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Quatre malades de Parkinson greffés à Kyoto bougent mieux sans leurs médicaments, une piste qu’aucun essai ne teste encore en France : les cellules souches iPS

Au Japon, une patiente d'une cinquantaine d'années a reçu en octobre la première greffe de neurones issus de cellules souches autorisée contre la maladie de Parkinson. En France, aucun des essais de ce type enregistrés dans le monde n'a encore de centre, selon notre décompte.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo S1N7ESE : la greffe de neurones issus de cellules souches iPS contre Parkinson, autorisée au Japon, et ce que montre l'essai de Kyoto. Images d'illustration.
Sommaire

D’après le PDG de Sumitomo Pharma, Toru Kimura, elle est déjà sortie de l’hôpital et a repris le travail [1]. Le laboratoire japonais a révélé cette première le 30 octobre, au détour de la présentation de ses résultats semestriels : la greffe a eu lieu début octobre à l’hôpital universitaire de Kyoto [1][2]. Elle ouvre l’étude de suivi que les autorités japonaises ont exigée en autorisant le traitement, en mars. Tout ce que l’on sait de son efficacité repose pour l’instant sur un seul essai, mené chez sept patients.

Greffe de cellules souches contre Parkinson : des neurones à dopamine déposés au cœur du cerveau

La maladie de Parkinson détruit peu à peu les neurones qui fabriquent la dopamine, un messager chimique indispensable aux mouvements automatiques. Sans elle, le corps devient lent, raide, parfois tremblant. Les médicaments, lévodopa en tête, compensent ce manque sans arrêter la maladie, et leur effet devient irrégulier au fil des années, avec des mouvements involontaires [3].

En ce moment

Le traitement de Sumitomo Pharma, baptisé Amchepry (nom scientifique : raguneprocel), cherche à remplacer une partie des cellules perdues. Il part de cellules souches pluripotentes induites, dites iPS : des cellules adultes reprogrammées pour redevenir capables de donner n’importe quel tissu. Elles proviennent ici du sang d’un donneur en bonne santé, et non du malade. En laboratoire, elles deviennent des précurseurs de neurones à dopamine, que le neurochirurgien injecte dans le putamen, la zone du cerveau où la dopamine commande le mouvement [3]. La dose visée est d’environ 5,4 millions de cellules de chaque côté, déposées en plusieurs points par un petit trou percé dans le crâne [4]. Pour éviter le rejet, les patients de l’essai ont pris un médicament immunosuppresseur, le tacrolimus, pendant quinze mois [3].

Essai de Kyoto : quatre patients sur six bougent mieux sans leurs médicaments

L’essai a commencé en 2018 à l’hôpital universitaire de Kyoto et ses résultats ont paru en avril 2025 dans la revue Nature [3]. Sept personnes de 50 à 69 ans ont été greffées : trois à dose faible, entre 2,1 et 2,6 millions de cellules par côté, et quatre à dose forte, entre 5,3 et 5,5 millions par côté. Certaines reprises évoquent cinq ou dix millions de cellules « de chaque côté » : ces chiffres correspondent en réalité au total des deux côtés. Le premier patient, opéré d’un côté puis de l’autre huit mois plus tard, a seulement servi à vérifier la sécurité. L’efficacité a été mesurée chez les six autres [3].

Pour les gestes, le critère de référence est la partie III de l’échelle MDS-UPDRS. Un neurologue y fait taper rapidement le pouce contre l’index, ouvrir et fermer la main, se lever d’une chaise bras croisés, marcher, puis il évalue l’équilibre, la raideur et le tremblement [5]. Plus le score est bas, mieux la personne bouge. Les chercheurs l’ont mesuré après plus de douze heures sans médicament, pour voir ce que font les cellules greffées seules [3].

Photomontage : Patrick Stewart, chauve, lunettes fines et barbe blanche courte, en costume gris devant un fond rouge, avec au premier plan un cerveau humain et une plaquette de comprimés blancs.

