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Santé au quotidien

Faux Ozempic et Wegovy vendus en ligne : l’ANSM n’a trouvé aucune substance amaigrissante dans ses analyses, et 5 indices trahissent un faux

Vendus sur internet comme du sémaglutide, le principe actif d'Ozempic et Wegovy, les patchs analysés par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne contenaient ni ce médicament ni aucune autre substance amaigrissante. Stylos au rétatrutide, logos d'agences, prix d'appel : voici comment reconnaître un faux GLP-1.

Relu par Antoine BOUQUET
Mains tenant un stylo injecteur blanc sans marque au-dessus d'un colis ouvert contenant du papier bulle et une plaquette de patchs, sur une table de cuisine.
Sur une table de cuisine, un colis tout juste ouvert : un stylo injecteur sans marque et une plaquette de patchs, du type de ceux vendus en ligne comme des analogues du GLP-1. Dans les patchs qu'elle a analysés, l'ANSM n'a trouvé aucune substance amaigrissante.

Des patchs à coller sur la peau, des stylos « prêts à l’emploi », des flacons de « peptides » : sur internet et les réseaux sociaux, les produits présentés comme des analogues du GLP-1, la famille de médicaments d’Ozempic, Wegovy et Mounjaro, se vendent sans ordonnance et à un clic. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a fait analyser certains de ces produits dans ses laboratoires. Le résultat, repris ces derniers jours par plusieurs médias français et belges, dit surtout une chose : ce que l’acheteur paie n’est pas ce qui est écrit sur la boîte.

Faux Ozempic et Wegovy : ce que l’ANSM a trouvé dans ses analyses

Les contrôles publiés par l’ANSM portent sur des patchs vendus en ligne comme contenant du sémaglutide, le principe actif d’Ozempic et de Wegovy. Le verdict de l’Agence tient en une phrase : « Cette substance n’a pas été retrouvée lors de nos analyses, ni aucune autre substance à visée amaigrissante » [1].

Un produit vide n’est pas pour autant un produit sans risque. L’ANSM précise que ces produits frauduleux « sont susceptibles de contenir des substances actives (déclarées ou non), dont certaines pourraient être dangereuses pour la santé » [1]. Pour tromper l’acheteur, certains affichaient même le logo de l’Agence européenne du médicament (EMA) et celui de l’ANSM. Or ces institutions « n’apposent jamais leur logo pour certifier, valider ou vendre un produit de santé » [3].

L’Agence a identifié 10 sites marchands. eBay, Cdiscount et Amazon ont retiré les annonces à sa demande. Pour sept sites détenus par deux sociétés, Zongest Limited et Hamjouy Limited, elle a pris sept mesures de police sanitaire qui suspendent la vente et la publicité de ces produits, après avoir saisi le procureur de la République et signalé les sites sur la plateforme Pharos [1].

En ce moment

Des stylos au rétatrutide retirés cet été

Les stylos injectables ont suivi. En juillet 2026, deux décisions ont visé la société Synedica Laboratories, qui vendait des kits « Retatrutide 40mg », « Tirzepatide 40mg » et « Semaglutide 8mg » en stylo, et la société AZRL LTD, avec ses stylos Azentra [1][8]. Le 14 août, une troisième décision a ordonné le retrait du « FastPen 40mg », présenté comme contenant du rétatrutide [2]. Pour ces stylos, l’ANSM n’a pas publié de résultat d’analyse : leur retrait repose sur leur vente sans autorisation et sur leurs promesses.

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Le rétatrutide ne figure d’ailleurs pas parmi les analogues du GLP-1 autorisés en France listés par l’ANSM [4]. Sur son site, le vendeur du FastPen précisait que le produit était « à usage exclusif dans un environnement de laboratoire », tout en le vendant comme un « stylo injecteur prérempli de peptide amaigrissant » [2].

Infographie S1N7ESE : analyses de l'ANSM sans sémaglutide ni substance amaigrissante, 10 sites et 10 mesures de police sanitaire ; saisies belges de GLP-1 passées de 2 869 unités en 2025 à 5 185 de janvier à septembre 2026 ; 36 signalements de mésusage pour maigrir dont 17 graves en France.
Zéro trace de sémaglutide dans les patchs analysés par l’ANSM, mais 5 185 unités de GLP-1 saisies en Belgique en neuf mois et 17 cas graves liés à un usage pour maigrir en France : les chiffres officiels du trafic. Infographie : S1N7ESE.

