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Santé au quotidien

Wegovy et Mounjaro : refusés en Belgique, remboursés en France à 65 %, mais seulement à partir d’un IMC de 35 et après une ordonnance de spécialiste

Refusés au remboursement contre l'obésité en Belgique, Wegovy et Mounjaro sont pris en charge à 65 % en France depuis le 15 juin, mais seulement avec un IMC d'au moins 40, ou 35 avec une maladie associée, et une première ordonnance de spécialiste. Il reste de 51 à 152 € par mois.

Relu par Antoine BOUQUET
Au comptoir d'une pharmacie, une cliente tend une ordonnance et un formulaire à une pharmacienne ; un stylo injecteur blanc et une boîte sont posés sur le comptoir.
Au comptoir de la pharmacie, l'ordonnance ne suffit pas : pour être remboursés, Wegovy et Mounjaro exigent aussi le document rempli par le médecin sur le téléservice de l'Assurance maladie.

Le ministre belge de la Santé, Frank Vandenbroucke, a tranché le 21 octobre : le Mounjaro ne sera pas remboursé contre l’obésité en Belgique, comme le Wegovy avant lui en juin [6]. De l’autre côté de la frontière, les deux mêmes injections sont prises en charge par l’Assurance maladie depuis le 15 juin 2026 [1][5]. La comparaison s’arrête pourtant vite, car le remboursement français ne concerne qu’une partie des personnes en surpoids ou en obésité : il faut un indice de masse corporelle (IMC) élevé, un échec documenté du suivi nutritionnel et une première ordonnance signée par un spécialiste de l’obésité [1]. Pour ceux qui remplissent ces conditions, il reste encore de 51 à 152 euros par mois à payer avant la mutuelle.

En Belgique, le remboursement reste réservé au diabète

Frank Vandenbroucke juge qu’un remboursement à grande échelle serait « irresponsable » sur le plan budgétaire comme sur le plan médical, faute d’accompagnement multidisciplinaire des patients [6]. Le Mounjaro (tirzépatide, laboratoire Eli Lilly) et l’Ozempic restent remboursés sous conditions pour le diabète de type 2, mais pas pour l’obésité, qui touche 18 % de la population belge selon l’institut de santé publique Sciensano [6]. La dose la plus faible de Mounjaro coûte environ 179 euros par mois, entièrement à la charge de ceux qui l’utilisent pour perdre du poids [6].

Le budget pèse lourd dans la décision. Selon l’Inami, l’assurance maladie belge, près de 130 000 personnes (128 750) ont été remboursées en 2025 pour ces médicaments dans le cadre du diabète, presque quatre fois plus qu’en 2019, et la dépense est passée de 30 à 122 millions d’euros sur la même période [6][12]. L’Association belge pour l’étude de l’obésité redoute désormais une « médecine à deux vitesses », où seuls ceux qui peuvent payer accèdent au traitement. « L’obésité, ce n’est pas juste un manque de volonté », rappelle sa présidente, la docteure Nathalie Esser [7]. La porte n’est pas définitivement fermée pour autant : des trajets de soins destinés aux adultes en obésité sont en préparation pour l’an prochain, et la place que pourraient y occuper les médicaments est à l’étude [6].

En ce moment

En France, quatre conditions à réunir pour être remboursé à 65 %

Le remboursement français repose sur deux arrêtés du 10 juin 2026, parus au Journal officiel du 12 juin, qui ont remplacé ceux du 23 mai juste avant l’entrée en vigueur [1][2]. Ils fixent une seule situation remboursable, la même pour le Wegovy (sémaglutide, laboratoire Novo Nordisk) et pour le Mounjaro. Il faut cumuler :

