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Delphine Wespiser dit de son compagnon en rémission d’un cancer de la gorge qu’« il guérit », le mot juste pour des ORL qui guettent la rechute des années

Delphine Wespiser a annoncé le 6 novembre que son compagnon Roger Erhart, soigné depuis l’été 2024 pour un cancer de la gorge lié au papillomavirus, est en rémission. Pour les ORL, ce mot ouvre une surveillance serrée : 17 consultations en 5 ans dans le calendrier de leur société savante, car plus de 9 récidives sur 10 surviennent dans les 3 premières années.

Relu par Antoine BOUQUET
Photomontage : Delphine Wespiser, longs cheveux châtains ondulés, boucles d’oreilles dorées et haut à motifs, sourit face à l’objectif sur la droite ; à gauche, sur fond de couloir d’hôpital doré et flou, une main tient un film de scanner bleuté montrant des coupes de la tête et du cou, à côté d’une cloche dorée à manche de bois, en découpe à contour blanc.
Photomontage : Delphine Wespiser en octobre 2021 ; le 6 novembre 2026, l’ancienne Miss France a annoncé que son compagnon Roger Erhart était en rémission d’un cancer de la gorge, trois jours après les résultats d’un scanner, puis l’a montré sonnant la cloche à l’hôpital. Photo d’origine : Gzen92, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, modifiée par S1N7ESE.
Sommaire

L’ancienne Miss France a d’abord publié deux photos pour faire durer le suspense, puis une vidéo où elle fond en larmes : « Il y a trois jours, nous avons reçu les résultats du scanner : Roger est en rémission » [1]. Une autre séquence montre l’homme d’affaires de 60 ans sonner la cloche sous les applaudissements des soignants de l’Institut de cancérologie Strasbourg Europe, où il a été traité. En légende, Delphine Wespiser a écrit « Cancer métastatique survivor » [2]. Elle décrivait jusque-là un « cancer de type papillomavirus qui s’est glissé sur la gorge », soigné par chimiothérapie et radiothérapie [3].

Dans le même message, elle emploie deux mots que l’on prend volontiers pour des synonymes : « Maintenant on peut vous le dire et c’est officiel : il guérit » [4]. Les cancérologues, eux, les distinguent, et cette différence règle toute la suite : le nombre de rendez-vous, la place du scanner et les signes qui doivent faire revenir plus tôt que prévu.

En ce moment

Cancer de la gorge : la rémission d’abord, la guérison avec le temps

Pour l’Institut national du cancer, on parle de rémission « dès lors que toute trace du cancer a disparu », à l’examen comme sur les images. « Au bout d’un certain délai, la rémission devient guérison » [5]. Ce délai n’est pas le même pour tous les cancers : la guérison est acquise quand la rémission a duré assez longtemps pour écarter le risque de rechute [6]. Le « il guérit » au présent de Delphine Wespiser est donc, au fond, le mot juste : la guérison se constate au fil des contrôles, pas le jour du scanner.

Pour les cancers de la gorge, que les médecins appellent cancers ORL ou cancers des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, larynx), ce sont les premières années qui pèsent. Après un traitement destiné à guérir, la maladie revient dans la gorge ou dans les ganglions du cou chez 15 à 35 % des malades selon les études, et dans plus de 90 % des cas pendant les 3 ans qui suivent, rappelle la Société française d’ORL (SFORL) [7]. Dans une série qu’elle cite, 21 % des malades avaient récidivé au bout de 2 ans, 25 % au bout de 3 ans [7]. Passé ce cap, le risque change de nature : celui d’un deuxième cancer, ailleurs dans la gorge, dans l’œsophage ou dans les poumons.

Photomontage : Florent Pagny, cheveux gris dressés, lunettes teintées et bouc gris, chante bras ouverts devant un micro sur fond noir ; à gauche, en découpe à contour blanc, un film de scanner thoracique bleuté montrant six coupes des poumons et un mouchoir en papier froissé.

