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La dépression que Vianney dit avoir frôlée prend chez l’homme le visage de la colère, d’un verre de trop ou du travail à outrance plus que celui des larmes

Vianney s’est dit « pas très loin de la dépression » au moment de partir construire sa cabane dans les bois. Chez les hommes, cette souffrance prend souvent un autre visage que la tristesse, et plus d’un sur deux traverse un épisode dépressif sans aucun soin, selon Santé publique France.

Relu par Antoine BOUQUET
En vidéo : chez l’homme, la dépression prend souvent le visage de la colère, de l’alcool ou du travail à outrance. Le 3114 répond aussi aux proches.
Sommaire

Le 1er novembre, dans « 20h30 le dimanche » sur France 2, Vianney a donné à Laurent Delahousse l’origine de ce projet : « À la base, si je veux construire cette cabane, ce refuge, c’est parce que je ne vais pas bien. » Puis ce détail, que beaucoup d’hommes reconnaîtront : « Je dis à ma femme “Ça ne va pas” et je pense que c’est la première fois que je lui disais en dix ans » [3]. Il fallait, raconte-t-il, « casser le rythme » d’un métier dont on finit par « épouser le moule », au point de perdre « un petit peu l’essence de toi-même » [4].

Le lendemain, au Grand Rex, à Paris, il présentait son cinquième album, Les Évadés, qui sort le 6 novembre. Devant quelque 2 000 personnes, le chanteur de 35 ans a décrit l’état dans lequel il l’avait commencé : « Je me sentais mal au début, j’avais l’impression que c’était un album de dépressif, fait par un mec qui n’était pas loin de ça » [1][2]. Vianney n’a parlé ni de diagnostic ni de traitement, et rien ne permet d’en dire plus sur son cas. Son récit décrit en revanche très bien ce que mesurent les enquêtes de santé publique chez les hommes : une souffrance qui met longtemps à se dire, et qui arrive rarement jusqu’à un soignant.

En ce moment

Vianney chante les yeux fermés devant un micro, sur une scène plongée dans le noir et éclairée d'une lumière rouge.
Vianney sur scène au Paléo Festival de Nyon, en Suisse, en juillet 2016. En juin 2025, après dix ans sous les projecteurs, il a fait une pause pour bâtir seul une cabane en forêt, où est né son nouvel album. Crédit : El pitareio / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Dépression chez l’homme : plus d’un épisode sur deux reste sans aucun soin

Le Baromètre de Santé publique France interroge régulièrement un large échantillon d’adultes sur leur santé. Son édition 2024 repère l’épisode dépressif caractérisé avec un questionnaire standardisé : au moins deux semaines de suite à se sentir triste ou sans espoir, ou à avoir perdu l’intérêt pour presque tout, avec d’autres symptômes comme la fatigue, les troubles du sommeil ou de l’appétit, la difficulté à se concentrer ou des idées de mort [5].

Selon cette mesure, 12,8 % des hommes de 18 à 79 ans ont vécu un tel épisode dans l’année, contre 18,2 % des femmes [5]. Cet écart est connu. La suite du questionnaire en révèle un autre, plus inquiétant : parmi les hommes concernés, 53,9 % n’ont eu aucun soin, ni consultation d’un professionnel, ni psychothérapie, ni médicament. C’est le cas de 37,9 % des femmes [5]. Seuls 34,9 % de ces hommes ont consulté un professionnel pour des problèmes « d’ordre émotif, nerveux, psychologique ou de comportement », contre 49,8 % des femmes [5].

Dans une chambre plongée dans le noir, une femme allongée sous la couette fait défiler du pouce le fil d'une application sur son smartphone, le visage éclairé en bleu par l'écran.

L’écart ne se referme pas avec la gravité. Lors d’un épisode sévère, 41,2 % des hommes restent sans aucun soin, contre 25,6 % des femmes [5]. Rapporté à la population recensée par l’Insee, environ 3,1 millions d’hommes ont traversé un épisode dépressif en 2024, dont environ 1,7 million sans aucune prise en charge (calculs S1N7ESE d’après [5][10]). Santé publique France cite parmi les freins le coût, le manque de professionnels, les délais d’attente, la méconnaissance des ressources et la stigmatisation qui entoure encore les troubles psychiques [5].

