Aller au contenu
Nutrition & bien-être

Dénutrition après 70 ans : perdre 5 % de son poids en un mois ou passer sous un IMC de 22 suffit à alerter, selon les critères de la HAS

Après 70 ans, la HAS reconnaît une dénutrition quand un signe sur le corps (perte de 5 % du poids en un mois, IMC sous 22…) s'ajoute à une cause. Plus de 2 millions de personnes sont concernées en France, dont 670 000 personnes âgées.

Relu par Antoine BOUQUET
Dans une cuisine ensoleillée, une femme aux cheveux blancs d'environ 75 ans déjeune avec plaisir d'un pavé de poisson, de lentilles et d'un œuf, avec un bol de yaourt, du pain et un verre d'eau.
Poisson, lentilles, œuf et yaourt : quatre sources de protéines dans un même déjeuner. Après 70 ans, les besoins en protéines ne baissent pas, alors que l'appétit, lui, diminue souvent.

Plusieurs médias ont consacré ces derniers jours des pages à l’alimentation des seniors, comme La Dépêche avec « Bien manger pour garder son autonomie » et « Retrouver le plaisir de passer à table » [9][10]. Derrière les conseils de cuisine, le sujet est un risque peu visible : la dénutrition, qui touche plus de 2 millions de personnes en France selon la Haute Autorité de santé (HAS) [1]. Chez les plus de 70 ans, elle ne se repère pas à l’œil. Depuis 2021, la HAS a fixé des seuils précis pour la reconnaître : une perte de 5 % du poids en un mois, de 10 % en six mois, ou un indice de masse corporelle (IMC) sous 22, associés à une cause, comme le fait de manger moins [2].

Un tiers des personnes dénutries sont des personnes âgées vivant à domicile ou en Ehpad

Selon le Collectif de lutte contre la dénutrition, qui réunit depuis 2016 soignants, associations et institutions, sur ces 2 millions de personnes, 400 000 sont des personnes âgées vivant à domicile et 270 000 vivent en Ehpad [3]. Cela fait 670 000 personnes, soit environ un tiers du total. Le collectif estime que la dénutrition concerne 4 à 10 % des plus de 70 ans à domicile, un quart de ceux qui vivent seuls, et la moitié des personnes âgées hospitalisées [3][4].

L’enjeu dépasse la balance. La HAS décrit la dénutrition comme un déséquilibre entre ce que le corps reçoit et ce qu’il dépense, en énergie ou en protéines. Elle affaiblit les défenses contre les infections, diminue la force musculaire et la mobilité, ralentit la guérison et, chez les personnes âgées en particulier, augmente le risque de dépendance [1][2]. La HAS parle d’une « spirale délétère » : les conséquences de la dénutrition, comme la fatigue, les infections ou la perte de force, entretiennent ses causes [2]. Pour faire connaître ce risque souvent silencieux, le collectif organise la 7e Semaine nationale de la dénutrition du 16 au 22 novembre 2026 partout en France, avec des actions destinées au grand public, aux soignants et aux proches aidants [3][5].

En ce moment

Ce que la HAS a changé en 2021 : un signe sur le corps et une cause, en même temps

La recommandation de la HAS, validée le 10 novembre 2021 avec la Fédération française de nutrition, s’adresse aux soignants, mais aussi aux personnes de 70 ans et plus et à leurs aidants [1]. Elle actualise les critères de diagnostic que la HAS avait publiés en 2007. Son principe : on parle de dénutrition quand au moins un signe mesurable sur le corps et au moins une cause sont présents ensemble [2].

Les signes sur le corps, appelés critères phénotypiques (un seul suffit) [2] :

  • une perte de poids d’au moins 5 % en un mois, ou d’au moins 10 % en six mois, ou d’au moins 10 % par rapport au poids habituel avant le début d’une maladie ;
  • un IMC inférieur à 22 ;
  • une sarcopénie confirmée, c’est-à-dire une force et une masse musculaire réduites, mesurées par un soignant.
À lire aussi :  Hexane : l'interdiction votée par les députés est déjà tombée avec le budget de la Sécu, mais 4 mentions sur l'étiquette permettent de l'éviter

Les causes, appelées critères étiologiques (une seule suffit) [2] :

  • manger au moins deux fois moins pendant plus d’une semaine, ou manger moins qu’à l’habitude pendant plus de deux semaines ;
  • une mauvaise absorption des aliments par le tube digestif ;
  • une maladie en cours : infection ou autre problème aigu, maladie chronique ou cancer évolutif.

Une fois le diagnostic posé, des seuils plus bas signalent une dénutrition sévère. La prise de sang n’intervient qu’à ce stade : l’albumine, longtemps utilisée, n’est plus un critère de diagnostic, seulement un marqueur de gravité [1][2].