Au bout de deux ans, ce score avait baissé chez quatre des six patients, de 9 % à 50 % selon les cas. Sur les six, la baisse moyenne atteint 9,5 points, soit 20 % ; deux patients n’ont pas progressé sur ce critère. Avec leurs médicaments, cinq patients sur six bougeaient mieux qu’avant la greffe. L’imagerie montre que les cellules fabriquent bien de la dopamine : sa production dans le putamen a augmenté de 45 % en moyenne, et de 64 % à dose forte [3].

Ce résultat a une limite qui pèse lourd : l’essai n’avait pas de groupe témoin, et les patients savaient qu’ils avaient été greffés. Dans les essais de thérapies régénératives menés avec une fausse opération, l’effet placebo fait gagner en moyenne 4,3 points sur ce même score. Les auteurs estiment que trois patients au moins le dépassent, ceux dont le score a baissé de 32 %, 45 % et 50 % [3].

Infographie S1N7ESE. Essai de Kyoto publié dans Nature : 7 patients greffés, 6 évalués. Baisse du score moteur MDS-UPDRS III mesuré sans médicament, 24 mois après la greffe : patient 8 moins 50,0 %, patient 4 moins 45,1 %, patient 2 moins 32,4 %, patient 3 moins 9,1 %, patients 5 et 6 sans amélioration. Pour les trois premiers, le gain dépasse l'effet placebo habituel de ces essais selon les auteurs ; l'essai n'avait pas de groupe témoin. Sur 25 essais de greffe de cellules à dopamine issues de cellules souches enregistrés sur ClinicalTrials.gov au 3 novembre 2026 : Chine 13, États-Unis 9 dont 2 aussi au Canada et 1 en Australie, Suède et Royaume-Uni 1 (STEM-PD, seul essai européen), Corée du Sud 1, Iran 1, France 0. Dates clés : mars 2026, autorisation conditionnelle de l'Amchepry au Japon pour 7 ans au plus ; octobre 2026, première greffe depuis l'autorisation à Kyoto ; octobre 2028, résultats attendus de la seule phase 3 en cours ; mars 2029, fin prévue des greffes de l'étude japonaise de suivi, une vingtaine à une trentaine de patients.
Sur 25 essais de greffe de cellules à dopamine issues de cellules souches enregistrés sur ClinicalTrials.gov, aucun n’a de centre en France (calculs S1N7ESE au 3 novembre 2026). Infographie : S1N7ESE.

Le progrès mesuré par le neurologue ne se retrouve pas encore dans la vie quotidienne telle que les patients la décrivent. Leur qualité de vie, évaluée par un questionnaire de 39 questions, et le temps passé chaque jour sans blocage n’ont pas progressé en moyenne [3]. Six patients sur sept ont aussi vu augmenter leurs mouvements involontaires, les dyskinésies. Les auteurs l’attribuent aux médicaments, gardés à la même dose pendant tout l’essai pour ne pas fausser les mesures : la dopamine des cellules s’ajoutait à celle des comprimés [3]. Aucune tumeur ni aucun effet indésirable grave n’a été relevé, et 72 des 73 effets signalés étaient légers [3].

Au Japon, un traitement autorisé sous condition et réservé à quelques dizaines de patients

Sur la foi de ces sept patients, le Japon a accordé le 6 mars 2026 une autorisation « conditionnelle et limitée dans le temps », une première mondiale pour un produit issu de cellules iPS [6]. Ce régime, propre à la médecine régénérative, permet de vendre un traitement dont l’efficacité n’est encore qu’estimée. Sumitomo Pharma a sept ans au plus pour la confirmer et redemander une autorisation définitive, faute de quoi celle-ci expire [4][7].

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L’Amchepry est réservé aux malades dont les symptômes moteurs ne sont plus assez soulagés par les médicaments, lévodopa comprise [6]. Les patients déjà traités par stimulation cérébrale profonde, par ultrasons focalisés ou par une pompe ne peuvent pas entrer dans l’étude de suivi [7]. Son prix, fixé en mai, est de 55,3 millions de yens par patient, soit environ 312 000 euros au cours de la Banque centrale européenne du 2 novembre (calcul S1N7ESE) [8][9]. L’assurance maladie japonaise le prend en charge et, grâce au plafonnement des frais, le patient paie au plus quelques centaines de milliers de yens, soit quelques milliers d’euros [1].

