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Depuis juin 2025, une Galaxy Watch peut déjà chercher une apnée du sommeil en France. Il faut une Galaxy Watch4 ou plus récente, sous Wear OS 5.0 au moins, associée à un smartphone Samsung Galaxy sous Android 12 ou plus [2]. On active la fonction dans l’application Samsung Health Monitor, puis on dort deux nuits dans les dix jours avec la montre bien serrée au poignet. Son capteur optique suit les baisses relatives d’oxygène dans le sang et les mouvements du dormeur. Au bout des deux nuits, la réponse tient en un oui ou un non : la montre a trouvé, ou pas, des signes d’apnée obstructive modérée à sévère [3].
Galaxy Watch : la fonction Apnée du sommeil va classer les nuits en trois niveaux
La version annoncée par Samsung le 28 octobre veut aller au-delà de ce oui ou non. Autorisée par l’agence américaine du médicament (FDA) en juillet, puis par son homologue sud-coréenne, elle s’appuie sur un algorithme d’intelligence artificielle qui compte les perturbations respiratoires par heure et range le résultat en trois niveaux, « léger », « occasionnel » et « fréquent » [1]. Il faut cette fois deux mesures d’au moins cinq heures de sommeil en dix jours.
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Elle arrive en novembre en Corée du Sud sur la Galaxy Watch Ultra 2, la Galaxy Watch9 et la bague connectée Galaxy Ring, puis, par mise à jour, sur les Galaxy Watch7 et Watch8 passées sous Wear OS 7.0 [1]. Samsung n’a annoncé aucune date pour la France, où les montres compatibles gardent pour l’instant la version d’origine. Ce comptage rapproche la montre du langage des médecins, qui mesurent l’apnée en pauses par heure. Il ne règle pas la vraie question : combien de dormeurs ignorent leur apnée, et que vaut une alerte au poignet face à l’examen qui tranche ?
Apnée du sommeil : plus de 8 adultes concernés sur 10 ne sont pas soignés en France
L’apnée obstructive du sommeil tient à un relâchement des muscles de la gorge pendant la nuit. Le passage de l’air se rétrécit, ce qui fait ronfler, ou se ferme complètement : la respiration s’arrête au moins dix secondes, jusqu’à ce qu’un micro-réveil, dont le dormeur n’a pas conscience, rouvre la gorge [5]. On parle de maladie à partir de cinq pauses par heure, et certains patients en font plusieurs centaines par nuit [5]. À la clé, une fatigue et une somnolence dans la journée, et à long terme un risque accru d’hypertension, de diabète de type 2, d’infarctus ou d’AVC [5].
La mesure récente la plus large de son ampleur en France vient de la cohorte Constances, soutenue par l’Inserm et l’Assurance maladie. En 2017, 20 151 adultes de 18 à 69 ans y ont rempli le questionnaire de Berlin, un outil de repérage qui croise ronflement, somnolence dans la journée, hypertension et obésité [4]. Une fois les résultats pondérés pour représenter la population, 20,9 % étaient soit traités pour une apnée, soit à haut risque, mais 3,5 % seulement étaient traités [4]. Plus de 8 adultes concernés sur 10 n’avaient donc aucun traitement (calculs S1N7ESE).

Le risque grimpe avec l’âge, de 11,1 % avant 40 ans à 31,3 % entre 60 et 69 ans, et touche davantage les hommes (24,1 %) que les femmes (18,0 %) [4]. Appliqués à la population française de 20 à 69 ans au 1er janvier 2026 [7], ces taux représentent de l’ordre de 7 millions d’adultes à haut risque et sans traitement (calculs S1N7ESE). Ce n’est pas un nombre de malades confirmés : le questionnaire repère un risque, que seul un enregistrement du sommeil vérifie. L’écart avec les 1,8 million de patients traités par pression positive continue que recense l’Inserm donne pourtant la mesure du retard de diagnostic [5].