  • avoir 18 ans ou plus ;
  • un IMC de 40 ou plus, ou un IMC de 35 ou plus avec une maladie associée inscrite dans la liste officielle [1] ;
  • avoir perdu moins de 5 % de son poids après six mois d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite, le médicament venant en complément d’un régime hypocalorique et d’une activité physique accrue [1] ;
  • avoir reçu la première ordonnance d’un médecin spécialisé dans l’obésité (voir plus bas) [1].
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L’IMC se calcule en divisant le poids par la taille au carré : une personne de 1,70 m atteint 35 à partir d’environ 101 kg et 40 à partir d’environ 116 kg. La liste des maladies associées est longue et précise : diabète de type 2, hypertension qui nécessite un traitement, apnée du sommeil avec au moins 15 arrêts ou baisses de la respiration par heure, maladie du foie liée à la graisse (stéatohépatite ou fibrose), syndrome des ovaires polykystiques, maladie rénale chronique, asthme sévère lié à l’obésité, ou encore douleurs du dos, de la hanche ou du genou invalidantes et documentées par un rhumatologue ou un orthopédiste [1]. Les textes précisent que l’IMC retenu est celui du début du traitement, même si le traitement a d’abord été pris sans remboursement [1][2].

Ce périmètre est plus étroit que celui recommandé par la Haute Autorité de santé. Dans ses avis sur le Wegovy (octobre 2024) et le Mounjaro (novembre 2025), sa commission de la transparence s’était prononcée pour un remboursement dès un IMC de 35, sans exiger de maladie associée, après échec du suivi nutritionnel [3][4]. Le gouvernement a retenu les seuils qui ouvrent droit à la chirurgie de l’obésité, en s’appuyant aussi sur un avis de la HAS consacré aux patients à traiter en priorité [2][5]. Une personne avec un IMC de 37 et sans autre maladie de la liste reste donc hors du remboursement, alors que l’évaluation scientifique la jugeait éligible. Hors de ce cadre, tout médecin peut toujours prescrire ces médicaments selon leur autorisation de mise sur le marché (IMC de 30, ou de 27 avec une maladie liée au poids), mais sans aucune prise en charge [5].

La première ordonnance, passage obligé chez un spécialiste

Pour ouvrir droit au remboursement, la prescription initiale doit venir d’un professionnel des niveaux de recours 2 et 3 de la prise en charge de l’obésité [1] :

  • un endocrinologue, un médecin compétent en nutrition ou un chirurgien de l’obésité exerçant dans un centre spécialisé de l’obésité (CSO), un CHU ou un établissement de soins médicaux et de réadaptation spécialisé en nutrition et en maladies digestives ;
  • un endocrinologue qui travaille en lien avec un CSO, par une charte signée avec le centre ou une activité sur place ;
  • un médecin coordinateur d’un parcours renforcé « obésité complexe ».

Le renouvellement peut ensuite être fait par n’importe quel médecin, y compris le généraliste [1][2]. En pharmacie, le patient présente avec l’ordonnance un document rempli par le médecin sur le téléservice de l’Assurance maladie, qui atteste que les conditions sont réunies : sans lui, pas de remboursement [2].

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Illustration d'une consultation à l'hôpital : une médecin montre un schéma à un homme en situation d'obésité, un mètre ruban et une balance sur le bureau.
La première ordonnance remboursable passe par une consultation spécialisée, en centre de l’obésité, à l’hôpital ou chez un endocrinologue lié à un centre.

C’est là que se forme le goulot d’étranglement. Selon des chiffres de l’Assurance maladie révélés par RTL mi-septembre, 86 000 boîtes avaient déjà été remboursées depuis le 15 juin. Au CSO de Rouen, les demandes ont été multipliées par dix, selon le nutritionniste Thomas Demangeat, et le délai pour une première consultation à l’hôpital est passé de 10 mois à un an et demi, rapporte RTL [8]. Le droit au remboursement existe, mais l’accès au prescripteur peut prendre plus d’un an.

Ce qui reste à payer chaque mois, selon la dose

Les prix publics ont été fixés au Journal officiel et s’appliquent depuis le 15 juin, quelle que soit l’indication [2]. L’Assurance maladie en rembourse 65 %, et le patient règle les 35 % restants, que sa complémentaire santé peut couvrir en tout ou partie. Une prise en charge à 100 % reste possible au cas par cas, selon la situation de l’assuré (affection de longue durée, exonérations) [5]. Une boîte contient un stylo, soit environ un mois de traitement à raison d’une injection par semaine. Le traitement commence à faible dose puis augmente par paliers, ce qui fait grimper le reste à payer au fil des mois, surtout avec le Mounjaro [11].

