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L’araignée violoniste que l’on soupçonne d’avoir tué une mère de famille en Italie a déjà été observée dans 14 départements français, jusque dans le Rhône

En Italie, la justice cherche à savoir si une araignée violoniste a causé la mort d'une mère de famille de 39 ans, soignée pendant des semaines pour une simple piqûre. Cette petite araignée brune, Loxosceles rufescens, vit aussi en France : nous avons compté ses observations dans 14 départements, de la Corse au Rhône.

Relu par Antoine BOUQUET
Gros plan dans une armoire éclairée par une lumière dorée : une petite araignée brun-roux aux longues pattes fines est posée sur le pli d'un jean bleu, à quelques centimètres des doigts d'une main qui descend pour attraper le vêtement.
Une araignée brune aux longues pattes fines posée sur un jean plié, près d'une main qui s'apprête à le prendre. L'araignée violoniste se réfugie dans les recoins sombres, vêtements et chaussures compris, et mord surtout quand elle se retrouve coincée contre la peau. Image d'illustration.
Sommaire

Mi-septembre, Sabrina Gigliotti a senti une démangeaison sur la cuisse droite et découvert ce qui ressemblait à une piqûre. Elle avait 39 ans, deux enfants, et vivait à Ostie, le bord de mer de Rome. Quarante jours plus tard, le 25 octobre, elle est morte à l’hôpital San Camillo. Entre les deux, d’après la plainte de ses frères, aucun médecin n’aurait changé de diagnostic [1].

Araignée violoniste en Italie : une plaie soignée comme une piqûre d’insecte, une autopsie attendue

Le récit de la famille, rapporté par le site RomaToday, suit une aggravation lente [1]. À l’hôpital Grassi d’Ostie, la jeune femme reçoit de l’Augmentin, un antibiotique courant. Elle se rend ensuite à l’hôpital du Celio pour faire refaire ses pansements, sans nouveau traitement. Les douleurs gagnent le bas du dos et les jambes, avec des brûlures au ventre et dans le dos. Le 18 octobre, elle revient au Grassi avec des béquilles et repart chez elle. Le 20, elle n’arrive plus à parler. Intubée le lendemain, transférée à l’institut Spallanzani puis au San Camillo, elle meurt quatre jours plus tard.

En ce moment

Le parquet de Rome a ouvert une enquête pour homicide involontaire contre X et ordonné une autopsie [1]. Pour l’avocat de la famille, Pablo De Luca, l’autopsie et les dossiers médicaux donneront « les premières réponses » sur les causes de la mort et sur les soins reçus [1]. Rien ne confirme encore la piste de l’araignée, avancée par la famille. Elle a pris d’autant plus vite qu’en 2024 déjà, deux morts avaient été attribuées à cette espèce en Italie : un carabinier sicilien de 52 ans en juillet, puis Giuseppe Russo, 23 ans, mort le 17 août à Bari d’un choc septique plus d’un mois après une morsure à la jambe [2].

Ces drames ont un point commun qui intéresse directement les lecteurs du Sud de la France. L’araignée en cause, Loxosceles rufescens, vit aussi de ce côté-ci des Alpes, et sa morsure passe facilement pour une piqûre banale.

En France, l’araignée violoniste a été observée dans 14 départements, jusque dans le Rhône

Pour savoir où elle a été vue, nous avons interrogé le GBIF, la base internationale qui rassemble les observations naturalistes des muséums, des programmes de recherche et des plateformes participatives [3]. Elle recense 219 observations de Loxosceles rufescens en France, dont 152 depuis 2016. Parmi les 210 qui sont rattachées à un département, l’Hérault en compte 58, soit plus d’une sur quatre, devant le Var (30), les Bouches-du-Rhône (25), les Pyrénées-Orientales (20) et la Corse (31 pour ses deux départements) (calculs S1N7ESE).