Pourquoi tant de dormeurs passent-ils à travers ? L’apnée se joue pendant le sommeil, et c’est souvent l’entourage qui entend les ronflements puis les silences. Dès 2008, parmi les adultes qui décrivaient des signes évocateurs, ronflement presque chaque nuit avec somnolence ou pauses remarquées par un proche, 15 % seulement avaient déjà eu un enregistrement du sommeil [6]. Les femmes sont plus souvent oubliées : leurs symptômes, en moyenne moins sévères, sont moins repérés par leur conjoint et par elles-mêmes, alors qu’après la ménopause l’écart de fréquence avec les hommes n’est plus significatif [5].
Ce que la Galaxy Watch repère, et ce qu’elle laisse passer
Samsung a validé sa fonction auprès de 470 volontaires de 22 ans et plus, qui ont dormi deux nuits avec la montre au poignet pendant une polysomnographie, l’examen de référence [3]. Parmi les 202 qui avaient une apnée obstructive modérée à sévère les deux nuits, la montre en a signalé 167, soit 82,67 %. Parmi les 268 qui n’en avaient pas, elle en a rassuré 235, soit 87,69 % [3]. Ramené à 100 personnes, cela fait 17 apnées modérées à sévères non signalées, et 12 fausses alertes chez des dormeurs sans apnée de ce niveau (calculs S1N7ESE).
Le piège est donc le « rien détecté ». La montre ne cherche que les formes modérées à sévères, soit plus de 15 pauses par heure dans le barème de l’Assurance maladie : une apnée légère, entre 5 et 15 pauses, n’est pas sa cible [3][8]. Elle ne voit pas non plus les apnées centrales, dues à un défaut de commande de la respiration par le cerveau [3]. Samsung la déconseille en cas de fibrillation auriculaire, d’insuffisance cardiaque, de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), de maladie de Parkinson ou de tremblements [3]. Or l’Inserm signale justement des apnées centrales chez les personnes atteintes d’insuffisance cardiaque ou de fibrillation atriale [5] : pour elles, la question se pose directement au médecin. La notice prévient aussi qu’une peau foncée ou une faible circulation au poignet peuvent empêcher le capteur de lire un signal suffisant [3].
Samsung l’écrit d’ailleurs sans détour : la fonction « n’est qu’un outil de prédiagnostic », et il faut consulter si l’on ne se sent pas bien, « même si la montre ne détecte pas de signes d’apnée du sommeil » [3]. Une alerte, elle, mérite d’être prise au sérieux. La montre conseille alors de voir son médecin et de ne pas relancer le test, car il « ne fournira pas un résultat plus précis » [3]. Le classement en trois niveaux ne change pas ce statut : en Corée, Samsung le présente comme une aide pour suivre son sommeil et une base de discussion avec un spécialiste, pas comme un diagnostic [1].
Le vrai diagnostic de l’apnée du sommeil : une polygraphie prescrite et remboursée
Ronflements forts, pauses respiratoires remarquées par l’entourage, réveils pour uriner, fatigue et somnolence dans la journée, irritabilité ou difficultés de concentration : ce sont ces signes qui justifient d’en parler à son médecin, montre ou pas [5]. Lorsqu’une apnée est suspectée, le diagnostic repose sur un enregistrement du sommeil, réalisé dans un centre spécialisé ou à domicile [5].
L’examen le plus courant est la polygraphie ventilatoire nocturne. Pendant au moins six heures, une canule sous le nez mesure le souffle, des ceintures suivent les mouvements du thorax et du ventre, et un capteur au bout du doigt enregistre l’oxygène du sang [5][8]. Cet acte figure à la nomenclature de l’Assurance maladie avec un tarif de 151,68 € en secteur 1 [10], remboursé à 70 %, le reste pouvant être pris en charge par la complémentaire santé [11]. La polysomnographie, plus complète parce qu’elle enregistre aussi l’activité du cerveau pour reconnaître les stades du sommeil, n’est pas prescrite systématiquement [8].

L’enregistrement donne l’indice d’apnées-hypopnées, le nombre de pauses et de baisses de la respiration par heure de sommeil. Entre 5 et 15, l’apnée est dite légère ; entre 16 et 30, modérée ; au-delà de 30, sévère [8]. Le délai reste le point faible : l’Inserm évoque plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour obtenir un enregistrement [5]. C’est là qu’une alerte au poignet peut vraiment servir, en donnant une raison concrète de demander l’examen plutôt que de laisser traîner un ronflement jugé « habituel ».
