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Une toux qui traîne plus de 3 semaines n’a plus grand-chose d’un rhume chez un fumeur comme Florent Pagny, dont le scanner a révélé un cancer du poumon

Florent Pagny raconte, dans le documentaire « Cancer : la vie devant » diffusé par M6, comment une toux qui ne passait pas l’a conduit à un premier scanner « dramatique », puis à un PET scan dès le lendemain matin : c’était un cancer du poumon. Son récit pose une question que beaucoup de fumeurs et d’anciens fumeurs se posent devant une toux qui s’éternise : à partir de quand faut-il passer une imagerie des poumons ?

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo S1N7ESE (1 min 15) : la toux de Florent Pagny, le scanner puis le PET scan, et quand une toux doit faire consulter, surtout chez un fumeur.
Sommaire

Le chanteur, qui n’a jamais caché avoir longtemps fumé [2], a d’abord cru à un Covid. Rien d’étonnant : la toux est l’un des symptômes les plus banals qui soient, et celle qui suit un rhume ou une bronchite virale s’éteint presque toujours d’elle-même. Ce qui l’a décidé à consulter, c’est qu’elle ne passait pas [1]. Le 25 janvier 2022, il annonçait sur Instagram l’annulation de sa tournée des 60 ans : « On vient de me diagnostiquer une tumeur au poumon, une tumeur cancéreuse, pas très sympathique, qui ne peut pas s’opérer » [3].

Quatre ans et plusieurs traitements plus tard, Florent Pagny se dit en rémission, mais il repasse un examen tous les trois mois. « On sait tous que ce truc-là ne te quitte pas définitivement. Ce n’est pas une bronchite », disait-il en décembre à l’émission Sept à Huit, en prévoyant ces contrôles « pendant une bonne dizaine d’années » [1]. Son récit a le mérite de rappeler une chose que les chiffres confirment : la toux est souvent le premier signe que l’on remarque, mais rarement un signe précoce.

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Florent Pagny et son cancer du poumon : un scanner « dramatique », un PET scan le lendemain à 8 h 30

« Mon premier scanner est dramatique », raconte-t-il dans le documentaire de M6. « Mais le lendemain, à 8 h 30 du matin, je suis en train de faire un PET Scan » [1]. Les deux examens n’ont pas le même rôle. Le scanner thoracique, ou tomodensitométrie, découpe le thorax en fines images grâce aux rayons X : c’est lui qui montre une masse suspecte dans le poumon. Le PET scan, que les médecins appellent TEP-TDM, repose sur l’injection d’un sucre légèrement radioactif que les cellules cancéreuses consomment avidement : il dresse une carte du corps où la maladie a pu s’installer, dans les ganglions, les os ou d’autres organes.

Le guide de parcours de soins de la Haute Autorité de santé (HAS) et de l’Institut national du cancer (INCa) est clair sur l’ordre des étapes : la TEP-TDM n’est jamais un examen de première intention. Elle intervient dans un second temps, pour le bilan d’extension d’un malade qui pourrait recevoir un traitement à visée curative, et elle n’est pas indiquée quand des métastases sont déjà visibles au scanner [4]. Florent Pagny n’a pas détaillé le stade de son cancer ; son récit montre surtout la vitesse avec laquelle les examens se sont enchaînés, conforme à ce que demande le guide, qui veut une imagerie « dans les meilleurs délais » dès qu’un cancer est suspecté.

Dans une salle de radiologie, un homme d’une cinquantaine d’années en blouse d’hôpital bleue est allongé sur la table d’un scanner, la tête engagée dans l’anneau blanc de l’appareil, un tissu bleu foncé plié posé sur les yeux et les mains jointes sur la poitrine.
Un patient s’engage dans l’anneau d’un scanner, un tissu posé sur les yeux : claustrophobe, Florent Pagny dit utiliser cette astuce pour supporter ses examens de contrôle. Image d’illustration.

