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L’autopsie de Jesus de Miguel retient un traumatisme thoracique, un coup à la poitrine dont on réchappe bien plus souvent si quelqu’un masse dans les 3 minutes

Le rapport préliminaire d’autopsie de Jesus de Miguel, l’attaquant du CD Tenerife mort le 3 novembre au lendemain d’un choc avec le gardien d’Andorre, retient un traumatisme thoracique accidentel. Sur un terrain de football amateur, sans médecin au bord de la pelouse, les minutes qui suivent un tel coup reposent sur les coéquipiers, l’arbitre et les parents en tribune.

Relu par Antonin Mateo
De nuit, sous les projecteurs d’un terrain de football amateur, un joueur en maillot rouge est allongé sur la pelouse boueuse, inanimé ; un coéquipier en chasuble bleue, agenouillé, appuie les deux mains sur sa poitrine pour le masser, tandis qu’un autre court avec une mallette de défibrillateur et que l’arbitre appelle à l’aide.
Sur un terrain amateur, un coéquipier masse un joueur resté inanimé pendant qu’un autre accourt avec le défibrillateur : dans le registre américain des coups à la poitrine, 40 % des victimes ont survécu quand la réanimation a démarré en moins de 3 minutes. Image d’illustration.
Sommaire

La scène a duré quelques secondes. Le lundi 2 novembre, dans le temps additionnel de Tenerife-Andorre, en deuxième division espagnole, le gardien Jesus Owono est sorti de sa surface jusqu’au rond central pour disputer un long ballon. Son genou a frappé Jesus de Miguel, 30 ans, au haut du corps. L’attaquant est resté quelques secondes à genoux en se tenant le torse, puis il est tombé sur le dos, les bras le long du corps [3]. Le gardien a été exclu et le match arrêté sur le score de 2-2.

Le club a d’abord indiqué que son joueur avait fait un arrêt cardiaque et que son pouls était revenu dans l’ambulance. Son état s’est ensuite aggravé sur le plan neurologique, et il est mort le mardi à 8 heures, heure des Canaries, à l’hôpital universitaire Nuestra Señora de Candelaria [3]. Le rapport préliminaire de l’Institut de médecine légale de Santa Cruz de Tenerife, remis mercredi à la juge chargée de l’enquête, retient « un traumatisme thoracique de caractère accidentel » comme cause compatible avec la mort, selon le quotidien canarien El Día. Les analyses complémentaires, dont les examens toxicologiques, doivent encore préciser le mécanisme [1].

En ce moment

Jesus de Miguel : deux enquêtes et des questions sur les premières minutes

Deux enquêtes sont ouvertes en Espagne. Celle de la police nationale porte sur la prise en charge médicale à partir du moment où le joueur était allongé sur la pelouse : médecins du club, secouristes de la Croix-Rouge, transfert vers l’hôpital. D’après El Día, repris par RMC Sport, les enquêteurs cherchent à savoir s’il a reçu de l’oxygène comme le prévoit le règlement, si un défibrillateur a été utilisé et selon quel protocole, et pourquoi l’ambulance n’est pas entrée sur le terrain : le joueur a été évacué sur une civière portée à la main [2]. L’autre enquête, ouverte par le parquet, examine la responsabilité pénale du gardien. Le procureur de Santa Cruz de Tenerife juge peu probable qu’elle débouche sur des poursuites contre lui, l’action figurant dans le rapport de l’arbitre.

Avant l’autopsie, plusieurs urgentistes espagnols avaient évoqué la commotio cordis : un coup sur la poitrine qui tombe à un instant précis du battement cardiaque et désorganise le rythme du cœur jusqu’à l’arrêter. Carlos Alonso, porte-parole de la Société espagnole de médecine d’urgence, gardait un doute, car dans ce cas la victime s’effondre presque instantanément. Il envisageait aussi une contusion grave du cœur, capable de provoquer un épanchement de sang autour de lui et la mort plusieurs heures plus tard [12]. Le terme retenu par le rapport préliminaire, traumatisme thoracique, ne tranche pas encore entre ces deux mécanismes.