CritèreDénutritionDénutrition sévère
Perte de poids en 1 mois5 % ou plus10 % ou plus
Perte de poids en 6 mois10 % ou plus15 % ou plus
IMCmoins de 22moins de 20
Albumine dans le sangnon utilisée30 g/L ou moins
Infographie : les critères de dénutrition de la HAS après 70 ans, un signe sur le corps et une cause, le poids correspondant à un IMC de 22 pour cinq tailles, et les 2 millions de personnes dénutries en France.
Pour la HAS, la dénutrition après 70 ans associe un signe mesuré sur le corps et une cause. Pour une personne de 1,60 m, l’IMC passe sous 22 en dessous de 56,3 kg. Infographie : S1N7ESE, d’après la HAS et le Collectif de lutte contre la dénutrition.

Pourquoi un IMC de 22 après 70 ans, et non 18,5 comme chez l’adulte

Chez l’adulte de moins de 70 ans, le seuil d’IMC qui signale une dénutrition est de 18,5 [6]. La HAS l’a relevé à 22 pour les plus âgés, pour deux raisons. Avec l’âge, le corps perd du muscle et gagne de la graisse, à poids égal. Et les données épidémiologiques montrent une mortalité plus élevée en dessous de 22 d’IMC chez les personnes âgées [2]. Une silhouette jugée « normale » peut donc déjà correspondre à un seuil d’alerte.

Traduit en kilos, le repère parle davantage. L’IMC se calcule en divisant le poids par la taille au carré : une femme de 1,60 m passe sous 22 d’IMC en dessous de 56,3 kg, un homme de 1,75 m en dessous de 67,4 kg. Côté perte de poids, une personne de 70 kg qui en perd 3,5 en un mois atteint déjà les 5 %. La HAS précise enfin qu’un IMC normal ou élevé n’exclut pas une dénutrition : une personne en surpoids ou obèse peut être dénutrie. Au-delà de 30 d’IMC, le seuil de 22 ne s’applique pas, et seuls la perte de poids et l’état des muscles comptent [1][2].

L’outil ci-dessous applique ces seuils à une taille, un poids actuel et un poids habituel. Il ne remplace pas le médecin, seul à pouvoir poser le diagnostic.

Après 70 ans : ces chiffres atteignent-ils les seuils de la HAS ?
Indiquez la taille, le poids d’aujourd’hui et le poids habituel d’une personne de 70 ans ou plus : l’outil calcule l’IMC et la perte de poids, puis les compare aux critères de dénutrition fixés par la Haute Autorité de santé en 2021.
IMC : 22,1
Une cause possible (cochez ce qui s’applique)
Muscles (si un soignant l’a mesuré)
Critères de la recommandation HAS du 10 novembre 2021 pour les personnes de 70 ans et plus : au moins un signe sur le corps (perte de poids d’au moins 5 % en 1 mois ou 10 % en 6 mois ou depuis le début d’une maladie, IMC sous 22, muscles affaiblis) et au moins une cause. Au-delà de 30 d’IMC, le seuil de 22 ne s’applique pas. IMC = poids ÷ taille². L’outil ne pose aucun diagnostic : seul un médecin peut le faire, après examen. Mise en forme : S1N7ESE.

Moins d’appétit, mais pas moins de besoins

La dénutrition ne fait pas partie du vieillissement normal. Le portail officiel Pour les personnes âgées, géré par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, rappelle que les besoins nutritionnels ne diminuent pas avec l’âge, alors que l’appétit, lui, baisse souvent [7]. Les causes se cumulent fréquemment [7] :

  • le goût et l’odorat s’émoussent, la faim et la soif se font moins sentir, la digestion plus lente donne une impression de satiété prolongée ;
  • l’isolement, ou le manque d’aide pour faire les courses et préparer les repas ;
  • des difficultés financières qui pèsent sur la qualité des repas ;
  • une maladie de la mémoire comme la maladie d’Alzheimer, ou une dépression ;
  • un épisode aigu, comme une grippe, le Covid-19 ou une fracture ;
  • plusieurs médicaments pris ensemble, qui peuvent altérer le goût et couper l’appétit ;
  • un régime trop strict en sel, en sucre ou en calories, poursuivi sans être réévalué avec le médecin.
À lire aussi :  Cholestérol : les aliments enrichis en phytostérols font baisser le LDL de 7 à 12,5 % en 3 semaines, mais ils ne conviennent pas à tout le monde

Ces épisodes aigus comptent particulièrement : après une infection, une chirurgie ou une baisse d’appétit, la HAS demande de rapprocher la surveillance à au moins une pesée par semaine, avec un suivi de l’appétit et des quantités mangées [2]. Cet automne, la vague de Covid-19 touche d’abord les 65 ans et plus, qui sont aussi les premiers visés par le rappel vaccinal.

Une pharmacienne vaccine un homme âgé au bras dans une pharmacie, avec des feuilles d'automne visibles par la fenêtre.

Des protéines à chaque repas, et du plaisir à table

Pour éviter d’en arriver là, le portail de la CNSA recommande [8] : au moins cinq fruits et légumes par jour, du pain, des céréales, des pommes de terre ou des légumineuses à chaque repas, du lait ou un produit laitier trois ou quatre fois par jour, et de la viande, du poisson, des fruits de mer ou des œufs une à deux fois par jour. Il insiste sur les protéines, dont les besoins restent aussi importants, voire plus, après 70 ans, parce que les réserves diminuent et que le moindre effort, comme la marche, demande plus d’énergie [8].