17 rendez-vous chez l’ORL en 5 ans, et bien moins de scanners qu’on ne le croit

Le calendrier de surveillance publié par la SFORL, et repris par l’Institut national du cancer à l’intention des médecins généralistes, repose d’abord sur la consultation, pas sur l’imagerie [7] [8]. Le premier contrôle a lieu 4 à 8 semaines après la fin des traitements, puis tous les 2 mois la première année, tous les 3 mois la deuxième, tous les 4 mois la troisième et tous les 6 mois ensuite [8]. Selon notre calcul sur ce calendrier, cela fait 17 consultations en 5 ans, dont 13 dans les 3 premières années, celles où surviennent presque toutes les récidives.

À chaque rendez-vous, l’ORL pèse le malade, l’interroge sur ses douleurs, sa voix et sa façon d’avaler, palpe le cou et regarde l’intérieur de la gorge par nasofibroscopie, une fine caméra souple passée par le nez [7]. C’est cet examen, bien plus que le scanner, qui doit repérer une récidive dans la gorge ou dans les ganglions.

Gros plan dans un cabinet d’ORL : un homme d’une soixantaine d’années aux cheveux gris courts et à la barbe grise, assis la tête légèrement inclinée en arrière, pendant qu’une main gantée tient la poignée d’un fin endoscope souple dirigé vers son nez ; à gauche, un écran montre l’intérieur rosé de la gorge.
Une nasofibroscopie : la fine caméra souple passée par le nez montre la gorge et le larynx sur l’écran. C’est le cœur des 17 consultations de surveillance prévues en 5 ans après un cancer de la gorge. Image d’illustration.

L’imagerie garde une place précise, et limitée :

ExamenQuandPour qui
Scanner et/ou IRM « de référence »3 mois après la fin des traitementsSurtout après des traitements sans chirurgie, pour comparer les images suivantes
Nouveau scanner ou IRMEn cas de doute à l’examenTous les malades, selon les signes
Scanner du thorax à faible doseUne fois par anFumeurs, ou ex-fumeurs depuis moins de 15 ans
Prise de sang de la thyroïde (TSH)Tous les 6 mois pendant 2 ans, puis chaque annéeSi la thyroïde était dans le champ des rayons

Aucune prise de sang ne sert à guetter le retour du cancer : la SFORL recommande de ne pas doser de marqueurs tumoraux, et le TEP-scanner n’est pas un examen de routine, réservé aux cas difficiles [7]. Le scanner du thorax annuel vise d’abord un deuxième cancer, au poumon, chez ceux que le tabac a exposés. La surveillance dure ensuite à vie, au rythme de deux consultations par an ; elle s’arrête après 5 ans pour les malades qui n’ont jamais été exposés au tabac ni à l’excès d’alcool [7].

Infographie S1N7ESE. Après un cancer de la gorge, 17 rendez-vous chez l’ORL en 5 ans : calcul sur le calendrier de surveillance de la Société française d’ORL (2015), repris par l’Institut national du cancer, à adapter à chaque malade. Consultations avec nasofibroscopie : 6 la première année (tous les 2 mois), 4 la deuxième (tous les 3 mois), 3 la troisième (tous les 4 mois), 2 la quatrième et 2 la cinquième (tous les 6 mois). 13 rendez-vous sur 17 ont lieu dans les 3 premières années, là où surviennent plus de 9 récidives sur 10 ; ensuite, tous les 6 mois à vie, 5 ans si l’on n’a jamais fumé ni trop bu. Scanners : 1 scanner ou IRM de référence 3 mois après la fin des traitements, puis seulement en cas de doute ; 1 scanner du thorax par an pour les fumeurs ou ceux qui ont arrêté depuis moins de 15 ans. Malades dont le cancer est revenu, sur 124 malades d’un cancer avancé de l’oropharynx : 6 % si le cancer est lié au HPV chez un malade qui n’a jamais fumé, 20 % chez un ancien fumeur, 35 % chez un malade qui fume encore, 50 % si le cancer n’est pas lié au HPV. Rémission : plus aucune trace du cancer aux examens. Guérison : la rémission a duré assez longtemps pour écarter la rechute ; ce délai dépend du cancer.
Selon notre calcul sur le calendrier de la Société française d’ORL, 13 des 17 consultations prévues en 5 ans tombent dans les 3 premières années, celles des récidives. Infographie : S1N7ESE, d’après la SFORL (2015) et l’Institut national du cancer (2018).

