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Le chiffre a une date de naissance : le 12 juin 2019. Ce jour-là, le WWF présente un rapport confié à l’université de Newcastle, en Australie, et le résume ainsi : nous consommerions « 2.000 particules de microplastiques par semaine soit 5 grammes. Cela représente le poids d’une carte de crédit » [1]. La formule a fait le tour du monde. Elle accompagne encore, fin octobre 2026, des listes de conseils pour avaler moins de plastique.
Le calcul complet a été publié en 2021 dans le Journal of Hazardous Materials. Les chercheurs de Newcastle y ont réuni 59 publications, attribué une masse moyenne à des particules de 0 à 1 millimètre, puis estimé qu’une personne « pourrait » avaler de 0,1 à 5 grammes de microplastiques par semaine [2]. Le communiqué n’a retenu que le haut de cette fourchette, cinquante fois plus élevé que le bas.
Le chiffre des 5 g de microplastiques suppose des particules visibles à l’œil nu
Les propres nombres du WWF montrent où le calcul coince. Diviser 5 grammes par 2 000 particules donne 2,5 milligrammes par particule. Avec la densité du PET des bouteilles, c’est le poids d’une bille de plastique d’environ 1,5 millimètre de diamètre (calcul S1N7ESE). Les microplastiques retrouvés dans ce que nous buvons sont bien plus fins : dans l’étude de l’Anses sur les boissons vendues en France, les particules comptées mesuraient de 30 à 500 micromètres, soit de trois centièmes à un demi-millimètre [15].
C’est l’erreur qu’a relevée en 2022 Martin Pletz, chercheur en conception de matériaux plastiques à l’université de Leoben, en Autriche, dans un article intitulé « Les humains mangent-ils une carte bancaire par semaine ? ». Selon lui, le calcul de la fourchette de 0,1 à 5 grammes contient de graves erreurs dans la façon de combiner des mesures d’origines différentes et d’en déduire la taille des particules, et il surestime la masse avalée de plusieurs ordres de grandeur [3].
En ce moment
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Recalculée, la dose de plastique avalée tombe à quelques microgrammes par semaine
Une autre équipe a modélisé en 2021, dans Environmental Science & Technology, ce qu’un enfant et un adulte avalent et respirent tout au long de leur vie, à partir de huit types d’aliments et de l’air [4]. Chez l’adulte, l’apport médian est de 883 particules par jour, pour une masse de 583 nanogrammes, des milliardièmes de gramme. Sur une semaine, cela fait environ 4,1 microgrammes. Les 5 grammes du WWF représentent environ 1,2 million de fois cette valeur : à ce rythme, il faudrait quelque 23 500 ans pour avaler le poids d’une carte bancaire (calcul S1N7ESE).
Cette estimation basse reste entourée d’une large incertitude. Selon les hypothèses du modèle, l’apport d’un adulte va de 86 à 168 000 particules par jour, et les nanoplastiques, plus petits qu’un micromètre, n’y sont pas comptés [4]. Martin Pletz ajoute que la masse avalée renseigne mal sur d’éventuels effets toxiques [3]. Les plastiques contiennent des additifs, qui leur donnent souplesse ou résistance au feu et sont de potentiels contaminants chimiques, et d’autres polluants comme les métaux lourds ou des bactéries peuvent se fixer à leur surface, rappelle l’Anses [8]. Sur les effets pour la santé, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) juge les connaissances encore limitées [14].

Dans les boissons, l’Anses a trouvé plus de microplastiques dans le verre que dans le plastique
Les mesures françaises bousculent une autre idée reçue. Le laboratoire de sécurité des aliments de l’Anses, à Boulogne-sur-Mer, a recherché les microplastiques dans des eaux, sodas, thés glacés, bières et vins vendus en France, selon leur emballage, et en a trouvé dans toutes les boissons [5]. Pour l’eau, les quantités restent faibles : 1,6 particule par litre en moyenne en bouteille plastique ou en brique, 4,5 en bouteille de verre. Dans les colas, limonades, thés glacés et bières en bouteille de verre, la moyenne atteint une centaine de particules par litre, soit 5 à 50 fois plus qu’en bouteille plastique ou en canette [5].