Le plaisir compte autant que la composition de l’assiette. La Dépêche rappelle que la prévention ne se résume pas à compter les calories : la convivialité et la régularité des repas jouent aussi [10]. Le portail public conseille de relever les plats avec des épices, de soigner la présentation et de sortir les plats livrés de leurs barquettes [7][8]. Quand faire les courses ou cuisiner devient difficile, le portage de repas et l’aide à domicile peuvent être en partie financés selon la situation [8].

À lire aussi :  Les Français mangent 20 g de fibres par jour au lieu de 30 : ces 10 g manquants sont associés à 10 % de risque de cancer colorectal en moins

En cas de perte de poids, le médecin peut proposer d’enrichir les plats : fromage râpé, œuf, fromage blanc, crème fraîche, poudre de lait ou de protéines [8]. Pour une personne déjà dénutrie, la HAS fixait en 2007 un objectif de 1,2 à 1,5 g de protéines par kilo et par jour [11], soit 72 à 90 g par jour pour une personne de 60 kg. Cet objectif se règle avec le médecin ou un diététicien, selon l’état de santé.

Dans un cabinet de médecine générale, un homme âgé en gilet et en chaussettes se tient sur une balance pendant qu'une médecin, carnet et stylo à la main, regarde la pesée.
La HAS recommande de peser les personnes de 70 ans et plus une fois par mois à domicile et à chaque consultation, toujours sur la même balance, pour repérer tôt une perte de poids.

Le premier signe reste la perte de poids récente. Le portail de la CNSA conseille de se peser régulièrement, au moins une fois par mois, et de s’inquiéter quand le poids s’écarte de plus de 2 à 3 kg du poids habituel [7][8] : c’est lors des premiers kilos perdus qu’il est le plus facile d’inverser la tendance. D’autres signes doivent alerter : des vêtements qui flottent, une alliance qui glisse du doigt, des repas sautés ou plus petits, des difficultés à se lever d’une chaise [7]. Le questionnaire PARAD, proposé sur le site du collectif, permet en quatre questions d’évaluer son risque avant d’en parler au médecin traitant [7].

Sources et références

[1] Haute Autorité de santé — Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus, recommandation de bonne pratique, 10 novembre 2021 (page de présentation et messages clés)
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3165944/fr/diagnostic-de-la-denutrition-chez-la-personne-de-70-ans-et-plus

[2] Haute Autorité de santé, Fédération française de nutrition — Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus, recommandations, novembre 2021
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2021-11/reco368_recommandations_denutrition_pa_cd_20211110_v1.pdf

[3] Collectif de lutte contre la dénutrition — Page d'accueil (chiffres clés, Semaine nationale de la dénutrition 2026)
https://www.luttecontreladenutrition.fr/

[4] Collectif de lutte contre la dénutrition — La dénutrition en chiffres
https://www.luttecontreladenutrition.fr/la-denutrition-en-chiffres/

[5] ARS Grand Est — Semaine nationale de la dénutrition : 7e édition du 16 au 22 novembre 2026
https://www.grand-est.ars.sante.fr/semaine-nationale-de-la-denutrition-7eme-edition-du-16-au-22-novembre-2026

[6] Haute Autorité de santé — Diagnostic de la dénutrition chez l'enfant, l'adulte et la personne de 70 ans et plus, fiche outil, novembre 2021
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3297885/fr/diagnostic-de-la-denutrition-chez-l-enfant-l-adulte-et-la-personne-de-70-ans-et-plus-fiche-outil

[7] Pour les personnes âgées (CNSA) — Dénutrition des personnes âgées : la repérer et la prévenir, mis à jour le 20 janvier 2025
https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/preserver-son-autonomie/preserver-son-autonomie-et-sa-sante/denutrition-des-personnes-agees-la-reperer-et-la-prevenir

[8] Pour les personnes âgées (CNSA) — Dénutrition : comment veiller à une bonne alimentation ?, mis à jour le 20 janvier 2025
https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/preserver-son-autonomie/preserver-son-autonomie-et-sa-sante/denutrition-comment-veiller-a-une-bonne-alimentation

[9] La Dépêche — Bien manger pour garder son autonomie, 23 octobre 2026
https://www.ladepeche.fr/2026/10/23/bien-manger-pour-garder-son-autonomie-13603222.php

[10] La Dépêche — Retrouver le plaisir de passer à table, 23 octobre 2026
https://www.ladepeche.fr/2026/10/23/retrouver-le-plaisir-de-passer-a-table-13603246.php

[11] Haute Autorité de santé — Stratégie de prise en charge en cas de dénutrition protéino-énergétique chez la personne âgée, recommandations, avril 2007
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/denutrition_personne_agee_2007_-_recommandations.pdf

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

Dans la même rubrique