Ce calendrier vise les cancers traités pour guérir, et la SFORL précise qu’il doit être « adapté aux besoins du patient » [7]. Après un cancer qui avait essaimé, comme celui que décrit Delphine Wespiser, c’est l’équipe de cancérologie qui fixe le rythme des scanners. Celui qui a montré la rémission de Roger Erhart ouvre cette période de contrôles plutôt qu’il ne la referme.

Papillomavirus : un cancer de la gorge qui revient moins, sauf chez ceux qui fument encore

Les papillomavirus humains (HPV), transmis surtout lors des rapports sexuels, ne causent pas seulement des cancers du col de l’utérus [9]. Dans la gorge, ils touchent surtout l’oropharynx, c’est-à-dire les amygdales et la base de la langue : environ 1 200 cancers de l’oropharynx liés au HPV sont diagnostiqués chaque année en France, avec une incidence en nette hausse dans les pays occidentaux [11].

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L’Institut national du cancer compte 2 010 cancers de la bouche, de l’oropharynx et du larynx causés chaque année par ces virus, 1 530 chez des hommes et 480 chez des femmes [9]. Selon notre calcul, 3 de ces cancers sur 4 touchent un homme, loin de l’image d’un virus qui ne concernerait que les femmes.

Ces cancers répondent mieux aux traitements et récidivent moins, note la SFORL, qui désigne le tabac comme le principal facteur de rechute chez ces malades [7]. Dans une étude qu’elle cite, menée sur 124 malades d’un cancer avancé de l’oropharynx, le cancer était revenu chez 6 % des malades HPV positifs qui n’avaient jamais fumé, 20 % des anciens fumeurs et 35 % de ceux qui fumaient encore, contre 50 % chez les malades dont le cancer n’était pas lié au virus [7]. Arrêter de fumer fait donc partie du suivi au même titre que les consultations, et la SFORL demande d’accompagner le malade dans ce sens [7].

La prévention passe par le vaccin. Il est recommandé aux filles et aux garçons de 11 à 14 ans en 2 doses, avec un rattrapage possible jusqu’à 26 ans, et prévient jusqu’à 90 % des infections à HPV à l’origine de cancers [10]. Il n’agit pas sur une infection déjà installée : il faut le recevoir avant d’être infecté [10].

L’enrouement de plus de 3 semaines, avant comme après un cancer de la gorge

La règle que rappellent les cancérologues tient en une phrase : « un symptôme depuis trois semaines », on consulte son médecin, qui oriente vers un ORL si besoin [11]. Les signes à surveiller :

  • une voix qui change ou un enrouement qui ne passe pas, surtout évocateur d’un cancer du larynx [12] ;
  • une grosseur ou des ganglions dans le cou ;
  • une douleur de gorge, une difficulté ou une douleur pour avaler ;
  • une douleur inexpliquée dans l’oreille ;
  • un ulcère de la bouche qui ne guérit pas, une tache blanche ou rouge ;
  • un nez bouché d’un seul côté, ou qui saigne [11].

L’enjeu est le stade. Pris tôt, ces cancers peuvent guérir dans 80 à 90 % des cas selon leur localisation, un taux qui chute nettement quand la maladie est avancée [11] ; or 70 % sont encore découverts trop tard, selon la Fondation ARC [12]. Après un cancer, ces mêmes signes n’attendent pas le prochain rendez-vous : la SFORL fait de l’éducation du malade une partie de la surveillance, pour qu’il sache quels symptômes imposent de consulter plus tôt que prévu [7].

Photomontage : Carla Bruni souriante, longs cheveux châtains, robe noire et collier à pierre verte, sur fond gris sombre ; en bas à gauche, en découpe à contour blanc, un ruban rose du cancer du sein et une plaquette de comprimés aux alvéoles toutes vidées.