Infographie S1N7ESE. Dépression : les hommes la déclarent moins, et la soignent beaucoup moins. Adultes de 18 à 79 ans, Baromètre de Santé publique France 2024. Ont vécu un épisode dépressif caractérisé dans l'année : 12,8 % des hommes, 18,2 % des femmes, soit 1,4 fois plus souvent déclaré par les femmes. Parmi eux, aucun soin dans l'année (ni consultation, ni psychothérapie, ni médicament) : ensemble des épisodes 53,9 % des hommes et 37,9 % des femmes ; épisode léger 77,0 % et 56,4 % ; épisode modéré 59,4 % et 44,6 % ; épisode sévère 41,2 % et 25,6 %. Décès par suicide en France en 2023 : 8 848, dont 6 645 hommes (75,1 %) et 2 203 femmes (24,9 %), environ 18 hommes par jour. Environ 1,7 million d'hommes ont traversé un épisode dépressif sans aucun soin en 2024, selon les calculs de S1N7ESE.
Même lors d’un épisode dépressif sévère, 41,2 % des hommes n’ont eu aucun soin en 2024, contre 25,6 % des femmes. Infographie : S1N7ESE, d’après Santé publique France et l’Insee (calculs S1N7ESE).

Irritabilité, alcool, travail : quand la dépression ne ressemble pas à de la tristesse

Si tant d’hommes passent entre les mailles, c’est aussi que leur dépression ne se présente pas toujours comme on l’attend. Les questionnaires et les critères de diagnostic partent de la tristesse et de la perte d’intérêt. Une partie des hommes déprimés décrivent surtout autre chose.

En 2013, des chercheurs américains ont repris une grande enquête nationale de santé mentale portant sur 5 692 adultes, en y ajoutant des symptômes dits « masculins » : accès de colère ou d’agressivité, consommation d’alcool ou de drogues, prises de risque. Les hommes les déclaraient plus souvent que les femmes. Avec une échelle fondée sur ces seuls signes, 26,3 % des hommes remplissaient les critères d’une dépression, contre 21,9 % des femmes. En mêlant signes classiques et signes masculins, l’écart n’était plus net : 30,6 % des hommes et 33,3 % des femmes [6]. Ces échelles ont été construites pour l’étude et ne servent pas au diagnostic, mais elles montrent à quel point le résultat dépend des questions posées.

En Allemagne, une équipe d’Erlangen a suivi 163 patients hospitalisés pour dépression. Ceux qui présentaient une forme « masculine », hommes comme femmes, consommaient plus d’alcool, de tabac et de drogues, travaillaient davantage, 25 heures par semaine en moyenne contre 19, et avaient eu moins de contacts avec des soignants pour des plaintes psychiques [7]. Le titre de l’article résume le tableau : boire, travailler dur et éviter la psychiatrie.

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En France, une équipe de l’hôpital Lariboisière, à Paris, a lancé en 2025 une étude pour mieux repérer la dépression chez les hommes, rapporte Psycom, le site public d’information sur la santé mentale [8]. Les signes qu’elle veut faire reconnaître par les soignants sont ceux que l’on prend rarement pour une dépression :

  • une irritabilité nouvelle, des colères ou de l’agressivité ;
  • davantage d’alcool ou de drogues ;
  • un surinvestissement dans le travail ou le sport ;
  • des conduites à risque, comme les excès de vitesse au volant.

La chercheuse Margaux Hazan observe que les hommes consultent souvent au dernier moment, quand un proche excédé les y pousse ou quand le travail devient impossible : « Si le patient ne parvient plus à exercer son métier, alors d’un seul coup, ça le reconnecte à lui-même, à son corps, à ses symptômes et il ose demander un premier rendez-vous » [8]. Ce retard a un prix. « On retrouve souvent des patients hommes qui ont déjà divorcé, trop bu, perdu leur travail ou leur permis », remarque la psychiatre Claire-Lise Alvarez, qui a consacré sa thèse à l’effet du genre sur le diagnostic en psychiatrie. Selon elle, les hommes reçoivent souvent leur diagnostic plus tard que les femmes, quand les troubles sont déjà installés et plus difficiles à prendre en charge [8].

Suicide : trois décès sur quatre concernent des hommes

À l’autre bout, il y a les décès. En 2023, 8 848 personnes sont mortes par suicide en France, dont 75,1 % d’hommes, selon le dernier bilan de Santé publique France [9]. Cela représente 6 645 hommes, environ 18 par jour, trois fois plus que de femmes (calculs S1N7ESE). Les taux les plus élevés touchent les hommes de 45 à 64 ans, avec 29 décès pour 100 000, et ceux de 65 ans et plus, avec 37 pour 100 000, un chiffre qui monte à 76 après 85 ans [9].