Les chercheurs ont trouvé la source : la peinture des capsules métalliques. Les particules ont la même couleur et la même composition que cette peinture, qui porte des micro-éraflures dues au frottement des capsules entre elles avant leur pose [5]. En laboratoire, souffler de l’air sur les capsules a fait passer l’eau embouteillée de 287 à 106 particules par litre, et un rinçage supplémentaire à 87 [5]. Le levier est donc entre les mains des industriels. Pour se représenter ces quantités, un soda de 33 cl en bouteille de verre apporte environ 33 particules, à peu près autant que deux semaines d’eau en bouteille plastique à raison d’1,5 litre par jour (calcul S1N7ESE). En l’absence de données toxicologiques de référence, l’Anses précise qu’elle ne peut pas dire si ces quantités présentent un risque pour la santé [5].
Au micro-ondes, la boîte en plastique libère des millions de particules
La chaleur change l’échelle. En 2023, une étude publiée dans Environmental Science & Technology a testé des boîtes alimentaires en polypropylène et des sachets réutilisables en polyéthylène, remplis d’eau ou d’acide acétique dilué à 3 %, qui imite les aliments acides [9]. Le passage au micro-ondes a provoqué les rejets les plus importants, devant le réfrigérateur ou la température ambiante : certaines boîtes ont libéré jusqu’à 4,22 millions de microplastiques et 2,11 milliards de nanoplastiques par centimètre carré de paroi en 3 minutes de chauffe [9]. Un stockage de plus de six mois, au frais ou à température ambiante, en libère aussi [9].
L’Anses a étudié de son côté, avec l’Institut national de la consommation, les barquettes en polypropylène des plats à réchauffer, sous l’angle des substances chimiques plutôt que des particules [6]. Elle y a retrouvé des POSH, des hydrocarbures issus de ces plastiques, qui peuvent aussi servir de lubrifiants, dont la teneur augmente au réchauffage, surtout quand il est poussé [6]. Ses conseils vont dans le même sens : chauffer moins fort, et seulement le plastique prévu pour cela.
- Vérifier que le récipient porte l’indication du fabricant pour le micro-ondes et qu’il est en bon état, sans trace d’usure [6].
- Suivre la puissance et la durée indiquées sur l’emballage [6].
- Sans consigne précise, préférer un réchauffage long à faible puissance : 2 minutes à 650 W plutôt que 50 secondes à 1 270 W [6].
- Ne pas réutiliser une barquette à usage unique comme récipient pour le micro-ondes [6].
Transvaser le plat dans une assiette en verre ou en céramique évite tout simplement de chauffer du plastique. Pour les biberons, l’Anses déconseille le micro-ondes pour une autre raison : la température inégale du lait peut brûler l’enfant [6].

Bouilloire en plastique neuve : les premières chauffes sont les plus chargées
L’Anses ne s’est pas penchée sur la bouilloire, mais l’université du Queensland, en Australie, l’a fait dans une étude publiée fin 2025 [10][11]. Les chercheurs ont fait bouillir de l’eau jusqu’à 150 fois dans des bouilloires neuves en polypropylène achetées dans le pays. La première ébullition libérait près de 12 millions de nanoparticules par millilitre, soit près de 3 milliards dans une tasse de 250 ml [11]. Le rejet baisse ensuite nettement, sans disparaître : 820 000 nanoparticules par millilitre étaient encore détectées après 150 utilisations [11]. L’eau du robinet calcaire réduisait les rejets, sans doute parce que les minéraux forment un dépôt protecteur sur la paroi, et les auteurs suggèrent de jeter l’eau des premières chauffes d’une bouilloire neuve [10][11].
Le calcaire joue aussi dans l’autre sens. En laboratoire, une équipe chinoise a montré que lorsqu’on fait bouillir une eau dure, les micro et nanoplastiques se retrouvent piégés dans les cristaux de tartre : au moins 80 % de ceux qui mesurent de 0,1 à 150 micromètres quand l’eau contient plus de 120 mg de carbonate de calcium par litre, contre environ 25 % dans une eau douce [12][13]. Il faut ensuite filtrer l’eau pour retirer ce dépôt [13].