Après le diagnostic : pression positive continue, orthèse ou perte de poids
Le traitement dépend de cet indice. L’appareil à pression positive continue, qui envoie de l’air par un masque toute la nuit pour garder la gorge ouverte, est recommandé en premier au-delà de 30 pauses par heure. Il l’est aussi entre 15 et 30 quand le sommeil est très haché, avec au moins 10 micro-réveils par heure, ou qu’une maladie cardiovasculaire grave est associée [9]. Entre 15 et 30 sans maladie cardiovasculaire grave, la première option est l’orthèse d’avancée mandibulaire, une gouttière sur mesure qui avance la mâchoire de quelques millimètres pendant la nuit [9][5].
Le masque reste une contrainte : une personne sur deux abandonne la pression positive continue au bout de trois ans, selon l’Inserm [5]. En cas de surpoids, perdre 10 à 15 % de son poids de départ réduit nettement la sévérité des apnées, et dormir sur le côté plutôt que sur le dos limite la fermeture de la gorge [5].
Sources et références
[1] Samsung Newsroom Corée — 삼성전자, 한국 식약처 허가로 갤럭시 워치 수면 무호흡 기능 고도화 (Samsung améliore la fonction Apnée du sommeil de la Galaxy Watch après l'autorisation de l'agence coréenne du médicament), 28 octobre 2026
https://news.samsung.com/kr/%EC%82%BC%EC%84%B1%EC%A0%84%EC%9E%90-%ED%95%9C%EA%B5%AD-%EC%8B%9D%EC%95%BD%EC%B2%98-%ED%97%88%EA%B0%80%EB%A1%9C-%EA%B0%A4%EB%9F%AD%EC%8B%9C-%EC%9B%8C%EC%B9%98-%EC%88%98%EB%A9%B4-%EB%AC%B4%ED%98%B8
[2] Samsung Newsroom France — Samsung étend la disponibilité mondiale de la fonctionnalité Apnée du Sommeil sur Galaxy Watch, certifiée « CE » en Europe, 5 juin 2025
https://news.samsung.com/fr/fonctionnalite-apnee-du-sommeil-certifiee-ce-en-europe
[3] Samsung Electronics — Fonctionnalité d'apnée du sommeil, instructions d'utilisation, version 1.2, mars 2026
https://images.samsung.com/samsung-health/ifu/IFU_SLEEP-APNEA_CA.pdf
[4] Balagny P et al. — Prevalence, treatment and determinants of obstructive sleep apnoea and its symptoms in a population-based French cohort, ERJ Open Research, 2023
https://publications.ersnet.org/content/erjor/9/3/00053-2023
[5] Inserm, avec Jean-Louis Pépin (unité Inserm 1300, CHU de Grenoble) — Syndrome d'apnées du sommeil, dossier mis à jour le 7 mars 2024
https://www.inserm.fr/dossier/apnee-sommeil/
[6] Fuhrman C, Fleury B, Nguyen XL, Delmas MC — Symptoms of sleep apnea syndrome: high prevalence and underdiagnosis in the French population, 2012 (résumé publié par Santé publique France)
https://www.santepubliquefrance.fr/en/node/10566
[7] Insee — Population par sexe et groupe d'âges, données annuelles 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381474
[8] Assurance maladie (ameli, espace médecin) — Apnée du sommeil, 5 juin 2024
https://www.ameli.fr/medecin/exercice-liberal/prise-charge-situation-type-soin/prise-en-charge-selon-la-pathologie/apnee-du-sommeil
[9] Caisse nationale de l'Assurance maladie — Circulaire CIR-20/2016, prise en charge de l'orthèse d'avancée mandibulaire, indications de la PPC et de l'orthèse, 28 octobre 2016
https://circulaires.ameli.fr/sites/default/files/directives/cir/2016/CIR-20-2016.PDF
[10] Fédération des médecins de France — Tarifs CCAM métropole, mis à jour le 28 juin 2026
https://www.fmfpro.org/?nomenclature_export_category=tarifs-ccam-metropole&nomenclature_export_recherche
[11] APRIL — La polygraphie ventilatoire : indications et remboursement, mis à jour le 23 mars 2026
https://www.april.fr/complementaire-sante/guide/polygraphie-ventilatoire