Toux qui dure plus de 3 semaines : le repère que retiennent les pneumologues

Il n’existe pas de délai officiel au-delà duquel une toux devient suspecte. Le seuil des 3 semaines vient de la définition de la toux aiguë, fixée par la Société de pneumologie de langue française (SPLF) : en dessous, il s’agit dans l’immense majorité des cas d’une infection virale des voies respiratoires, qui ne demande aucun examen. Entre 3 et 8 semaines, la toux est dite subaiguë. À 8 semaines, elle devient chronique, et une radiographie du thorax ainsi qu’un test de souffle sont alors systématiques [5] [6]. Le Collège des enseignants de pneumologie conseille d’ailleurs de revoir le patient 4 à 6 semaines après une toux aiguë, pour s’assurer qu’elle a bien disparu [6].

Photomontage : Eric Dane, cheveux grisonnants et veste de cuir noire, parle derrière une table de conférence devant un micro, une main levée ; à gauche, une découpe cernée de blanc montre une main ouverte qui laisse tomber un smartphone à l’écran noir.

Attendre deux mois n’est pas pour autant la règle. Les pneumologues dressent une liste de signes d’alarme qui doivent faire rechercher une maladie grave [5] :

  • une toux qui apparaît ou qui change chez un fumeur ;
  • du sang dans les crachats, même en petite quantité ;
  • une altération de l’état général, avec fatigue et amaigrissement ;
  • un essoufflement à l’effort ou des infections respiratoires à répétition ;
  • une voix enrouée, une gêne pour avaler, un ganglion suspect dans le cou.

Dans ces situations, la SPLF propose de faire un scanner thoracique en première intention [5], plus précis que la radiographie, dont le guide de la HAS juge les performances « limitées ». Ce guide va dans le même sens : toute toux persistante ou résistante au traitement, en particulier chez un fumeur ou un ancien fumeur, doit faire rechercher un cancer du poumon, et une radiographie normale ne suffit pas à l’écarter quand la suspicion reste forte [4]. L’INCa rappelle que ce cancer reste très longtemps silencieux et que ses symptômes, toux comprise, apparaissent en général tard [7].

Le tabac n’est pas une condition. Dans la cohorte française KBP-2020, près d’un malade sur huit dont le cancer a été révélé par un symptôme n’avait jamais fumé (12,7 %) [8]. Le guide de la HAS l’écrit noir sur blanc : l’absence de facteur de risque n’exclut pas un cancer du poumon [4].

Cancer du poumon : quand un symptôme le révèle, près de 7 fois sur 10 il a déjà essaimé

C’est là que l’histoire de Florent Pagny rejoint celle de la majorité des malades. La cohorte KBP-2020, menée par le Collège des pneumologues des hôpitaux généraux, a suivi les 8 999 nouveaux cancers du poumon diagnostiqués en 2020 dans 82 hôpitaux généraux français, soit environ un cas sur cinq dans le pays. Dans 72 % des cas, c’est un symptôme qui a mené au diagnostic [8]. Nous avons recalculé la répartition des stades à partir des données publiées : parmi ces cancers révélés par un symptôme, 69 % étaient déjà au stade IV, celui des métastases, et à peine 11 % en étaient aux stades 0 à II, quand la tumeur est encore limitée au poumon ou à ses ganglions les plus proches.

Le contraste est net avec les cancers trouvés autrement. Ceux découverts par hasard, sur un scanner prescrit pour une autre raison, étaient 5 fois plus souvent au stade I (30 % contre 6 %). Ceux repérés par un dépistage individuel au scanner à faible dose l’étaient dans 41 % des cas [8].