Bouteilles d’eau : au frais, et jamais réutilisées en carafe
Pour l’eau, les conseils de l’Anses visent d’abord les échanges chimiques entre l’eau et son contenant, car aucun matériau, plastique, verre ou inox, n’est complètement inerte [7]. Les bouteilles se conservent à l’abri du soleil et de la chaleur, dans un endroit frais comme une cave [7]. Pour garder l’eau du robinet, l’Agence déconseille de réutiliser une bouteille en plastique comme gourde ou comme carafe, le chlore de l’eau pouvant réagir avec le plastique, et recommande le verre ou l’inox [7]. Une gourde se nettoie régulièrement à l’écouvillon, pour retirer le biofilm qui se forme sur ses parois [7].

À l’Anses, plusieurs travaux cherchent à mesurer la contamination des aliments et à harmoniser les protocoles avec d’autres pays, pour que les résultats des études puissent enfin être comparés [8]. Le projet UC Plastics, financé par l’Agence nationale de la recherche, étudie de son côté l’effet des microplastiques sur la rectocolite hémorragique, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin [8].
Sources et références
[1] WWF Belgique — L'être humain ingère 5 grammes de plastique par semaine soit l'équivalent d'une carte de crédit selon une étude du WWF, communiqué du 12 juin 2019
https://wwf.be/fr/communiques-de-presse/letre-humain-ingere-5-grammes-de-plastique-par-semaine-soit-lequivalent-dune
[2] Senathirajah K, Attwood S, Bhagwat G et al. — Estimation of the mass of microplastics ingested – A pivotal first step towards human health risk assessment, Journal of Hazardous Materials, 2021 ; 404(Pt B) : 124004
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33130380/
[3] Pletz M — Ingested microplastics: Do humans eat one credit card per week?, Journal of Hazardous Materials Letters, 2022 ; 3 : 100071
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2666911022000247
[4] Mohamed Nor NH et al. — Lifetime Accumulation of Microplastic in Children and Adults, Environmental Science & Technology, 2021 ; 55(8) : 5084-5096
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33724830/
[5] Anses — Les capsules des bouteilles en verre contaminent les boissons avec des microplastiques, 20 juin 2025
https://www.anses.fr/fr/content/les-capsules-des-bouteilles-en-verre-contaminent-les-boissons-avec-des-microplastiques
[6] Anses — Four à micro-ondes et substances chimiques des emballages alimentaires, 29 septembre 2025
https://www.anses.fr/fr/content/four-micro-ondes-et-substances-chimiques-des-emballages-alimentaires
[7] Anses — Eau en bouteille ou eau du robinet : bonnes pratiques de consommation, 18 septembre 2020
https://www.anses.fr/fr/article/eau-bouteille-eau-du-robinet-bonnes-pratiques-consommation
[8] Anses — Les microplastiques, un risque pour l'environnement et la santé, 20 juin 2025
https://www.anses.fr/fr/article/microplastiques-risque-lenvironnement-sante
[9] Hussain KA et al. — Assessing the Release of Microplastics and Nanoplastics from Plastic Containers and Reusable Food Pouches: Implications for Human Health, Environmental Science & Technology, 2023 ; 57(26) : 9782-9792
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37343248/
[10] Shi K, Okoffo ED, Fu H et al. — Release of nanoplastic from polypropylene kettles, npj Emerging Contaminants, 2025
https://www.nature.com/articles/s44454-025-00018-w
[11] Université du Queensland — Australians are drinking plastic particles in their tea, UQ research finds, 1er décembre 2025
https://news.uq.edu.au/2025-12-australians-are-drinking-plastic-particles-their-tea-uq-research-finds
[12] Yu Z, Wang JJ et al. — Drinking Boiled Tap Water Reduces Human Intake of Nanoplastics and Microplastics, Environmental Science & Technology Letters, 2024 ; 11(3) : 273-279
https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.estlett.4c00081
[13] American Chemical Society — Want fewer microplastics in your tap water? Try boiling it first, 28 février 2024
https://www.acs.org/pressroom/presspacs/2024/february/want-fewer-microplastics-in-your-tap-water.html
[14] EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) — Microplastics and nanoplastics in food, page révisée le 21 octobre 2026
https://www.efsa.europa.eu/en/topics/microplastics-and-nanoplastics-food
[15] Process Alimentaire — Les boissons en bouteilles de verre contiennent plus de microplastiques que dans d'autres contenants, 26 juin 2025
https://www.processalimentaire.com/qualite/les-boissons-en-bouteilles-de-verre-contiennent-plus-de-microplastiques-que-dans-d-autres