L’accès reste très étroit. Sumitomo Pharma prévoit une ou deux greffes d’ici fin mars 2027, une dizaine l’année suivante, puis dix à vingt jusqu’en mars 2029, dans sept hôpitaux japonais, dont ceux de Kyoto, d’Osaka et de Tokyo [2]. Ces hôpitaux ne répondent pas aux demandes des patients, renvoyées vers le formulaire du laboratoire, et le traitement ne s’ouvrira à d’autres établissements et à davantage de malades qu’une fois l’étude terminée [2].

Gros plan sur les mains d'une femme qui boutonne lentement un chemisier bleu clair dans une cuisine baignée de soleil, une tasse de thé vert posée derrière elle.
Boutonner un vêtement fait partie des gestes que la maladie de Parkinson ralentit. Dans l’essai de Kyoto, le score moteur mesuré par un neurologue a baissé chez quatre des six patients évalués, mais leur qualité de vie déclarée n’a pas progressé en moyenne. Image d’illustration.

En France, aucun des 25 essais de greffe de ce type n’a ouvert de centre

Pour savoir où un malade français pourrait participer à un essai, nous avons interrogé le 3 novembre ClinicalTrials.gov, le principal registre international des essais cliniques [10]. Nous y avons retenu 25 essais de greffe de cellules à dopamine issues de cellules souches pluripotentes, iPS ou embryonnaires, chez des malades de Parkinson. Treize se déroulent en Chine et neuf aux États-Unis, dont deux aussi au Canada et un en Australie. Aucun n’a de centre en France (calculs S1N7ESE). Les essais japonais, inscrits dans le registre national du Japon, ne sont pas comptés.

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Le seul essai européen, STEM-PD, est mené à Lund, en Suède, et à Cambridge, au Royaume-Uni, avec des cellules souches embryonnaires [11]. Huit patients y ont été greffés. Un an plus tard, aucun effet grave lié aux cellules n’a été observé et six des sept participants examinés ont pu réduire leurs médicaments [11][12]. Une phase 2 doit suivre, confiée à la société américaine Cellular Intelligence [13]. En France, la biotech bordelaise TreeFrog Therapeutics a présenté en 2024 des neurones à dopamine issus de cellules iPS, testés chez le rat [14] ; aucun essai chez l’humain à son nom ne figure dans le registre.

L’association France Parkinson invite à ne pas prendre ces greffes pour une réparation complète du cerveau. Les cellules sont déposées dans le putamen, loin de la zone qui règle naturellement la libération de la dopamine. « Les cellules transplantées dans le putamen agissent comme des « producteurs de dopamine ». Mais pas comme un remplacement neuronal complet », écrit-elle [15]. Elles peuvent soulager la lenteur et la raideur, sans rétablir le fonctionnement naturel du circuit. L’enjeu reste considérable : environ 175 000 personnes étaient traitées pour une maladie de Parkinson en France en 2020, et près de 26 000 nouveaux malades s’y ajoutent chaque année [16].

Pour un malade français, la prochaine date utile se trouve donc en Amérique du Nord. La seule phase 3 en cours, celle du bemdaneprocel de la société BlueRock Therapeutics, compare la greffe à une fausse opération chez 102 participants aux États-Unis, au Canada et en Australie ; ses résultats principaux sont attendus en octobre 2028 [17]. Sumitomo Pharma teste aussi son produit aux États-Unis face à une fausse opération, chez 25 participants [18]. Ce sont ces essais avec groupe témoin qui diront si l’effet observé à Kyoto tient. Il faudra ensuite qu’un laboratoire obtienne une autorisation de l’Agence européenne des médicaments, passage obligé de ces thérapies avant toute arrivée en France.