Médicament et dosePrix publicRemboursé (65 %)Reste à payer
Wegovy 0,25 mg à 1 mg146,91 €95,49 €51,42 €
Wegovy 1,7 mg169,31 €110,05 €59,26 €
Wegovy 2,4 mg195,10 €126,81 €68,29 €
Mounjaro 2,5 mg176,10 €114,46 €61,64 €
Mounjaro 5 mg237,68 €154,49 €83,19 €
Mounjaro 7,5 mg ou 10 mg335,95 €218,37 €117,58 €
Mounjaro 12,5 mg ou 15 mg433,80 €281,97 €151,83 €

À dose de départ, un patient français éligible paie donc environ 62 euros par mois pour le Mounjaro avant sa mutuelle, près de trois fois moins que les quelque 179 euros réglés en Belgique pour la même dose, sans aucun remboursement contre l’obésité [2][6].

Infographie : reste à payer par mois pour Wegovy et Mounjaro en France selon la dose, comparé au prix du Mounjaro en Belgique, et les quatre conditions du remboursement français.
De 51 € pour le Wegovy en début de traitement à 152 € pour les plus fortes doses de Mounjaro : le reste à payer français, avant mutuelle, face au prix entier payé en Belgique. Infographie : S1N7ESE.

Pour vérifier si un profil entre dans le cadre fixé par les arrêtés et estimer le reste à payer selon la dose, l’outil ci-dessous reprend les mêmes conditions et les mêmes prix.

Wegovy, Mounjaro : ce profil entre-t-il dans le remboursement ?
Indiquez une taille, un poids et une situation : l’outil calcule l’IMC, le confronte aux conditions des arrêtés du 10 juin 2026 et affiche le reste à payer selon le médicament et la dose.
IMC : 36,3
Situation (cochez ce qui s’applique)
Maladie associée (au moins une, si l’IMC est entre 35 et 40)
Ce que prévoient les arrêtés du 10 juin 2026 (Journal officiel du 12 juin) et les prix publics en vigueur depuis le 15 juin 2026, pour information. IMC = poids ÷ taille², à l’initiation du traitement. L’outil ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas l’avis du médecin, seul à pouvoir vérifier la situation et prescrire. Reste à payer : 35 % du prix public, avant complémentaire santé ; une prise en charge à 100 % peut s’appliquer selon la situation de l’assuré. Mise en forme : S1N7ESE.

Wegovy ou Mounjaro : un choix laissé au médecin, un traitement évalué à six mois

Les deux médicaments imitent une hormone produite par l’intestin, le GLP-1, qui ralentit la vidange de l’estomac et renforce la sensation de satiété ; le Mounjaro agit en plus sur une seconde hormone, le GIP [11]. Dans les essais de référence, les participants sous Wegovy à 2,4 mg ont perdu en moyenne 14,9 % de leur poids en 68 semaines, contre 2,4 % sous placebo [9]. Sous Mounjaro, la perte moyenne a atteint 15 % à 21 % en 72 semaines selon la dose, contre 3,1 % sous placebo [10]. Le choix entre les deux revient au prescripteur, qui pèse l’efficacité, la tolérance digestive et le reste à charge, plus faible avec le Wegovy [11].

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Le remboursement n’est pas un engagement sans limite de durée. La HAS demande d’évaluer l’efficacité au bout de six mois et d’envisager un arrêt, notamment si la perte de poids reste inférieure à 5 % [3][4]. Elle note aussi qu’on ne dispose toujours pas de données sur l’ampleur de la reprise de poids à l’arrêt [4]. C’est d’ailleurs cette incertitude sur un effet rebond que les arrêtés invoquent pour réserver la première ordonnance aux spécialistes [1]. Les effets indésirables les plus fréquents sont digestifs (nausées, vomissements, diarrhée ou constipation) et surviennent surtout pendant la montée des doses [11].

Une version en comprimé du Wegovy doit arriver en pharmacie en France début novembre 2026. Elle contient la même molécule, le sémaglutide, mais ne sera pas remboursée à son lancement : les conditions décrites plus haut ne valent que pour les stylos injectables Wegovy FlexTouch et Mounjaro KwikPen [13][14][2].