Ce drame s’est produit dans un stade professionnel, avec des médecins, des secouristes et une ambulance sur place, et les questions portent malgré tout sur les gestes des premières minutes. Sur un terrain de district, le dimanche, personne n’est là pour ces gestes par métier : ils reviennent aux coéquipiers, à l’arbitre, aux éducateurs et aux parents en tribune.

Après un coup dans la poitrine, ne pas attendre qu’il se relève

Le signe qui doit déclencher l’alerte est simple : un joueur qui ne répond pas quand on lui parle, et qui ne respire pas ou respire mal. Il faut alors le considérer en arrêt cardiaque. La Sécurité civile résume la conduite à tenir en quatre étapes [6] :

  1. Protéger : arrêter le jeu et écarter ce qui peut mettre en danger la victime ou ceux qui l’aident.
  2. Apprécier son état : vérifier qu’elle est consciente et qu’elle respire.
  3. Alerter : appeler le 15 (Samu), le 18 (pompiers) ou le 112, donner le lieu exact et l’état de la victime, et ne raccrocher que lorsque l’interlocuteur l’indique.
  4. Agir : commencer le massage cardiaque et faire apporter un défibrillateur, qui guide son utilisateur pas à pas, du massage au placement des électrodes [14].

Le temps compte plus que tout le reste. Dans le registre américain de la commotio cordis, qui rassemblait 216 cas en 2012, 40 % des victimes ont survécu quand la réanimation avait démarré en moins de 3 minutes, contre 5 % au-delà, un taux de survie huit fois plus élevé [4]. La survie a progressé au fil des décennies, jusqu’à 58 % des cas sur les six dernières années étudiées, ce que les auteurs attribuent à des secours plus rapides, à l’accès aux défibrillateurs et à une meilleure connaissance de ce phénomène. Un défibrillateur utilisé sur place protégeait de la mort. Les victimes de ce registre étaient surtout des garçons, de 15 ans en moyenne.

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En France, une équipe de cardiologues a recensé, à partir des signalements des Samu, toutes les morts subites liées au sport entre 2005 et 2010 chez les 10-75 ans : 820 cas, dont plus de 9 sur 10 pendant un sport de loisir [5]. Presque toutes ces victimes (93 %) se sont effondrées devant quelqu’un, mais un témoin n’a commencé le massage que dans 31 % des cas. Autrement dit, au moins 62 victimes sur 100 sont tombées devant un témoin sans être massées avant l’arrivée des secours, selon notre calcul. Seules 16 % sont sorties vivantes de l’hôpital. Le massage par un témoin faisait partie, avec une défibrillation d’emblée, des deux facteurs les plus liés à la survie : quand il avait eu lieu, la cote de survie était environ 3,7 fois plus élevée, une cote de 1 signifiant aucune différence.

Un joueur qui se relève après le coup n’est pas tiré d’affaire pour autant. L’Assurance maladie range parmi les urgences une douleur qui serre la poitrine, dure plus de cinq minutes et ne passe pas au repos, surtout avec un essoufflement, une pâleur, des sueurs, des vertiges ou des palpitations : c’est une raison d’appeler le 15 ou le 112 [9]. Après un choc, cela exclut de le renvoyer sur le terrain en serrant les dents.

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Infographie S1N7ESE. Arrêt cardiaque sur un terrain : tout se joue avant l’arrivée des secours. En France, sur 820 morts subites liées au sport entre 2005 et 2010, 93 % des victimes se sont effondrées devant un témoin, un témoin a commencé le massage dans 31 % des cas et 16 % sont sorties vivantes de l’hôpital ; au moins 62 victimes sur 100 sont tombées devant quelqu’un sans être massées (calcul S1N7ESE). Pour les coups à la poitrine (commotio cordis, registre américain de 216 cas), 40 % de survie quand la réanimation démarre en moins de 3 minutes, 5 % au-delà, soit un taux de survie 8 fois plus élevé. Les secours mettent en moyenne 13 minutes à arriver en ville en France, 7 à 8 minutes à Paris, et au-delà de 10 minutes sans massage les chances de survie sont quasi nulles.
En France, presque tous les sportifs victimes de mort subite tombent devant témoins, mais un sur trois seulement reçoit un massage de leur part, alors que les secours mettent en moyenne 13 minutes à arriver en ville. Infographie : S1N7ESE.

