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Environ 235 000 femmes en France vivent le trouble dysphorique prémenstruel dont parle Hailey Bieber, une semaine noire bien plus rude qu’un simple SPM

Hailey Bieber a raconté fin octobre avoir souffert d’un trouble dysphorique prémenstruel après la naissance de son fils. Cette forme sévère du syndrome prémenstruel toucherait environ 235 000 femmes de 15 à 49 ans en France, selon notre calcul, et aucun médicament n’est autorisé en France pour le soigner.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo S1N7ESE (1 min 18) : ce qui distingue le trouble dysphorique prémenstruel d’un simple SPM, combien de femmes il toucherait en France et ses traitements.
Sommaire

Avant sa grossesse, Hailey Bieber connaissait déjà les jours difficiles qui précèdent les règles. Après la naissance de Jack Blues, en août 2024, ils ont changé de nature. « Je me disais : “Pourquoi ai-je l’impression que toute ma vie va s’arrêter ?” », racontait-elle en mars dans le podcast américain SHE MD, évoquant des pensées qui tourbillonnent et des tracas qui prennent soudain des proportions démesurées (traduction S1N7ESE) [2]. Le diagnostic est tombé environ six mois après l’accouchement, et ses symptômes se sont atténués avec le temps.

Elle y est revenue le 30 octobre dans le magazine professionnel Women’s Wear Daily, en annonçant que sa marque de cosmétiques Rhode versera 5 millions de dollars en trois ans à une fondation qui finance la recherche sur la santé des femmes. « Il n’y a pas beaucoup de discussions ni de recherches à ce sujet », regrettait-elle [1]. Ce trouble a pourtant des critères précis, un ordre de grandeur mesuré et des traitements évalués. Leur statut en France, en revanche, surprend.

Trouble dysphorique prémenstruel : bien plus qu’un syndrome prémenstruel marqué

Le syndrome prémenstruel (SPM) réunit des symptômes physiques et psychiques qui démarrent de quelques heures à quelques jours avant les règles et disparaissent peu après leur arrivée : seins tendus, ventre gonflé, fatigue, irritabilité. Il concernerait 20 à 40 % des femmes en âge d’avoir des enfants, avec une intensité très variable, selon l’Inserm [3].

En ce moment

Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) en est la forme sévère, dominée par l’humeur. Le manuel de référence des psychiatres, le DSM-5, le définit par des critères stricts [6] :

  • au moins cinq symptômes pendant la dernière semaine avant les règles, sur la plupart des cycles de l’année ;
  • parmi eux, au moins un trouble de l’humeur marqué : sautes d’humeur et larmes soudaines, irritabilité ou colère, humeur dépressive ou désespoir, anxiété et tension ;
  • les autres peuvent être une baisse d’intérêt pour ses activités, des difficultés de concentration, une fatigue écrasante, des fringales, des troubles du sommeil, le sentiment d’être submergée, des douleurs ou des seins tendus ;
  • une amélioration quelques jours après le début des règles, et presque plus rien la semaine qui suit ;
  • une souffrance réelle ou un retentissement sur le travail, les études, la vie sociale ou le couple.

Le TDPM ne se résume pas à une dépression qui s’aggraverait avant les règles, même s’il peut coexister avec elle : c’est ce rythme calé sur le cycle qui le signe. Le service de santé britannique (NHS) range les idées suicidaires parmi ses symptômes émotionnels possibles [7] ; en France, le 3114 répond jour et nuit, gratuitement.

Une prise de sang ne suffit pas à le repérer, et le bilan hormonal sert surtout à écarter une autre cause, comme un trouble de la thyroïde [6]. Les femmes atteintes ont des taux d’hormones comparables à celles qui ne le sont pas : leur cerveau réagirait plus fortement aux variations naturelles des œstrogènes et de la progestérone au fil du cycle, une piste que retiennent le NHS et le Collège américain des gynécologues-obstétriciens (ACOG) [7] [9].

Photomontage : Laëtitia Milot, longs cheveux châtains et chemisier noir et blanc, assise à une table, regarde vers la gauche ; en bas à gauche, détouré d’un contour blanc, un tube transparent de recueil de salive surmonté d’un entonnoir, à côté de son bouchon blanc.

