Le chiffre est tombé le 20 octobre : près de 500 intoxications liées à la cueillette et à la consommation de champignons ont été rapportées aux centres antipoison en septembre 2026, et plus de 200 autres entre le 1er et le 20 octobre, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) [1]. Pris isolément, ce bilan ressemble à la mise en garde que l’agence publie chaque automne. Rapproché des séries des années précédentes, il dit autre chose : la saison des intoxications commence plus tôt, et une partie des cueilleurs a changé sa manière de vérifier ce qu’il met dans la poêle.
Intoxications aux champignons : septembre devient le mois le plus risqué
De 2016 à 2024, les centres antipoison ont enregistré en moyenne 221 intoxications aux champignons au mois de septembre, d’après les tableaux du dernier rapport de toxicovigilance de l’Anses [2]. Le pic tombait presque toujours en octobre, deux fois en novembre (2018 et 2023). En 2025, pour la première fois depuis le début de cette surveillance, il est arrivé en septembre, avec 624 cas. Les « près de 500 » cas de septembre 2026 représentent plus de deux fois la moyenne de ce mois sur la période 2016-2024, un calcul que nous avons fait à partir de ces séries.
Le bilan complet de 2025, premier à couvrir l’année entière, donne l’ordre de grandeur : 1 593 intoxications, dont 1 501 après un repas. Dans 84 % des repas en cause, les champignons avaient été ramassés dans la nature. L’Anses a classé 42 intoxications comme graves, soit 2,8 %, et un décès : une femme qui pensait cueillir des coulemelles [2]. Trois autres personnes ont reçu une greffe de foie [1].
En ce moment

Rosé des prés, coulemelle, girolle : les faux jumeaux qui finissent dans l’assiette
Quand une photo de la récolte existe, un expert mycologue (réseau de la Mycoliste) peut dire après coup ce qui a été mangé. En 2025, c’était possible pour 256 repas [2]. Le tableau qui en ressort montre que les accidents ne viennent pas d’espèces exotiques, mais de quelques confusions qui reviennent chaque année. Les champignons toxiques les plus souvent identifiés sont l’agaric jaunissant, l’entolome livide, le bolet de Satan, l’amanite phalloïde et le clitocybe de l’olivier.
| Le cueilleur pensait ramasser | Le mycologue a identifié (toxique) |
|---|---|
| Rosés des prés | Agaric jaunissant |
| Coulemelles | Amanite phalloïde |
| Cèpes ou bolets | Bolet de Satan, entolome livide |
| Girolles | Clitocybe de l’olivier |
| Mousserons | Inocybes |
| Oronges | Amanite tue-mouches, amanite phalloïde |
Toutes ces erreurs n’ont pas la même gravité. Les plus nombreuses se soldent par des vomissements et des diarrhées. Celles qui touchent l’amanite phalloïde relèvent d’une autre catégorie : le syndrome qu’elle provoque, dit phalloïdien, représentait 65 % des formes graves en 2025, soit 26 cas. Les patients concernés avaient cru ramasser des bolets ou des coulemelles [2]. Le piège tient au délai : les premiers troubles arrivent en général 6 à 24 heures après le repas, quand les toxines ont déjà commencé à s’attaquer au foie, et il n’existe pas d’antidote efficace [3].
Ces paires de jumeaux poussent parfois côte à côte. Un lecteur de Charente Libre a photographié un cèpe et une amanite sortis du même tapis de feuilles, avec des chapeaux bruns et ronds faciles à confondre vus d’en haut [4]. C’est exactement la situation où un coup d’œil rapide, ou une photo prise d’au-dessus, ne suffit pas.
La confusion n’explique pas tout. Pour les repas de champignons cueillis dont on connaissait la préparation, 10 % des champignons avaient été mangés crus et 63 % cuits moins de 20 minutes [2]. L’Anses demande au moins 20 minutes de cuisson pour les champignons sauvages, même bien identifiés [1], soit 20 à 30 minutes à la poêle selon les conseils relayés par Presse Océan [6].
Applis de reconnaissance des champignons : ce que les tests ont mesuré
Depuis 2025, le questionnaire des centres antipoison distingue la reconnaissance d’image parmi les moyens d’identifier une récolte. Parmi les repas de 2025 où quelqu’un avait vérifié les champignons, la reconnaissance d’image sur téléphone a servi dans 12 % des cas et une application dédiée dans 8 % [2]. Les experts de l’Anses s’attendent à voir cette part grandir avec l’intelligence artificielle, et ils écrivent que ces outils sont « déconseillés car source d’erreurs » [2]. Dans son message de cette saison, l’agence va plus loin : ne pas consommer un champignon identifié par une application, « en raison du risque élevé d’erreur » [1].