13 minutes pour les secours, un défibrillateur à aller chercher

Cette fenêtre de quelques minutes est à mettre en regard du délai des secours. Un rapport de l’Assemblée nationale consacré à la mort subite estimait en 2019 qu’ils mettent en moyenne 13 minutes à arriver en milieu urbain, 7 à 8 minutes à Paris et parfois plusieurs dizaines de minutes en zone rurale. « Au-delà de dix minutes sans massage cardiaque, les chances de survie sont quasiment nulles », note le même rapport [7]. Le délai moyen en ville représente plus de quatre fois les 3 minutes du registre américain.

Le défibrillateur, lui, n’est pas toujours au bord du terrain. Depuis le décret du 19 décembre 2018, les établissements recevant du public des catégories 1 à 4 doivent en détenir un. Dans la plus petite catégorie, la cinquième, l’obligation ne vise que quelques lieux, dont « les établissements sportifs clos et couverts ainsi que les salles polyvalentes sportives » [8]. Un petit stade en plein air classé en cinquième catégorie n’y figure pas. Savoir avant le coup d’envoi où se trouve l’appareil le plus proche, au club-house, au gymnase voisin ou à la mairie, épargne les minutes perdues à le chercher. Les défibrillateurs installés sont recensés et géolocalisés dans la base nationale Géo’DAE [13].

La peur de mal faire retient souvent les témoins. La loi donne à toute personne qui porte secours spontanément la qualité de collaborateur occasionnel du service public, avec la protection juridique qui s’y rattache [6].

Choc à la tête : les signaux qui imposent le 15

Dans un duel aérien, c’est souvent la tête qui prend le coup. Le doute suffit pour sortir le joueur : le protocole commotion de la Fédération française de baseball et softball, l’un des documents de terrain publiés par les fédérations, demande de le retirer immédiatement du jeu et de ne jamais le laisser seul. Il fixe la liste des signaux d’alerte pour lesquels il faut appeler le 15 [10] :

  • perte de connaissance, ou conscience qui se dégrade ;
  • confusion, somnolence importante ;
  • vomissements répétés, convulsions ;
  • maux de tête qui augmentent ;
  • difficulté à marcher, à parler, à reconnaître les gens ou les lieux ;
  • vision double ou trouble, problème d’équilibre important ;
  • faiblesse, picotements ou engourdissement des bras ou des jambes ;
  • douleur intense au cou.

Un seul de ces signes suffit. Sans eux, le joueur ne reprend pas le match pour autant : le même protocole prévoit un repos d’au moins 48 heures, sans rester seul, et une reprise par étapes, avant 48 heures seulement avec un accord médical. La perte de connaissance ne survient que dans environ 10 % des commotions, selon ce document : un joueur resté debout peut avoir été touché.

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Au bord d’un terrain de football amateur détrempé, un joueur en maillot blanc et vert, assis dans la boue, se tient la tête ; son entraîneur, accroupi face à lui, lève deux doigts devant ses yeux pour vérifier ses réactions, et un coéquipier téléphone derrière eux.
Après un choc à la tête, le joueur sort du jeu et ne reste jamais seul ; confusion, vomissements répétés ou maux de tête qui augmentent imposent d’appeler le 15. Image d’illustration.

Le football, premier sport aux urgences en France

Les accidents mortels restent rares, mais le football envoie chaque année beaucoup de monde aux urgences. La dernière estimation nationale par discipline, tirée par l’Institut de veille sanitaire, aujourd’hui Santé publique France, des urgences de douze hôpitaux en 2004 et 2005, chiffrait à environ 910 000 les passages aux urgences pour accident de sport chaque année [11]. Le football en représentait plus du quart, soit environ 240 000 personnes par an, pour 2,2 millions de licenciés à l’époque. Chez les hommes, il pesait 70 % des accidents de sports d’équipe, et dans ces sports un coup était en cause dans plus d’un accident sur trois (36 %). La tête était touchée dans 13 % des accidents de sport, toutes disciplines confondues, et 7 % des blessés étaient hospitalisés.