Sources et références

[1] Mainichi Shimbun — iPSパーキンソン病治療「アムシェプリ」 保険適用後初の移植 (Première greffe d'Amchepry depuis la prise en charge par l'assurance maladie), 30 octobre 2026
https://mainichi.jp/articles/20261030/k00/00m/100/336000c

[2] Sumitomo Pharma — Conference on Q2 FY2026 Financial Results, 30 octobre 2026
https://www.sumitomo-pharma.com/news/assets/pdf/eir20261030.pdf

[3] Sawamoto N, Doi D, Nakanishi E et al. — Phase I/II trial of iPS-cell-derived dopaminergic cells for Parkinson's disease, Nature, mai 2025
https://www.nature.com/articles/s41586-025-08700-0

[4] Sumitomo Pharma — 製造販売承認取得のご案内 (notice d'autorisation de l'Amchepry : indication, mode d'emploi, conditions), mars 2026
https://sumitomo-pharma.jp/hubfs/product/package_notification/2026/amchepry_info_test.pdf

[5] Goetz CG, Tilley BC, Shaftman SR et al. — Movement Disorder Society-sponsored revision of the Unified Parkinson's Disease Rating Scale (MDS-UPDRS), Movement Disorders, 2008
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19025984/

[6] Sumitomo Pharma — Announcement on the Approval for Manufacturing and Marketing Authorization of the Allogeneic iPS Cell-Derived Dopaminergic Neural Progenitor Cell Product AMCHEPRY in Japan, 6 mars 2026
https://www.sumitomo-pharma.com/news/20260306.html

[7] Sumitomo Pharma — アムシェプリ 条件及び期限付承認取得 記者会見 (conférence de presse sur l'autorisation conditionnelle), 6 mars 2026
https://www.sumitomo-pharma.co.jp/news/assets/pdf/pr20260306.pdf

[8] Nihon Iji Shinpo — iPS細胞由来の再生医療等製品「アムシェプリ」が保険収載、薬価は約5530万円 (prix de l'Amchepry), 14 mai 2026
https://www.jmedj.co.jp/blogs/product/product_28546

[9] Banque centrale européenne — Taux de change de référence euro/yen, 2 novembre 2026
https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/eurofxref-graph-jpy.en.html

[10] ClinicalTrials.gov — Essais interventionnels « Parkinson Disease » portant sur des cellules issues de cellules souches pluripotentes, extraction du 3 novembre 2026
https://clinicaltrials.gov/search?cond=Parkinson%20Disease&term=pluripotent

[11] University of Cambridge, Department of Clinical Neurosciences — First in-human clinical trial results show feasibility of new Parkinson cell therapy, 9 juillet 2026
https://www.clinical-neuroscience.cam.ac.uk/news/first-human-clinical-trial-results-show-feasibility-new-parkinson-cell-therapy

[12] Parkinson's UK — Landmark European stem cell trial announces positive results, 9 juillet 2026
https://www.parkinsons.org.uk/news/2026/landmark-european-stem-cell-trial-announces-positive-results

[13] reNEW — A milestone reached for Parkinson's research with STEM-PD trial, 14 juillet 2026
https://renew.science/stories/a-milestone-reached-for-parkinsons-research-with-stem-pd-trial

[14] TreeFrog Therapeutics — TreeFrog présente les données de son programme de thérapie cellulaire pour la maladie de Parkinson au 29e Congrès mondial sur la maladie de Parkinson et les troubles connexes (IAPRD), 20 mai 2024
https://treefrog.fr/fr/treefrog-presente-les-donnees-de-son-programme-de-therapie-cellulaire-pour-la-maladie-de-parkinson-au-29e-congres-mondial-sur-la-maladie-de-parkinson-et-les-troubles-connexes-iaprd-a-lisbonne/

[15] France Parkinson — Cellules souches et maladie de Parkinson, mis à jour le 6 mars 2026
https://www.franceparkinson.fr/cellules-souches-et-maladie-de-parkinson/

[16] Santé publique France — Maladie de Parkinson : données
https://inpes.santepubliquefrance.fr/index.php/maladie-de-parkinson/donnees

[17] ClinicalTrials.gov — A Study to Investigate the Efficacy and Safety of Bemdaneprocel in Adults Who Have Parkinson's Disease, NCT06944522
https://clinicaltrials.gov/study/NCT06944522

[18] ClinicalTrials.gov — A Multicenter Study to Evaluate Safety, Tolerability, and Clinical Responses of DSP-1083, NCT06753331
https://clinicaltrials.gov/study/NCT06753331

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