La mise en garde s’appuie sur des tests concrets. Une équipe des Émirats arabes unis et de Suède a soumis plus de 100 photos d’une soixantaine d’espèces, prises en conditions réelles, à 12 outils : six applications mobiles et six services en ligne, dont Google Lens et Copilot. Publiée en février 2026 dans la revue npj Science of Food, l’étude conclut que même le meilleur outil se trompe dans près de 15 % des cas, soit environ une fois sur sept, et qu’aucun ne donne de façon constante une réponse unique et juste [5]. Un bolet en partie caché par des feuilles d’airelle n’a été reconnu par aucun des 12 outils ; Google Lens a même identifié un champignon parasite des feuilles d’airelle à la place du bolet [5].
Les erreurs pèsent surtout là où elles coûtent cher. Sur des champignons envoyés à un centre antipoison australien, trois applications populaires n’ont trouvé la bonne espèce que dans 30 à 44 % des cas lorsqu’il s’agissait d’espèces toxiques, selon le résumé qu’en fait le magazine Amphisciences [3]. La raison est simple : une photo ne transmet ni l’odeur, ni la consistance de la chair, ni la couleur des spores. Et quand le pied est coupé au couteau, la volve de l’amanite reste dans la terre, alors que c’est l’indice le plus net pour la reconnaître [3].
Les concepteurs de ces outils le disent eux-mêmes. L’application danoise Atlas of Danish Fungi trouve seule la bonne espèce dans 69 % des cas, et près de 93 % lorsque ses propositions sont relues par des mycologues [3]. Une appli peut donc aider à apprendre et à chercher un nom, à condition qu’une personne compétente tranche ensuite, champignon en main.

Pharmacien, association de mycologie, centre antipoison : qui consulter
En 2025, parmi les repas de champignons cueillis à l’origine d’une intoxication et pour lesquels l’information est connue, 77 % avaient été préparés sans que personne n’identifie la récolte [2]. Quand une vérification avait eu lieu, elle venait le plus souvent d’un proche (42 %), d’un livre (21 %) ou d’un pharmacien (15 %). Les recommandations de l’Anses pour cette saison tiennent en quelques gestes [1] :
- ne ramasser que les espèces que l’on connaît parfaitement, et faire contrôler toute récolte douteuse par un pharmacien ou une association de mycologie ;
- ne pas manger un champignon identifié seulement par une application ;
- ne jamais donner sa cueillette à de jeunes enfants ;
- cuire les champignons sauvages au moins 20 minutes ;
- en cas de nausées, vomissements, diarrhée ou troubles neurologiques après un repas de champignons, appeler aussitôt un centre antipoison ou le 15.
Un dernier réflexe sert le jour où les choses tournent mal : photographier toute la récolte avant de la cuisiner. En 2025, les centres antipoison disposaient d’une photo pour la moitié des repas de champignons cueillis, et le mycologue a pu nommer les espèces dans 73 % de ces cas [2]. Savoir rapidement qu’il s’agit d’une amanite phalloïde change la prise en charge, puisque ses premiers symptômes arrivent tard.
Sources et références
[1] Anses — Cueillette et consommation des champignons : attention aux risques d'intoxications, octobre 2026
https://www.anses.fr/fr/actualite/cueillette-consommation-champignons-attention-aux-risques-dintoxications
[2] Anses — Intoxications accidentelles par des champignons en France : bilan des cas enregistrés par les centres antipoison en 2025, rapport d'étude de toxicovigilance 2026-VIG-0070
https://www.anses.fr/system/files/TOXIVIGILANCE-2026-VIG-0070-RA.pdf
[3] Amphisciences (Ouest-France) — Champignons : même la meilleure appli photo se trompe près d'une fois sur sept, 26 octobre 2026
https://amphisciences.ouest-france.fr/2026/10/reconnaitre-les-champignons-appli-photo-se-trompe/
[4] Charente Libre — Champignons : attention aux faux jumeaux du sous-bois, octobre 2026
https://www.charentelibre.fr/sante/champignons-attention-aux-faux-jumeaux-du-sous-bois-31239742.php
[5] Kuznetsov N. V. et al. — AI-mediated risks and real-life challenges in mushroom foraging, npj Science of Food, 24 février 2026
https://doi.org/10.1038/s41538-026-00752-4
[6] Ouest-France (Presse Océan) — Espèces comestibles ou toxiques, cuisson, conservation : comment consommer des champignons en toute sécurité ?, octobre 2026
https://www.ouest-france.fr/sante/especes-comestibles-ou-toxiques-cuisson-conservation-comment-consommer-des-champignons-en-toute-securite-b47afd8e-cc7f-11f1-bf87-17eca79cb13c