Au-delà de 3 ans, la menace qui reste n’est plus la même maladie. Après un cancer ORL, le risque d’un deuxième cancer est de 3 à 6 % par an, toutes localisations confondues, et il ne baisse pas avec le temps : la SFORL relève de nouveaux cancers de la gorge jusqu’à 15 ans après le premier [7]. Les malades d’un cancer de l’oropharynx lié au HPV y sont nettement moins exposés : dans une étude citée par la société savante, aucun des 34 malades qui n’avaient jamais fumé n’en avait développé dans les 5 ans [7].

Sources et références

[1] Paris Match — « Nous avons reçu les résultats du scanner » : Delphine Wespiser fait une grande annonce sur l’état de santé de son compagnon Roger, Madison Petit, 6 novembre 2026
https://www.parismatch.com/nous-avons-recu-resultats-scanner-delphine-wespiser-fait-grande-annonce-sur-letat-sante-son-compagnon-roger-6veTcdhkd5C0srJR42zJUS

[2] Midi Libre — « Un miracle d’amour » : la formidable nouvelle de Delphine Wespiser et de son compagnon, après 27 mois de combat contre le cancer, 6 novembre 2026
https://www.midilibre.fr/2026/11/06/un-miracle-damour-la-formidable-nouvelle-de-delphine-wespiser-et-de-son-compagnon-apres-27-mois-de-combat-contre-le-cancer-13639850.php

[3] Public — « On vous quitte », Delphine Wespiser et son compagnon Roger annoncent, face à la lourde maladie, disparaître, Victoria Buisson, 1er novembre 2026
https://www.public.fr/on-vous-quitte-delphine-wespiser-et-son-compagnon-roger-annoncent-face-a-la-lourde-maladie-disparaitre

[4] Télé-Loisirs — « Il guérit ! » : Delphine Wespiser annonce la rémission de Roger après deux ans de combat contre le cancer, Clara Pouvil, 6 novembre 2026
https://www.programme-tv.net/news/people/410724-il-guerit-delphine-wespiser-annonce-la-remission-de-roger-apres-deux-ans-de-combat-contre-le-cancer

[5] Institut national du cancer — Glossaire : rémission
https://www.cancer.fr/glossaire/remission

[6] Institut national du cancer — Rémission et guérison, mis à jour le 29 novembre 2021
https://pediatrie.cancer.fr/parent/parcours/quand-parle-t-on-de-guerison/remission-et-guerison

[7] Société française d’oto-rhino-laryngologie — Actualisation de la recommandation de 2005 sur le suivi post-thérapeutique des carcinomes épidermoïdes des VADS de l’adulte, recommandation pour la pratique clinique, 2015
https://www.sforl.org/wp-content/uploads/2020/02/reco_suivi_post_therapeutique_carcinomes_epidermoides_adulte_2015.pdf

[8] Institut national du cancer — Cancers des voies aérodigestives supérieures, du diagnostic au suivi, outils pour la pratique des médecins généralistes, février 2018
https://www.oncorif.fr/wp-content/uploads/2018/07/Cancers_des_voies_aerodigestives_superieures_du_diagnostic_au_suivi_mel_20180706.pdf

[9] Institut national du cancer — Dépliant sur la vaccination contre les cancers HPV, décembre 2025
https://www.cancer.fr/content/download/125907/file/D%C3%A9pliant%20vaccination%20HPV_148x210_DEPVACCHPV2512.pdf?version=2

[10] Institut national du cancer — La vaccination contre les infections liées aux papillomavirus humains (HPV) pour prévenir les cancers, mis à jour le 7 janvier 2026
https://www.cancer.fr/professionnels-de-sante/prevention-et-depistages/prevention/agents-infectieux/prevenir-les-cancers-lies-aux-hpv

[11] Gustave Roussy — Cancers ORL : les symptômes qui doivent alerter, 30 mars 2026
https://www.gustaveroussy.fr/fr/news-cancers-orl-les-symptomes-qui-doivent-alerter

[12] Fondation ARC pour la recherche sur le cancer — FAQ : cancer de la gorge, 11 février 2026
https://www.fondation-arc.org/sinformer-sur-le-cancer/les-differents-cancers/les-cancers-des-voies-aerodigestives-superieures/faq-cancer-gorge

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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