Environ 235 000 femmes en France, selon la façon de compter

Combien de femmes sont concernées dépend d’un détail de méthode : l’agenda. Pour confirmer un TDPM, le DSM-5 exige de noter ses symptômes chaque jour pendant au moins deux cycles ; sans ce relevé, le diagnostic reste « provisoire » [6]. Une méta-analyse de 44 études portant sur plus de 50 000 participantes, publiée en 2024 dans le Journal of Affective Disorders, mesure l’écart [4]. Avec un diagnostic provisoire, 7,7 % des femmes semblent atteintes ; avec un diagnostic confirmé, 3,2 %. En se limitant aux études menées en population générale avec confirmation, le taux tombe à 1,6 %, et les résultats des différentes études deviennent cohérents entre eux.

Nous avons appliqué ces taux aux 14,7 millions de femmes de 15 à 49 ans que comptait la France au 1er janvier 2026, selon l’Insee [5]. Le TDPM confirmé concernerait ainsi environ 235 000 femmes, soit à peu près une sur 60 (entre 150 000 et 370 000 compte tenu de l’incertitude de l’étude). Avec un diagnostic provisoire, on arriverait à 1,1 million. Le syndrome prémenstruel, lui, se compte en millions : 2,9 à 5,9.

Infographie S1N7ESE. Trouble dysphorique prémenstruel : environ 235 000 femmes en France. Calcul S1N7ESE : prévalences publiées appliquées aux 14,7 millions de femmes de 15 à 49 ans recensées par l’Insee au 1er janvier 2026, des ordres de grandeur. Syndrome prémenstruel : 20 à 40 % des femmes selon l’Inserm, soit 2,9 à 5,9 millions. TDPM provisoire, sans agenda des symptômes : 7,7 %, 1,1 million. TDPM confirmé par 2 cycles d’agenda, toutes études : 3,2 %, 470 000. TDPM confirmé en population générale : 1,6 %, environ 1 femme sur 60, 235 000. Ce qui fait basculer du SPM au TDPM selon le DSM-5 : au moins 5 symptômes dont un de l’humeur ; toujours la semaine avant les règles, avec apaisement quelques jours après leur début ; un retentissement sur le travail, les études, le couple ou les amis ; un agenda quotidien tenu pendant au moins 2 cycles pour confirmer. Les ISRS (sertraline, fluoxétine, paroxétine) et la pilule drospirénone plus éthinylestradiol comme Yaz sont autorisés pour le TDPM aux États-Unis, pas en France, où les ISRS sont autorisés pour la dépression, l’anxiété ou les TOC et Yaz pour la contraception seule, sans remboursement. En France, ils peuvent être prescrits pour un TDPM en dehors de leurs indications officielles.
Selon notre calcul, environ 235 000 femmes de 15 à 49 ans vivraient en France avec un trouble dysphorique prémenstruel confirmé, contre 2,9 à 5,9 millions avec un syndrome prémenstruel. Infographie : S1N7ESE, d’après Reilly et al. (2024), l’Inserm, l’Insee, l’ANSM et la FDA.

Ce sont des ordres de grandeur, pas un recensement : la tranche d’âge inclut des femmes qui n’ont pas de règles, enceintes ou sous une contraception qui les supprime, et aucune étude française de prévalence n’a été menée. L’association TDPM France avance, elle, une fourchette de 1,8 à 5,8 %, en précisant que les chiffres varient selon les études [16]. L’écart avec le syndrome prémenstruel montre surtout qu’une semaine pénible avant les règles ne fait pas un TDPM : tout se joue sur l’humeur et sur ce qu’elle empêche de faire.

Après une naissance, un terrain connu des chercheurs

Le moment où le trouble s’est déclaré chez Hailey Bieber n’a rien d’inhabituel. L’association TDPM France rappelle que le trouble peut apparaître à la puberté, après une grossesse ou après un choc émotionnel [16]. Une étude menée sur les registres nationaux suédois, qui couvrent 1,8 million de grossesses entre 2001 et 2018, a creusé le lien avec un autre trouble de l’humeur lié aux hormones : la dépression pendant la grossesse ou après l’accouchement [8].

