétique (virus de l’herpès HSV-1)De 6 mois à 5 ans [2]Plaies sur les gencives, la langue, le palais et les lèvres, fièvre élevée ; douleur 7 jours en moyenne, lésions 10 jours, 2 à 3 semaines si l’atteinte est étendue [1]
Syndrome pieds-mains-bouche (entérovirus Coxsackie)De 6 mois à 4 ans, adultes possibles [3]Petits ulcères de 2 à 4 mm dans la bouche, vésicules sur les paumes dans 95 % des cas et sur la plante des pieds ; environ 10 jours [3]
Herpangine (Coxsackie A)Nourrissons et enfants [4]Ulcérations au fond de la gorge, sur la luette et le voile du palais, qui cicatrisent en 1 à 7 jours [4]
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La durée qu’elle décrit fait le tri le plus net. L’herpangine guérit en moins d’une semaine et l’éruption du pieds-mains-bouche dure une dizaine de jours [3] [4]. Douze jours sans pouvoir manger se situent plutôt dans la fourchette d’une primo-infection herpétique étendue, la première rencontre avec le virus de l’herpès, dont les formes diffuses demandent 2 à 3 semaines pour guérir [1]. Ce rapprochement ne remplace pas un diagnostic : seul l’examen de la bouche, complété au besoin par un prélèvement des vésicules analysé en PCR, permet de trancher [1].

Infographie S1N7ESE. Quand la bouche empêche d’avaler : combien de temps, et quand s’inquiéter. Durée habituelle des signes, en jours : herpangine (virus Coxsackie A), surtout nourrissons et enfants, ulcères du fond de gorge qui cicatrisent du 1er au 7e jour ; syndrome pieds-mains-bouche, surtout de 6 mois à 4 ans, adultes possibles, environ 10 jours ; primo-infection herpétique de la bouche, surtout de 6 mois à 5 ans : douleur et mal à avaler 7 jours en moyenne, lésions 10 jours, formes étendues guéries en 2 à 3 semaines. Repère : 12 jours sans manger pour Indira Ampiot. Quand consulter : appeler le 15 ou le 112 en cas de mal à avaler ou à respirer, de soif intense, bouche sèche, urines rares ou vertiges ; médecin dans la journée en cas de fièvre au-dessus de 39 °C, de boutons sur le corps, de ganglions ou de défenses immunitaires affaiblies ; signes d’abcès selon les ORL : douleur d’un seul côté, bouche qui ne s’ouvre plus (trismus), voix étouffée, cou gonflé ou raide. L’abcès derrière l’amygdale : 5 500 à 12 400 cas par an en France (calcul S1N7ESE, ordre de grandeur), 2 à 3 angines ou rhinopharyngites sur 1 000 se compliquent d’un abcès, très rare avant 10 ans. Sources : CHU de Nantes, Assurance maladie, Manuel MSD, MSF, SFORL 2024, Insee.
Les 12 jours sans manger décrits par Indira Ampiot dépassent la durée habituelle de l’herpangine et du syndrome pieds-mains-bouche ; les formes étendues de primo-infection herpétique guérissent, elles, en 2 à 3 semaines. Infographie : S1N7ESE, d’après le CHU de Nantes, l’Assurance maladie, le Manuel MSD, MSF, la SFORL (2024) et l’Insee.

L’âge ne protège pas. Pour le pieds-mains-bouche, toute personne qui n’a pas encore croisé le virus en cause peut l’attraper, et comme plusieurs virus provoquent la maladie, on peut la faire plus d’une fois [3]. Pour l’herpès, la primo-infection survient au premier contact avec le virus, le plus souvent avant 5 ans [2] : un adulte qui y a échappé enfant reste exposé, par la salive ou un contact avec une lésion, et le virus demeure ensuite dans l’organisme, à l’origine des boutons de fièvre qui reviennent chez certains [1] [2].