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Infographie S1N7ESE. Quand un symptôme révèle un cancer du poumon, près de 7 fois sur 10 il a déjà essaimé. Calcul sur 8 631 nouveaux cancers du poumon de stade connu, diagnostiqués en 2020 dans 82 hôpitaux généraux français (cohorte KBP-2020-CPHG). Stade au diagnostic selon la façon dont le cancer a été découvert : révélé par un symptôme comme la toux ou l’essoufflement (72 % des cancers, 6 184 malades), 11 % aux stades 0 à II, 20 % au stade III, 69 % au stade IV ; trouvé par hasard sur un examen fait pour autre chose (24 %, 2 099 malades), 41 % aux stades 0 à II, 21 % au stade III, 39 % au stade IV ; dépistage individuel par scanner à faible dose (4 %, 348 malades), 55 % aux stades 0 à II, 17 % au stade III, 28 % au stade IV. Malades en vie 3 ans après le diagnostic : stade I 84,0 %, stade II 65,9 %, stade III 49,5 %, stade IV 21,3 %. La toux qui doit faire consulter : elle dure plus de 3 semaines, alors qu’une toux de rhume s’éteint d’ordinaire avant ; elle apparaît ou change chez un fumeur ou un ancien fumeur, ce qui est un signe d’alarme ; elle s’accompagne de sang dans les crachats, d’une voix enrouée, d’un amaigrissement ou d’un souffle court, et il faut alors consulter sans attendre.
Dans la cohorte française KBP-2020, 69 % des cancers du poumon révélés par un symptôme étaient déjà au stade métastatique, contre 28 % de ceux trouvés par un scanner de dépistage. Infographie : S1N7ESE, d’après Debieuvre et al., ERJ Open Research 2026 (calculs S1N7ESE).

Le stade change tout pour la suite. Dans la même cohorte, 84 % des malades diagnostiqués au stade I étaient en vie trois ans plus tard, contre 21 % au stade IV. Les auteurs relèvent aussi qu’à stade égal, aux stades I et II, la survie est quasi identique que le cancer ait été trouvé par un symptôme, par hasard ou par dépistage : c’est bien le stade au moment du diagnostic qui pèse, pas la façon dont on l’a découvert [8]. Aux États-Unis, où le registre SEER suit la survie sur cinq ans, 65,5 % des malades dont le cancer était localisé au poumon sont en vie à cinq ans, contre 10,5 % quand il avait essaimé à distance [9]. Ces moyennes décrivent des groupes de malades soignés il y a plusieurs années : elles ne prédisent pas l’évolution d’une personne, et la survie progresse d’une génération de malades à l’autre : aux États-Unis, elle est passée de 20 % à 32 % à cinq ans, tous stades confondus, entre les malades diagnostiqués en 2010 et ceux de 2018 [9].

Faut-il en conclure qu’une toux signalée plus tôt aurait changé le stade ? Les données ne permettent pas de le dire pour un malade donné, puisque la toux apparaît souvent quand la tumeur a déjà grossi. Mais le guide de la HAS range explicitement « la rapidité de la prise en charge diagnostique et thérapeutique » parmi les facteurs du pronostic [4]. Pour un fumeur dont la toux traîne, gagner quelques semaines sur le premier scanner n’est donc pas un détail.

Sans toux, un scanner à faible dose pour les gros fumeurs : le programme IMPULSION

Pour trouver ces cancers avant le premier symptôme, l’Institut national du cancer a lancé IMPULSION, un programme pilote de dépistage par scanner thoracique à faible dose. Les premières inclusions ont débuté en mai 2026 et 20 000 volontaires doivent être recrutés en 18 à 24 mois. Il s’adresse aux personnes de 50 à 74 ans, fumeuses ou ayant arrêté depuis moins de 15 ans, avec par exemple au moins 20 paquets-années, c’est-à-dire l’équivalent d’un paquet par jour pendant 20 ans. Les participants passent deux scanners à un an d’intervalle, puis un tous les deux ans, pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, avec une aide à l’arrêt du tabac [10].

Les grands essais internationaux, NLST aux États-Unis et NELSON en Europe, ont montré une baisse de 20 à 25 % de la mortalité par cancer du poumon grâce à ce dépistage. Le programme est déployé région par région, selon l’organisation choisie par chaque agence régionale de santé ; le centre d’appel 34 33 et le site du programme indiquent les modalités [10]. Il ne remplace pas la consultation : une personne qui tousse relève d’un examen diagnostique, pas d’un dépistage.