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Le lien joue dans les deux sens. Parmi les femmes ayant fait une dépression autour de la naissance, 2,9 % avaient reçu un diagnostic ou un traitement de trouble prémenstruel avant leur grossesse, contre 0,6 % des autres. Et après une dépression périnatale, les nouveaux diagnostics de trouble prémenstruel étaient deux fois plus fréquents : 7,6 pour 1 000 femmes chaque année, contre 3,8. L’association persiste, un peu atténuée, quand on compare des sœurs entre elles. Les registres ne retiennent que les formes diagnostiquées ou traitées, donc plutôt sévères, et l’étude décrit une association, pas une cause démontrée. Les auteurs y voient un argument pour une origine commune aux deux troubles, qui surviennent tous deux au moment de grandes variations hormonales. Pour une femme qui a vécu une dépression après son accouchement et voit ensuite ses semaines prémenstruelles s’assombrir, c’est un antécédent à signaler.

Le soir, dans une cuisine éclairée par la hotte, une femme d’une trentaine d’années aux cheveux bruns, en sweat gris, est assise par terre contre un meuble, les genoux repliés, une main sur le front, les yeux rougis, un téléphone à la main affichant un cercle rose et rouge.
Image d’illustration. Dans le trouble dysphorique prémenstruel, la tristesse, l’irritabilité ou l’anxiété reviennent chaque mois la semaine qui précède les règles, puis s’apaisent quelques jours après leur début.

Les traitements qui marchent ne sont pas autorisés pour le TDPM en France

Les antidépresseurs de la famille des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont le traitement de référence. L’ACOG les recommande avec un niveau de preuve modéré mais une recommandation forte, et souligne une particularité : dans ce trouble, l’amélioration survient en quelques jours, et non en plusieurs semaines comme dans la dépression [9]. On peut donc les prendre en continu, ou seulement pendant la seconde moitié du cycle, de l’ovulation aux règles. Aux États-Unis, trois d’entre eux, la sertraline, la fluoxétine et la paroxétine, sont autorisés pour le TDPM [9], tout comme une pilule associant drospirénone et éthinylestradiol, commercialisée sous le nom de Yaz [10].

En France, ces mêmes médicaments sont vendus, mais pour d’autres indications :

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MédicamentIndications en FranceTDPM
Sertraline (Zoloft et génériques)Dépression, trouble panique, TOC, anxiété sociale, stress post-traumatiqueNon
Fluoxétine (Prozac et génériques)Dépression, TOC, boulimieNon
Paroxétine (Deroxat et génériques)Dépression, TOC, troubles anxieux, stress post-traumatiqueNon
Yaz (drospirénone et éthinylestradiol)Contraception orale, non rembourséeNon

Les résumés des caractéristiques de ces produits, publiés par l’Agence nationale de sécurité du médicament, n’en mentionnent aucun pour le trouble dysphorique prémenstruel [11] [12] [13] [14]. Un médecin peut les prescrire pour un TDPM, mais hors de leurs indications officielles. Cela a une conséquence pratique : le Code de la sécurité sociale l’oblige à signaler sur l’ordonnance le caractère non remboursable d’un médicament prescrit en dehors des indications qui ouvrent droit au remboursement [15]. Yaz, lui, n’est remboursé dans aucun cas.

Les autres pistes ont chacune leurs limites. La pilule œstroprogestative, de préférence prise en continu, bloque l’ovulation et donc les variations hormonales qui déclenchent les symptômes [6] ; l’ACOG note qu’elle soulage moins les sautes d’humeur et la tristesse que l’ensemble des symptômes [9]. Elle est exclue après une phlébite ou une embolie, un accident vasculaire cérébral ou certaines migraines accompagnées de troubles neurologiques [14]. La thérapie cognitive et comportementale, l’activité physique régulière et le sommeil font partie des conseils du NHS, comme les anti-inflammatoires pour les douleurs [7]. En dernier recours, des médicaments qui mettent les ovaires au repos, voire une chirurgie qui retire les ovaires, peuvent être discutés chez les femmes qui ne veulent plus d’enfant [7] [9].