Photomontage : Delphine Wespiser, longs cheveux châtains ondulés, boucles d’oreilles dorées et haut à motifs, sourit face à l’objectif sur la droite ; à gauche, sur fond de couloir d’hôpital doré et flou, une main tient un film de scanner bleuté montrant des coupes de la tête et du cou, à côté d’une cloche dorée à manche de bois, en découpe à contour blanc.

Douze jours sans manger : la déshydratation est le premier danger de ces infections de la bouche

Ces infections sont le plus souvent bénignes, mais toutes partagent le même risque : la douleur fait renoncer à boire. La déshydratation est la principale complication de la primo-infection herpétique [1], elle est à craindre dans le pieds-mains-bouche quand les ulcérations sont nombreuses [3] et peut aussi suivre une herpangine [4]. Les recommandations de Médecins sans frontières prévoient l’hospitalisation en cas de lésions sévères, de douleur importante et d’impossibilité de boire [2]. Quand boire devient impossible, l’hôpital passe à la perfusion et aux antidouleurs par voie veineuse [1].

Pour l’herpès, le moment de la consultation compte. Le protocole des urgences pédiatriques du CHU de Nantes juge raisonnable de proposer l’antiviral aciclovir dans les 72 premières heures : il réduit la douleur, les difficultés à s’alimenter, la durée des symptômes et le nombre d’hospitalisations, mais n’est plus indiqué après 4 jours [1]. MSF retient pour les adultes un délai de 96 heures [2]. En attendant, quelques gestes aident à continuer de boire et de manger.

En ce moment

Ce qui soulage

  • Boire souvent, par petites gorgées : les boissons froides ou glacées et les glaçons à sucer passent mieux [1] [6].
  • Manger mou et frais : laitages frais, purées et soupes tièdes, aliments sans acidité [1] [5].
  • Calmer la douleur : le paracétamol en première intention [6].
  • Aliments durs ou chauds : biscottes et gâteaux secs blessent la bouche [1] [5].
  • Ibuprofène sans avis médical : les anti-inflammatoires masquent les signes d’une infection et sont à éviter en cas de déshydratation [5] [6].

Douleur d’un seul côté, bouche qui ne s’ouvre plus : les signes d’un abcès de la gorge

Un mal de gorge qui empêche d’avaler n’est pas toujours viral. La plupart guérissent seuls en quelques jours [6], et chez l’adulte, une bactérie n’est en cause que dans 5 à 15 % des cas [7]. Mais une angine ou une rhinopharyngite peut se compliquer d’une infection profonde du cou, dans 0,2 à 0,3 % des cas, soit 2 à 3 sur 1 000 [7]. La plus fréquente est l’abcès péri-amygdalien, une poche de pus qui se forme entre l’amygdale et la paroi musculaire de la gorge [7].

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Consultez en urgence si votre mal de gorge s’accompagne de…

La Société française d’ORL liste les signes qui doivent faire suspecter une complication : un état général qui se dégrade ou une infection qui se généralise, des symptômes d’un seul côté, une gorge asymétrique, un trismus (la bouche qui ne s’ouvre plus), un torticolis, un gonflement sur le côté du cou, une peau rouge et inflammée, une voix modifiée et une gêne pour respirer [7].

Ce tableau-là n’a pas l’âge des infections citées par Indira Ampiot. L’abcès péri-amygdalien est très rare avant 10 ans et touche surtout les adolescents et les jeunes adultes, hommes et femmes autant [7]. Ses signes sont typiques : la luette gonfle et se dévie du côté sain, en « battant de cloche », la gorge rétrécie donne une voix de « patate chaude » et l’inflammation gagne les muscles de la mâchoire, d’où le trismus [7]. Son incidence est estimée de 8 à 18 cas pour 100 000 personnes par an [7] : appliqué aux 69,1 millions d’habitants de la France [8], cela représente, selon notre calcul, environ 5 500 à 12 400 abcès par an, un ordre de grandeur faute de comptage français publié.