Un trafic qui grossit des deux côtés de la frontière

En France, la douane a saisi 2,3 millions de médicaments en 2025, toutes catégories confondues. Dans son communiqué du 23 septembre 2026, elle classe les antidiabétiques détournés pour maigrir parmi les cinq grandes tendances du trafic, sans publier de chiffre propre à ces produits. Ses premières saisies datent de 2023. Elles portent sur trois types de produits : de vrais médicaments sortis du circuit légal, des contrefaçons venues de Turquie et des produits « a-GLP1 » sans aucun principe actif, venus de Chine et ornés de logos d’agences de santé [5].

En Belgique, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) donne un chiffre précis : 5 185 unités d’analogues du GLP-1 saisies de janvier à septembre 2026, contre 2 869 sur toute l’année 2025 [6]. Ramené au mois, cela fait 576 unités en 2026 contre 239 en 2025, soit 2,4 fois plus. L’association de patients Vox Obesity relie cette hausse au refus du gouvernement belge de rembourser Wegovy et Mounjaro contre l’obésité [6], un refus que nous détaillons dans notre article sur les conditions de remboursement en France et en Belgique. L’AFMPS signale aussi des patients victimes d’effets graves après avoir utilisé des stylos qui contenaient de l’insuline au lieu du sémaglutide annoncé [6].

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Au comptoir d'une pharmacie, une cliente tend une ordonnance et un formulaire à une pharmacienne ; un stylo injecteur blanc et une boîte sont posés sur le comptoir.

Pourquoi un faux GLP-1 reste dangereux, même vide

Le dernier rapport de pharmacovigilance de l’ANSM, publié le 7 octobre 2026, montre ce qui arrive quand ces médicaments sont pris pour maigrir, hors de tout suivi. Entre février 2025 et janvier 2026, 36 signalements d’effets indésirables concernaient un usage pour perdre du poids, dont 17 cas graves, parmi lesquels 5 pancréatites aiguës, une inflammation brutale du pancréas [4].

Deux détails de ce rapport éclairent le risque. Dans 2 cas sur 3, le produit avait été obtenu hors des circuits officiels : sur internet, par l’entourage ou à l’étranger. Et dans plus de 9 cas sur 10, les doses étaient trop élevées ou augmentées trop vite [4]. Le danger ne tient donc pas seulement à ce que contient le produit, mais aussi à l’absence de médecin pour régler la dose et repérer les premiers signes d’alerte.

Ces médicaments restent utiles quand ils sont bien prescrits : l’ANSM confirme leur rapport bénéfice/risque favorable lorsqu’ils sont utilisés selon les recommandations, chez les plus de 840 000 patients traités en France sur la période [4].

Comment repérer un faux GLP-1 en 5 indices

Les vrais analogues du GLP-1 ne s’obtiennent qu’avec une ordonnance, en pharmacie. Ils ne peuvent pas être vendus en ligne, même par une pharmacie agréée : toute vente d’analogues du GLP-1 sur internet est donc illégale en France [1][3]. Ce premier critère suffit à écarter une offre. Les autres aident à reconnaître un produit déjà reçu ou une publicité trompeuse.

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IndiceMédicament autoriséOffre frauduleuse
Où l’obtenirEn pharmacie, sur ordonnanceSite internet, réseau social, message privé
FormeStylo injecteur pour Wegovy, Mounjaro ou SaxendaPatch, flacon à mélanger, stylo « de laboratoire »
MoléculeSémaglutide, tirzépatide, liraglutide, dulaglutideRétatrutide ou « peptide » non autorisé
LogoAucun logo d’agence de santéLogo de l’ANSM ou de l’EMA affiché
PrixFixé au Journal officiel, identique partoutPromotion, abonnement, « méthode » payante

Sur le prix, le repère est simple : en pharmacie, une boîte mensuelle de Wegovy coûte de 146,91 à 195,10 euros selon la dose, et une boîte de Mounjaro de 176,10 à 433,80 euros [7]. Ces prix publics sont les mêmes dans toutes les pharmacies. Une offre qui s’en écarte nettement, ou qui vend un « programme » autour du produit, sort du circuit du médicament.