L’agenda des symptômes, premier pas vers un diagnostic

Le diagnostic peut être posé par un psychiatre, un gynécologue ou un médecin généraliste [7] [16]. Arriver avec deux cycles notés au jour le jour change la consultation : c’est la preuve exigée par les critères, et c’est ce qui sépare un TDPM d’une dépression ou d’un trouble anxieux qui ne suivent pas le calendrier. Chaque soir, il suffit de relever la date, le jour des règles, les symptômes ressentis et leur intensité, par exemple de 1 à 5, sur papier ou dans une application de suivi du cycle. Les symptômes qui reviennent seulement dans les jours qui précèdent les règles, puis s’effacent, dessinent la signature du trouble que Hailey Bieber a mis six mois à faire nommer.

Sources et références

[1] Women’s Wear Daily — EXCLUSIVE: Hailey Bieber Opens Up About Women’s Health as Rhode Commits $5 Million to Research, 30 octobre 2026
https://wwd.com/beauty-industry-news/beauty-features/hailey-bieber-rhode-womens-health-5-million-1239392562/

[2] Us Weekly (repris par le Sun Herald) — Hailey Bieber Details PMDD Diagnosis After Welcoming Son Jack Blues, Meredith Nardino, 4 novembre 2026
https://www.sunherald.com/entertainment/us-magazine/article317920830.html

[3] Inserm — #PayeTonCycle : C’est quoi le syndrome prémenstruel ?, 10 décembre 2021
https://www.inserm.fr/c-est-quoi/payetoncycle-cest-quoi-le-syndrome-premenstruel/

[4] Reilly T. J. et al. — The prevalence of premenstrual dysphoric disorder: systematic review and meta-analysis, Journal of Affective Disorders 2024;349:534-540
https://doi.org/10.1016/j.jad.2024.01.066

[5] Insee — Population par sexe et groupe d’âges, données annuelles 2026, 13 janvier 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381474

[6] RecoMédicales — Syndrome prémenstruel et trouble dysphorique prémenstruel : critères diagnostiques du DSM-5, mis à jour le 29 janvier 2026
https://recomedicales.fr/recommandations/syndrome-premenstruel

[7] NHS — PMDD (premenstrual dysphoric disorder), 21 août 2026
https://www.nhs.uk/conditions/pmdd-premenstrual-dysphoric-disorder/

[8] Yang Q. et al. — The bidirectional association between premenstrual disorders and perinatal depression: a nationwide register-based study from Sweden, PLOS Medicine 2024;21(3):e1004363
https://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.1004363

[9] American College of Obstetricians and Gynecologists — Management of Premenstrual Disorders, Clinical Practice Guideline n° 7, décembre 2023
https://www.acog.org/-/media/project/acog/acogorg/clinical/files/clinical-practice-guideline/articles/2023/12/management-of-premenstrual-disorders.pdf

[10] Food and Drug Administration — Yaz (drospirenone and ethinyl estradiol), notice de prescription, 2022
https://www.accessdata.fda.gov/drugsatfda_docs/label/2022/021676s021lbl.pdf

[11] ANSM, base de données publique des médicaments — Zoloft 50 mg, gélule (sertraline)
https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/60683198/extrait

[12] ANSM, base de données publique des médicaments — Prozac 20 mg, gélule (fluoxétine)
https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/61885224/extrait

[13] ANSM, base de données publique des médicaments — Deroxat 20 mg, comprimé pelliculé sécable (paroxétine)
https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/60160707/extrait

[14] ANSM, base de données publique des médicaments — Yaz 0,02 mg/3 mg, comprimé pelliculé
https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/61727306/extrait

[15] Code de la sécurité sociale — Article L162-4, en vigueur depuis le 1er juillet 2021
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042685903

[16] Association TDPM France — Le TDPM
https://www.assotdpmfrance.fr/le-tdpm

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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