Le pourtour méditerranéen domine, mais la carte ne s’arrête pas à la mer. Le Rhône totalise 9 observations, la Loire, l’Ariège et la Haute-Garonne une chacune. L’explication tient au mode de vie de l’espèce : elle s’abrite sous les pierres et dans les cavités, et dans les maisons, elle trouve toute l’année des conditions stables, même dans des régions qui ne lui conviendraient pas dehors [8]. L’année 2025 détient le record avec 29 observations, et 2026 en compte déjà 22.

Une amanite phalloïde au chapeau vert olive dans les feuilles mortes, photographiée au smartphone par un cueilleur
Infographie S1N7ESE. L'araignée violoniste, Loxosceles rufescens, a déjà été observée dans 14 départements français selon le GBIF : 219 observations en France, dont 152 depuis 2016 et 210 situées dans un département. Hérault 58, Var 30, Bouches-du-Rhône 25, Pyrénées-Orientales 20, Corse-du-Sud 17, Aude 14, Haute-Corse 14, Gard 10, Rhône 9, Alpes-Maritimes 9, puis une observation dans la Loire, l'Ariège, la Haute-Garonne et le Vaucluse. Aux centres antipoison de métropole, de 2007 à 2018, 1 194 morsures d'araignée ont été signalées, une centaine par an ; 53 ont été attribuées au genre de l'araignée violoniste, soit 4,4 %, et 20 % seulement des morsures étaient jugées prouvées. Signes qui font penser à une morsure de loxoscèle : une morsure souvent indolore puis une plaque rouge et douloureuse qui s'étend, un centre bleu violacé ou une bulle sombre entouré d'un anneau pâle puis de rouge, une plaie qui s'aggrave malgré les antibiotiques avec fièvre, grande fatigue ou malaise. Appeler un centre antipoison, joignable 24 h/24, ou le 15 si la personne ne respire pas ou n'est pas consciente.
Plus d’une observation d’araignée violoniste sur quatre en France vient de l’Hérault, mais l’espèce a aussi été signalée dans le Rhône (calculs S1N7ESE d’après les données du GBIF au 3 novembre 2026). Infographie : S1N7ESE.

Ces chiffres mesurent d’abord l’activité des observateurs. Une hausse peut traduire l’essor des applications de science participative autant qu’une expansion de l’araignée, et un département sans observation n’est pas un département où elle est absente : l’espèce est nocturne, discrète et vit cachée.

Morsures d’araignée violoniste : environ 4 cas par an signalés aux centres antipoison

Le meilleur décompte français vient des centres antipoison. Des toxicologues ont repris tous les appels pour morsure d’araignée enregistrés en métropole de 2007 à 2018 [4]. Ils en ont retenu 1 194, une centaine par an. L’araignée n’a pu être identifiée, au moins comme araignée, que dans 29 % des cas, et la morsure n’a été jugée prouvée que dans 20 %. Dans un tiers des dossiers, l’espèce accusée n’était même pas connue à l’endroit où la personne disait avoir été mordue [4].

Araignée en causeNom courantCas, 2007-2018
Loxoscelesaraignée violoniste53 (4,4 %)
Latrodectusveuve noire46 (3,9 %)
Cheiracanthiumchiracanthe35 (2,9 %)

Avec 53 cas en douze ans, soit environ 4 par an, l’araignée violoniste devance la veuve noire et le chiracanthe [4]. C’est peu, mais ces morsures-là peuvent abîmer la peau en profondeur. Les premiers cas français de « loxoscélisme cutané », le nom médical de l’envenimation, ont été décrits en 2010 chez deux patientes du Sud de la France de 20 et 35 ans : nécrose profonde, ulcère chronique et chirurgie [5]. Pendant le seul été 2015, une équipe de chirurgie plastique a soigné neuf personnes mordues en Languedoc-Roussillon : huit ont eu une nécrose de la peau, cinq ont dû être opérées et cinq ont eu de la fièvre [6].