Ces chiffres ont vingt ans et décrivent surtout des entorses, des contusions et des fractures. Les auteurs notaient eux-mêmes que le nombre de décès et de séquelles graves liés au sport restait à chiffrer. Pour les morts subites, le registre de 2005-2010 donne un ordre de grandeur : 4,6 cas par million d’habitants et par an, des hommes dans 95 % des cas, âgés de 46 ans en moyenne [5].

Pour ne pas rester figé le jour où cela arrive, les associations agréées de sécurité civile proposent partout en France deux formations ouvertes à tous : une sensibilisation aux gestes qui sauvent, en 2 heures, et la formation aux premiers secours citoyen, en 7 heures, qui prépare notamment à réagir face à une personne inconsciente ou en arrêt cardiaque, avec ou sans défibrillateur [6].

Sources et références

[1] El Día — El informe preliminar de la autopsia avanza que Jesús de Miguel murió por un "traumatismo torácico accidental", 4 novembre 2026
https://www.eldia.es/deportes/cd-tenerife/2026/11/04/informe-preliminar-autopsia-jesus-miguel-136093035.html

[2] RMC Sport — Mort de Jesus de Miguel : efficacité des secours, responsabilité pénale d'Owono... ce que disent les premiers éléments de l'enquête, 4 novembre 2026
https://rmcsport.bfmtv.com/football/liga/mort-de-jesus-de-miguel-efficacite-des-secours-responsabilite-penale-d-owono-ce-que-disent-les-premiers-elements-de-l-enquete_AV-202611040848.html

[3] Marca (Associated Press) — Spanish police investigate footballer Jesús de Miguel's death after on-field collision, 3 novembre 2026
https://www.marca.com/en/football/spanish-football/2026/11/03/spanish-police-investigate-footballer-jesus-miguel-s-death-after-on-field-collision.html

[4] Maron BJ, Haas TS, Ahluwalia A, Garberich RF, Estes NA, Link MS — Increasing survival rate from commotio cordis, Heart Rhythm, 2013
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23107651/

[5] Marijon E, Tafflet M, Celermajer DS et al. — Sports-related sudden death in the general population, Circulation, 2011
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21788587/

[6] Ministère de l'Intérieur, Sécurité civile — Se former aux gestes qui sauvent
https://www.securite-civile.interieur.gouv.fr/sengager/engagement-citoyen/se-former-aux-gestes-qui-sauvent

[7] Assemblée nationale — Rapport n° 1633 sur la proposition de loi visant à lutter contre la mort subite et à sensibiliser la population aux gestes qui sauvent, J.-C. Colas-Roy, 6 février 2019
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cion_lois/l15b1633_rapport-fond.pdf

[8] Décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 relatif aux défibrillateurs automatisés externes, Journal officiel du 21 décembre 2018
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000037839290

[9] ameli.fr — Reconnaître une douleur thoracique qui nécessite des soins urgents
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/douleur-thoracique/reconnaitre-agit-urgence

[10] Fédération française de baseball et softball — Protocole commotion, 2026
https://ffbs.fr/wp-content/uploads/2026/08/Protocole-commotion.pdf

[11] Ricard C, Rigou A, Thélot B — Description et incidence des recours aux urgences pour accidents de sport, en France. Enquête permanente sur les accidents de la vie courante, 2004-2005, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 33, Institut de veille sanitaire (Santé publique France), 2 septembre 2008
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/cadic_files/documents/7476_7476_PS.pdf

[12] CuídatePlus — Carlos Alonso, médico de Urgencias, sobre la muerte de Jesús de Miguel : « La autopsia será clave », 3 novembre 2026
https://cuidateplus.marca.com/bienestar/2026/11/03/carlos-alonso-medico-urgencias-muerte-jesus-miguel-autopsia-sera-clave-imagenes-dejan-interrogantes-185789.html

[13] Assemblée nationale — Question écrite n° 2841 et réponse du gouvernement, Évaluation de l'efficacité de la mise en place des défibrillateurs, 16e législature
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/questions/QANR5L16QE2841

[14] Préfecture de la Loire-Atlantique — Les défibrillateurs automatisés externes
https://www.loire-atlantique.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Actualites/Les-defibrillateurs-automatises-externes

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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