Le discours compte aussi. Le vendeur du FastPen promettait une méthode « sans le parcours de 6 mois imposé en pharmacie » [2]. Ce parcours n’a rien d’un obstacle arbitraire : en France, le remboursement de Wegovy et Mounjaro suppose notamment un suivi nutritionnel de six mois et une première ordonnance d’un spécialiste. Une offre qui propose de sauter le médecin est, par construction, hors la loi.

Dans une pharmacie, une pharmacienne en blouse blanche tend une boîte de médicament à un homme qui tient une ordonnance pliée.
Au comptoir d’une pharmacie, une pharmacienne remet un traitement sur présentation d’une ordonnance : le seul circuit par lequel un analogue du GLP-1 peut être obtenu légalement en France.

Déjà acheté ou utilisé un de ces produits ?

L’ANSM est claire : n’utilisez pas un produit « GLP-1 » obtenu par internet [3]. Si vous en avez déjà injecté ou porté un patch, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, en apportant l’emballage. C’est d’autant plus important en cas de nausées, de vomissements ou de douleurs au ventre, les effets indésirables les plus fréquents de cette famille de médicaments, qui peuvent signaler une complication comme une pancréatite [4].

Un effet indésirable se déclare sur le portail officiel signalement-sante.gouv.fr, et un site qui vend ces produits peut être signalé sur la plateforme Pharos du ministère de l’Intérieur, internet-signalement.gouv.fr, comme l’a fait l’ANSM pour les sites qu’elle a identifiés [1].

Sources et références

[1] ANSM — L'ANSM prend des mesures de police sanitaire à l'encontre des sites internet vendant des aGLP-1, 19 novembre 2025, mis à jour le 31 août 2026
https://ansm.sante.fr/actualites/lansm-prend-des-mesures-de-police-sanitaire-a-lencontre-des-sites-internet-vendant-des-aglp-1

[2] ANSM — Décision de police sanitaire du 14/08/2026 : retrait du produit « FastPen 40mg » présenté comme contenant un agoniste du GLP-1, société AZRL LTD
https://ansm.sante.fr/actualites/decision-de-police-sanitaire-du-14-08-2026-retrait-du-produit-fastpen-40mg-presente-comme-contenant-un-agoniste-du-glp-1-societe-azrl-ltd

[3] ANSM — Alerte sur les risques associés à l'achat sur internet d'aGLP-1 contrefaits, 9 septembre 2025, mis à jour le 7 octobre 2026
https://ansm.sante.fr/actualites/alerte-sur-les-risques-associes-a-lachat-sur-internet-daglp-1-contrefaits

[4] ANSM — 3e rapport de pharmacovigilance sur les aGLP-1 : persistance du mésusage associé à des complications graves et mise en évidence du risque d'interactions médicamenteuses, 7 octobre 2026
https://ansm.sante.fr/actualites/3-rapport-de-pharmacovigilance-sur-les-aglp-1-persistance-du-mesusage-associe-a-des-complications-graves-et-mise-en-evidence-du-risque-dinteractions-medicamenteuses

[5] Douane française — communiqué de presse sur les cinq grandes tendances du trafic de médicaments, 23 septembre 2026
https://www.douane.gouv.fr/sites/default/files/2026-09/23/CP-medicaments.pdf

[6] Business AM — Flambée des saisies de GLP-1 alors que les médicaments amaigrissants contrefaits augmentent, 26 octobre 2026 (données AFMPS)
https://fr.businessam.be/flambee-des-saisies-de-glp-1-alors-que-les-medicaments-amaigrissants-contrefaits-augmentent

[7] Vidal — Obésité : prise en charge de WEGOVY et MOUNJARO à partir du 15 juin 2026, sous conditions, 28 mai 2026, mis à jour le 12 juin 2026
https://www.vidal.fr/actualites/37850-obesite-prise-en-charge-de-wegovy-et-mounjaro-a-partir-du-15-juin-2026-sous-conditions.html

[8] Pharmactu — Faux GLP-1 en ligne : l'ANSM ordonne le retrait de stylos injectables vendus sans AMM, 23 juillet 2026
https://pharmactu.fr/articles/ansm-retrait-faux-glp1-police-sanitaire-azrl-synedica-2026

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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