Après un cancer du poumon, un scanner à vie

Le rythme de Florent Pagny, un contrôle tous les trois mois, est plus serré que le minimum prévu par la HAS pour un cancer du poumon en rémission complète : un scanner thoracique tous les 6 mois pendant les deux premières années, puis tous les ans, et ce à vie. Le guide précise que ce suivi dépend du patient, du stade de la maladie et des traitements reçus, et que la TEP-TDM n’y a pas sa place tant que la rémission est complète [4].

Photomontage : Carla Bruni souriante, longs cheveux châtains, robe noire et collier à pierre verte, sur fond gris sombre ; en bas à gauche, en découpe à contour blanc, un ruban rose du cancer du sein et une plaquette de comprimés aux alvéoles toutes vidées.

Pour le chanteur, l’épreuve n’est pas le résultat mais la machine. « La seule chose que j’appréhende, c’est que je suis claustro, donc rentrer dans des IRM ou des scanners… », confie-t-il dans le documentaire. Sa parade tient en une phrase : « Je mets des trucs sur les yeux, je ne regarde même pas la machine » [1].

Sources et références

[1] Le Tribunal du Net — Il tousse en 2022, enchaîne scanner et PET Scan en 24 heures : aujourd’hui en rémission, Florent Pagny passe encore un contrôle tous les trois mois, Hannah Maline, 5 novembre 2026
https://www.letribunaldunet.fr/people/florent-pagny-remission-examen-claustrophobe.html

[2] Voici — « Mon scanner est dramatique » : Florent Pagny révèle ce qu’il appréhendait le plus pendant son traitement contre le cancer, 19 octobre 2026
https://www.voici.fr/celebrites/mon-scanner-est-dramatique-florent-pagny-revele-ce-qu-il-apprehendait-le-plus-pendant-son-traitement-contre-le-cancer-830439

[3] Gala — Florent Pagny face au cancer, ses dernières confidences sur sa santé : « Je ne suis pas fataliste, je suis lucide… », 17 mai 2025
https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/florent-pagny-face-au-cancer-ses-dernieres-confidences-sur-sa-sante-je-ne-suis-pas-fataliste-je-suis-lucide-20250517

[4] Haute Autorité de santé, Institut national du cancer — Guide du parcours de soins : cancers broncho-pulmonaires, juillet 2013
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2013-10/guide_k_bronchopulmonaires_finalweb__091013.pdf

[5] Société de pneumologie de langue française — Recommandations de prise en charge de la toux chronique de l’adulte, Revue des maladies respiratoires 2023;40:432-452
https://cdn2.splf.fr/wp-content/uploads/2023/06/Recos-Toux2023.pdf

[6] Collège des enseignants de pneumologie — Item 204 : toux chez l’adulte, 2023
https://cep.splf.fr/wp-content/uploads/2023/07/ITEM_204_TOUX_2023.pdf

[7] Institut national du cancer — Cancers du poumon : les symptômes possibles, mis à jour le 27 mars 2026
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/poumon/comprendre-la-maladie/symptomes

[8] Debieuvre D. et al. — Impact of lung cancer discovery mode on cancer outcomes: data from the KBP-2020-CPHG study, ERJ Open Research 2026;12(4):00001-2026
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC13478900

[9] National Cancer Institute, programme SEER — Cancer Stat Facts : Lung and Bronchus Cancer (survie relative à 5 ans, 2016-2022)
https://seer.cancer.gov/statfacts/html/lungb.html

[10] Institut national du cancer — IMPULSION, le programme pilote de dépistage des cancers du poumon en France, mis à jour le 27 mai 2026
https://www.cancer.fr/professionnels-de-sante/prevention-et-depistages/depistage-et-detection-precoce/depistage-du-cancer-du-poumon/presentation-du-programme

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