Dans un cabinet médical à la lumière bleutée, un jeune homme brun en sweat gris, tête basculée en arrière, ouvre grand la bouche ; la main gantée d’un médecin, au premier plan, appuie un abaisse-langue en bois sur sa langue, le fond de la gorge éclairé par une lampe frontale.
À l’examen de la gorge, une luette déviée et un gonflement d’un seul côté font craindre un abcès derrière l’amygdale, une complication qui touche surtout les adolescents et les jeunes adultes. Image d’illustration.

Chez l’adulte, la société savante demande aussi de regarder au-delà de l’infection : devant toute infection profonde du cou, il faut évoquer un cancer sous-jacent, en particulier chez un patient qui fume et boit de l’alcool [7].

L’abcès se soigne avec des antibiotiques, pendant 7 jours s’il a été drainé et 10 jours sinon, et, selon les cas, une ponction à l’aiguille pour aspirer le pus ou une incision, faite chez l’adulte sous anesthésie locale [7].

Mal de gorge ou de bouche : qui appeler, et dans quel délai

L’Assurance maladie classe les maux de gorge en quatre niveaux d’urgence. Le dernier vaut pour Indira Ampiot comme pour n’importe quel adulte : ne plus réussir à avaler n’est pas un signe à surveiller chez soi, mais un motif d’appeler les secours [6].

  1. Fièvre jusqu’à 38 °C et activités possibles : conseils pratiques, automédication et surveillance ; en cas de doute, test rapide d’angine chez le pharmacien [6].
  2. Médecin traitant dans les jours qui viennent si le mal de gorge ne régresse pas après 5 jours d’automédication, revient souvent, ou si une grosse fatigue dure plus d’une semaine [6].
  3. Médecin traitant dans la journée en cas de fièvre au-dessus de 39 °C, de boutons sur le corps, de ganglions ou de défenses immunitaires affaiblies [6].
  4. 15 ou 112 en cas de difficulté à avaler ou à respirer, ou de signes de déshydratation : soif intense, bouche sèche, urines rares, vertiges en se levant [6].

Les proches qui rendent visite ont, eux aussi, une précaution à prendre. La primo-infection herpétique reste contagieuse de 8 à 20 jours, par la salive et le contact avec les lésions [1], d’où le conseil d’éviter les baisers et de se laver les mains après avoir touché les lésions [2]. Le virus du pieds-mains-bouche est surtout contagieux la première semaine, mais il reste dans les selles environ 4 semaines [3].

Sources et références

[1] CHU de Nantes, urgences pédiatriques — Gingivostomatite herpétique : diagnostic et prise en charge, mode opératoire 2093-MO-129, version 2
https://urpspharmaciens-pdl.com/wp-content/uploads/2025/02/chu-nantes-protocole-urgences-pediatriques-gingivostomatite-herpetique.pdf

[2] Médecins sans frontières — Guide clinique et thérapeutique, Oral herpes
https://medicalguidelines.msf.org/en/viewport/CG/english/oral-herpes-16689624.html

[3] Assurance maladie — Maladie pieds-mains-bouche : définition, symptômes et évolution, 9 avril 2025
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/syndrome-pieds-mains-bouche/definition-symptomes-evolution

[4] Manuel MSD, édition professionnelle — Herpangine, septembre 2024
https://www.msdmanuals.com/fr/professional/maladies-infectieuses/ent%C3%A9rovirus/herpangine

[5] Assurance maladie — Syndrome pieds-mains-bouche : que faire et quand consulter ?, 9 avril 2025
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/syndrome-pieds-mains-bouche/que-faire-quand-consulter

[6] Assurance maladie — Mal de gorge : que faire et quand consulter ?, 1er septembre 2026
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/mal-gorge/que-faire-consultation-medicale

[7] Société française d’ORL (SFORL) — Recommandation de pratique clinique 2024 : prise en charge des infections cervicales profondes d’origine pharyngée
https://www.infectiologie.com/UserFiles/File/spilf/recos/rpc-pharyngite-2024.pdf

[8] Insee — Population au 1er janvier, données 2026 provisoires
https://www.insee.fr/fr/statistiques/5225246

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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