Les femmes déclarent 1,4 fois plus souvent un épisode dépressif, les hommes meurent trois fois plus souvent par suicide. Ces deux chiffres ne mesurent pas la même chose, et un suicide n’a jamais une cause unique. Leur contraste plaide pourtant pour regarder la souffrance des hommes autrement : moins dans ce qu’ils disent que dans ce qui change chez eux, une humeur qui s’assombrit en colère, des verres qui se multiplient, des journées de travail qui s’allongent.

Le 3114 répond aussi aux proches qui s’inquiètent

Quand un homme ne dit rien, l’entourage voit souvent les signes avant lui. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, s’adresse aux personnes en souffrance, mais aussi aux proches inquiets et aux professionnels. Gratuit, confidentiel et joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en Hexagone comme en outre-mer, il est tenu par des infirmiers et des psychologues formés à la crise suicidaire, sous la supervision d’un psychiatre, dans 18 centres répartis sur le territoire [9]. De juin à décembre 2024, il a reçu 215 093 appels, près de 18 000 par mois [9]. En cas de danger immédiat, le 15 et le 112 restent les numéros d’urgence.

Dans une chambre encore sombre, une femme d'une trentaine d'années en pyjama est assise au bord du lit défait, le visage dans la main, tournée vers la fenêtre d'où entre le soleil bas d'un matin d'automne.

Hors urgence, le médecin généraliste reste la première porte d’entrée : un quart des adultes ayant vécu un épisode dépressif en 2024 l’avaient consulté pour ce motif, et un tiers de ceux dont l’épisode était sévère [5].

Sources et références

[1] Le Parisien — « Je n’avais pas prévu de faire quelque chose d’aussi triste » : au Grand Rex, Vianney se dévoile face à ses fans, 3 novembre 2026
https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/musique/je-navais-pas-prevu-de-faire-quelque-chose-daussi-triste-au-grand-rex-vianney-se-devoile-face-a-ses-fans-03-11-2026-EWJCWUFLCVB53BV3KTHFPESHH4.php

[2] Femme Actuelle — « Pas très loin de la dépression » : Vianney se confie sur les idées noires qui l’ont poussé à se retirer du monde, 3 novembre 2026
https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/pas-tres-loin-de-la-depression-vianney-se-confie-sur-les-idees-noires-qui-lont-pousse-a-se-retirer-du-monde-2212960

[3] Télé-Loisirs — « Première fois que je lui disais en dix ans » : Vianney révèle ce qu’il a confié à sa compagne Catherine Robert avant de construire sa cabane, 1er novembre 2026
https://www.programme-tv.net/news/people/410473-premiere-fois-que-je-lui-disais-en-dix-ans-vianney-revele-ce-qu-il-a-confie-a-sa-compagne-catherine-robert-avant-de-construire-sa-cabane/

[4] Public — « Je te livre un dossier » : dans 20h30 le dimanche, Vianney révèle à Laurent Delahousse la vraie raison qui l’a poussé à bâtir sa cabane, 1er novembre 2026
https://www.public.fr/je-te-livre-un-dossier-dans-20h30-le-dimanche-vianney-revele-a-laurent-delahousse-la-vraie-raison-qui-la-pousse-a-batir-sa-cabane

[5] Santé publique France — Léon C, Perrin L, Gillaizeau I, Papadopoulos A. Épisodes dépressifs : prévalence et recours aux soins. Baromètre de Santé publique France : résultats de l’édition 2024, 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/sante-mentale/depression-et-anxiete/rapportsynthese/episodes-depressifs-prevalence-et-recours-aux-soins-barometre-de-sante-publique-france-resultats-de

[6] Martin LA, Neighbors HW, Griffith DM — The Experience of Symptoms of Depression in Men vs Women: Analysis of the National Comorbidity Survey Replication, JAMA Psychiatry, 2013
https://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/fullarticle/1733742

[7] von Zimmermann C et al. — Masculine depression and its problem behaviors: use alcohol and drugs, work hard, and avoid psychiatry!, European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 2023
https://link.springer.com/article/10.1007/s00406-023-01567-0

[8] Psycom (en partenariat avec Santé publique France) — La santé mentale des hommes
https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/la-sante-mentale-des-hommes/

[9] Santé publique France — Surveillance annuelle des conduites suicidaires, bilan 2024, édition nationale, 10 octobre 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/bullnat_conduites_suicidaires_20251010.pdf

[10] Insee — Démographie, France, portrait social, édition 2024 (pyramide des âges au 1er janvier 2024)
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8242323?sommaire=8242421

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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