Reconnaître l’araignée violoniste : six yeux par paires et une tache en forme de violon

Loxosceles rufescens est une araignée brun clair à brune, au corps de 8 mm au plus et aux pattes longues et fines [8]. Elle doit son nom à une tache sombre en forme de violon sur l’avant du corps, la partie qui porte les pattes. Pour une première reconnaissance, des dermatologues italiens retiennent un autre critère, accessible sans être spécialiste : six yeux groupés en trois paires, au lieu de huit chez la plupart des araignées, sur un avant du corps plat. Ce détail se voit difficilement à l’œil nu, mais il est fiable [11]. En Europe, une seule autre famille d’araignées a des yeux disposés ainsi, et l’avant de son corps est nettement bombé [8].

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Cette araignée n’attaque pas l’être humain. Selon l’arachnologue Christine Rollard, du Muséum national d’Histoire naturelle, elle mord pour se défendre, par exemple quand elle se retrouve coincée entre la peau et un vêtement, et n’injecte pas toujours son venin [11]. La plupart des morsures restent sans suite : « En général, quand on est mordu, il n’y a pas de symptômes », explique-t-elle, au plus une petite croûte ou une inflammation qui disparaît en deux ou trois jours [11]. Pour l’éviter, elle conseille de ne pas laisser de vêtements au sol dehors et de secouer le linge et les chaussures avant de les enfiler [11].

La morsure elle-même est souvent indolore et passe inaperçue, ce qui complique le diagnostic [7]. Une patiente soignée dans un CHU du Sud de la France a pu être fixée parce qu’elle avait tué l’araignée le matin même où la lésion est apparue : identifiée, celle-ci a confirmé le diagnostic [7]. Une araignée écrasée se garde, dans un bocal ou un sachet, pour la montrer au médecin.

Dans un cabinet médical, un médecin ganté trace au feutre noir le contour d'une plaque rouge au centre violacé sur la cuisse d'une patiente assise sur la table d'examen.
Une plaque rouge au centre violacé, dont le contour est tracé au feutre pour suivre son évolution. Une lésion qui continue de s’étendre malgré les antibiotiques fait partie des signes qui doivent évoquer une morsure de loxoscèle. Image d’illustration.

Nécrose après une morsure : les signes qui doivent faire appeler le centre antipoison

Chez trois patients italiens mordus par une araignée violoniste formellement identifiée, la peau a formé une cloque entourée de rougeur dans les deux premières heures, puis a viré au rouge bleuté, avant de mourir par endroits. Une croûte noire centrale est apparue dès le quatrième jour [8]. Les dermatologues qui ont décrit les premiers cas français notent la même plaque à trois couleurs, une bulle sombre au centre, un anneau de peau pâle, puis une rougeur qui s’étend : c’est le signe dit « rouge, blanc, bleu » [5]. Fièvre, grande fatigue, douleurs articulaires, nausées ou vertiges peuvent accompagner la plaie [6].

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Le piège ressemble à l’histoire d’Ostie. Chez la patiente française de 36 ans, la lésion de la cuisse a continué de grossir malgré les antibiotiques, jusqu’à gagner toute la cuisse en œdème, avec une bulle hémorragique et de la fièvre [7]. Les chirurgiens qui ont soigné les neuf patients de l’été 2015 en font le critère d’alerte : dans les régions où vit l’araignée, une nécrose qui progresse vite sans répondre aux antibiotiques doit faire penser à elle [6]. L’antibiotique n’est pas en lui-même une erreur, puisque les dermatologues italiens en ont prescrit à leurs trois patients, avec des corticoïdes et des soins locaux. Le signal, c’est une plaie qui continue de s’étendre sous traitement. Leurs patients ont guéri en 8 à 11 semaines, en gardant une cicatrice [8].

L’erreur inverse existe aussi. Des dermatologues français ont rapporté quatre « morsures d’araignée » qui étaient en réalité des infections de la peau par un staphylocoque doré producteur d’une toxine, la leucocidine de Panton-Valentine. Seuls l’examen attentif et un prélèvement analysé au laboratoire ont permis de corriger le diagnostic [9]. Une plaie qui noircit ne prouve donc pas qu’une araignée est passée par là, et c’est une raison de plus pour la faire examiner.