Sources et références

[1] Arrêté du 10 juin 2026 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques remboursables aux assurés sociaux et abrogeant l'arrêté du 23 mai 2026 relatif à la dite liste (WEGOVY), Journal officiel du 12 juin 2026
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054238151

[2] Vidal — Obésité : prise en charge de WEGOVY et MOUNJARO à partir du 15 juin 2026, sous conditions, 28 mai 2026, mis à jour le 12 juin 2026
https://www.vidal.fr/actualites/37850-obesite-prise-en-charge-de-wegovy-et-mounjaro-a-partir-du-15-juin-2026-sous-conditions.html

[3] Haute Autorité de santé, Commission de la transparence — avis WEGOVY (sémaglutide), seconde évaluation, 23 octobre 2024
https://www.has-sante.fr/upload/docs/evamed/CT-20916_WEGOVY_PIC_REEV_AvisDef_CT20916.pdf

[4] Haute Autorité de santé, Commission de la transparence — avis MOUNJARO (tirzépatide), inscription, 19 novembre 2025
https://www.has-sante.fr/upload/docs/evamed/CT-21349_MOUNJARO_PIC_INS_AvisDef_CT21349.pdf

[5] Service-public.fr — Deux médicaments contre l'obésité remboursés depuis le 15 juin, 1er juin 2026, mis à jour le 15 juin 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18932

[6] RTBF (Belga) — Le ministre Vandenbroucke refuse de rembourser le Mounjaro, médicament contre l'obésité, 21 octobre 2026
https://www.rtbf.be/article/le-ministre-vandenbroucke-refuse-de-rembourser-le-mounjaro-medicament-contre-l-obesite-11803445

[7] RTBF (Belga) — Le refus du remboursement du Mounjaro risque de créer une « médecine à deux vitesses » s'inquiète l'association belge pour l'étude de l'obésité, 23 octobre 2026
https://www.rtbf.be/article/le-refus-du-remboursement-du-mounjaro-risque-de-creer-une-medecine-a-deux-vitesses-s-inquiete-l-association-belge-pour-l-etude-de-l-obesite-11804780

[8] RTL — Wegovy et Mounjaro : depuis leur remboursement, l'engouement pour les traitements contre l'obésité se confirme avec 86.000 boîtes prises en charge, 14 septembre 2026
https://www.rtl.fr/actu/sante/info-rtl-depuis-leur-remboursement-l-engouement-pour-les-traitements-contre-l-obesite-se-confirme-avec-86-000-boites-prises-en-charge-7900671942

[9] Wilding et al. — Once-Weekly Semaglutide in Adults with Overweight or Obesity (STEP 1), New England Journal of Medicine, 2021
https://doi.org/10.1056/NEJMoa2032183

[10] Jastreboff et al. — Tirzepatide Once Weekly for the Treatment of Obesity (SURMOUNT-1), New England Journal of Medicine, 2022
https://doi.org/10.1056/NEJMoa2206038

[11] Jean-Daniel Lalau (The Conversation), repris par Boursorama — Les médicaments antiobésité Wegovy et Mounjaro sont désormais remboursés : quelles sont les premières implications ?, 23 octobre 2026
https://www.boursorama.com/budget/conso/actualites/les-medicaments-antiobesite-wegovy-et-mounjaro-sont-desormais-rembourses-quelles-sont-les-premieres-implications-6cc6bf9f17e6fb4ec519d4cd52f53731

[12] 7sur7 (HLN) — « C'est révolutionnaire » : et si l'Ozempic ne traitait pas seulement le diabète et l'obésité ?, 23 octobre 2026
https://www.7sur7.be/sante/cest-revolutionnaire-et-si-lozempic-ne-traitait-pas-seulement-le-diabete-et-lobesite~a67e3ca1/

[13] Linternaute — Plus besoin d'injections : le Wegovy en comprimé arrive en France dès novembre, octobre 2026
https://www.linternaute.com/sante/medicaments/11309507-wegovy-comprime-france-novembre/

[14] La Croix — Obésité : ces nouveaux traitements qui pourraient faire reculer la maladie, 22 octobre 2026
https://www.la-croix.com/sante/obesite-ces-nouveaux-traitements-qui-pourraient-faire-reculer-la-maladie-20261022

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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