Dans tous les cas, les centres antipoison peuvent orienter, de jour comme de nuit [10]. Il n’existe pas de recommandation de traitement propre à cette morsure : les soins visent la douleur, l’infection et la plaie, et le médecin vérifie que la vaccination contre le tétanos est à jour [8]. Les huit centres répondent 24 h/24 [10] :

  • Marseille : 04 91 75 25 25
  • Toulouse : 05 61 77 74 47
  • Lyon : 04 72 11 69 11
  • Bordeaux : 05 56 96 40 80
  • Paris : 01 40 05 48 48
  • Angers : 02 41 48 21 21
  • Lille : 08 00 59 59 59
  • Nancy : 03 83 22 50 50

Si la personne ne respire pas ou n’est pas consciente, c’est le SAMU qu’il faut appeler, au 15 [10]. Dans les régions où l’araignée a été observée, dire au médecin ou au centre antipoison que la plaie a commencé par une « piqûre » non sentie, dans un vêtement ou au réveil, oriente vers la bonne piste.

Sources et références

[1] RomaToday — Sabrina Gigliotti morsa da un ragno violino muore dopo 40 giorni. Aperta indagine: la famiglia chiede verità, 28 octobre 2026
https://www.romatoday.it/cronaca/sabrina-gigliotti-morta-ragno-violino-ostia.html

[2] TF1 Info avec l'AFP — Italie : un jeune homme succombe à la morsure d'une araignée violoniste, 17 août 2024
https://www.tf1info.fr/sante/italie-un-jeune-homme-succombe-a-la-morsure-d-une-araignee-violoniste-2315068.html

[3] GBIF — Occurrences de Loxosceles rufescens (Dufour, 1820) en France, extraction du 3 novembre 2026
https://www.gbif.org/occurrence/search?taxon_key=5170652&country=FR

[4] Le Roux G, Richard V, Larcher G, Sinno-Tellier S, Labadie M, de Haro L, Descatha A — Spider bites in France: Epidaemiology of cases occurring in 10 years in metropolitan France, Medical and Veterinary Entomology, 2022
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34910823/

[5] Pernet C, Dandurand M, Meunier L, Stoebner PE — Envenimation nécrotique dans le Sud de la France : deux observations de loxoscélisme cutané, Annales de dermatologie et de vénéréologie, décembre 2010
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21134585/

[6] Boissière F et al. — Loxoscélisme cutané, à propos d'une observation exceptionnelle de 9 cas consécutifs, Annales de chirurgie plastique esthétique, 2016
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27692235/

[7] Rubenstein E et al. — Documented cutaneous loxoscelism in the south of France: an unrecognized condition causing delay in diagnosis, Infection, juin 2016
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26744020/

[8] Paolino G, Vaira F, Mercuri SR, Di Nicola MR — Fast recognition of Loxosceles rufescens in Italian spider bites to avoid misdiagnosis, alarmism and start a prompt treatment, Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, 2020
https://iris.uniroma1.it/retrieve/handle/11573/1384572/1558513/Paolino_Loxosceles_post-print_2020.pdf

[9] Del Giudice P, Hubiche T, Fribourg A et al. — Morsure d'araignée ou infection à Staphylococcus aureus producteur de leucocidine de Panton-Valentine ?, Annales de dermatologie et de vénéréologie, 2019
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31627926/

[10] Association des centres antipoison et de toxicovigilance — Numéros d'urgence des centres antipoison
https://centres-antipoison.net/

[11] Doctissimo, avec Christine Rollard, arachnologue au Muséum national d'Histoire naturelle — Araignée violoniste : sa morsure est-elle dangereuse ?, mis à jour le 7 avril 2026
https://www.doctissimo.fr/famille/vacances/piqures-d-insectes/morsure-araignee-violonniste

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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