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Lena Glaser ne cherchait pas d’abord à soigner les rhumes. Psychologue et psychothérapeute à l’université de Bâle, en Suisse, elle voulait comprendre pourquoi les gens changent si difficilement les habitudes qui pèsent sur le climat, et elle a choisi la douche froide comme terrain d’essai : un geste quotidien, désagréable, qui économise l’énergie nécessaire pour chauffer l’eau. Sa thèse, soutenue cette année, regroupe trois essais menés en Suisse [2]. Ses résultats de santé ne sont pas encore publiés dans une revue : l’article qui les détaille a été soumis.
Les volontaires avaient 25 ans en moyenne, deux sur trois étaient des femmes, tous en bonne santé et sans habitude de la douche froide. Pendant douze semaines, une partie devait se doucher au réglage le plus froid du mitigeur. Beaucoup ont abandonné dans les deux premières semaines, puis les départs se sont raréfiés, signe selon la chercheuse que l’on s’habitue [1]. Pour mesurer l’effet, l’analyse a comparé les 459 participants qui avaient réellement pris au moins 70 % de douches froides aux autres, et non les groupes tels que le tirage au sort les avait formés. Ce choix affaiblit la comparaison : ceux qui tiennent sous l’eau froide ne ressemblent pas forcément à ceux qui renoncent.
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Douche froide et arrêts maladie : l’essai néerlandais de 2016 reste la référence
Le chiffre de Bâle fait écho à celui d’un essai bien plus large, publié en 2016 dans la revue PLOS One par des médecins d’Amsterdam [3]. De janvier à mars 2015, 3 018 salariés néerlandais de 18 à 65 ans ont été tirés au sort en quatre groupes. Trois d’entre eux prenaient leur douche aussi chaude et aussi longue qu’ils le voulaient, mais devaient la terminer par 30, 60 ou 90 secondes à l’eau la plus froide possible, pendant trente jours. Le quatrième se douchait comme d’habitude. En plein hiver néerlandais, l’eau froide sortait du robinet entre 10 et 12 °C.
Sur les trois mois, les participants des groupes « fin froide » ont déclaré 29 % de jours d’arrêt maladie en moins que le groupe témoin. Mais le nombre de jours où ils se sentaient malades, rhumes et grippes compris, n’a pas baissé de façon nette : l’écart, d’environ 11 %, reste dans la marge du hasard. Les auteurs y voient deux explications possibles : des symptômes peut-être moins intenses pour une même durée, ou une plus grande résistance à l’idée de s’arrêter quand on se sent patraque. Dans cet essai, la douche froide n’a donc pas montré qu’elle éloignait rhumes et grippes : elle semble plutôt changer la façon dont on traverse la maladie, ou dont on la déclare. À Bâle, les jours passés malade ont baissé de 26 %, mais avec la comparaison selon la pratique réelle décrite plus haut.

Les limites tiennent au recrutement. Tout était déclaré par les participants eux-mêmes, qui savaient dans quel groupe ils étaient. L’étude, annoncée comme un test des bienfaits supposés du froid, a attiré des volontaires très sportifs (85 % pratiquaient une activité physique) et en excellente santé : le groupe témoin s’absentait presque trois fois moins que la moyenne des salariés néerlandais à la même période. Dans ce même essai, le sport régulier était associé à 35 % d’arrêts en moins, un peu plus que la douche froide.
| Ce qui a été mesuré | Pays-Bas, 2016 | Bâle, 2026 |
|---|---|---|
| Participants | 3 018 salariés de 18 à 65 ans | 719 adultes, 25 ans en moyenne |
| Consigne | Fin de douche froide de 30, 60 ou 90 s, 30 jours | Douche entièrement froide, 12 semaines |
| Comparaison | Groupes tirés au sort | Selon la pratique réelle |
| Jours d’arrêt maladie | -29 % | -31 % |
| Jours passés malade | -11 %, non significatif | -26 % |

30 secondes d’eau froide ont fait aussi bien que 90
L’essai néerlandais apporte une réponse que la thèse suisse ne donne pas : la durée. Les groupes à 30, 60 et 90 secondes ont obtenu la même baisse des arrêts, sans le moindre écart entre eux. Sur le terrain, les volontaires ont d’ailleurs réglé la question eux-mêmes : à la fin des trois mois, ceux du groupe « 90 secondes » restaient en durée médiane 60 secondes sous l’eau froide, deux fois par semaine. Les chercheurs rappellent que la réaction du corps au froid est la plus forte pendant les 30 premières secondes, ce qui cadre avec l’absence de bénéfice supplémentaire au-delà.
Pour la température, aucun essai n’a comparé plusieurs réglages. Les Néerlandais avaient une eau de 10 à 12 °C, les Suisses le réglage le plus froid de leur installation. Lena Glaser propose une lecture plus souple de sa consigne : une eau aussi froide qu’on la supporte ce jour-là. « L’eau n’a pas besoin d’être aussi froide tous les jours. Nous ne nous sentons pas aussi courageux chaque jour, et c’est très bien », dit-elle [1] (traduction S1N7ESE). Une habitude que l’on garde vaut mieux qu’un défi abandonné : aux Pays-Bas, 79 % des volontaires ont tenu les trente jours et 64 % ont continué ensuite.
Humeur et stress : un mieux-être ressenti, petit une fois mesuré
Les participants des deux études racontent la même chose : plus réveillés, plus d’énergie, la fierté d’avoir affronté l’inconfort. Aux Pays-Bas, beaucoup comparaient l’effet à celui d’un café, et 91 % voulaient continuer. Les questionnaires sont plus mesurés. À Bâle, le bien-être psychologique a progressé de 0,7 point sur l’échelle de 25 du questionnaire de l’Organisation mondiale de la santé, soit environ 3 points sur 100 selon notre calcul. Le seuil d’un changement jugé cliniquement pertinent sur ce questionnaire est de 10 points [6]. Le bien-être physique, lui, n’a pas bougé de façon significative. Aux Pays-Bas, le score de santé mentale était à peine plus élevé après un mois, et l’écart avait disparu à trois mois, trop petit selon les auteurs pour compter en pratique.
Une revue de 2025, qui a rassemblé onze essais contrôlés et 3 177 adultes en bonne santé, va dans le même sens [4]. Le stress mesuré était plus bas douze heures après une immersion froide, mais pas juste après, ni le lendemain. L’effet sur l’humeur n’a été testé que dans une seule étude, sans différence, et l’effet sur l’immunité reste non concluant. Les marqueurs de l’inflammation, eux, augmentaient pendant l’heure qui suit le bain. La plupart de ces études portaient sur des bains froids pris par des hommes, une situation plus intense qu’une fin de douche.
Les 30 premières secondes, le moment où le cœur encaisse le choc
Ce que l’on ressent en ouvrant le robinet froid porte un nom : le choc thermique. Une chute brutale de la température de la peau déclenche un halètement, une respiration qui s’emballe, une décharge d’hormones du stress, une montée de la tension artérielle et parfois des troubles du rythme cardiaque. Le physiologiste Mike Tipton, du laboratoire des environnements extrêmes de l’université de Portsmouth, au Royaume-Uni, et ses collègues rappellent dans le British Journal of Sports Medicine que ce choc culmine dans une eau entre 10 et 15 °C, pendant les 30 premières secondes, avant de s’atténuer [5]. C’est précisément la température de l’essai néerlandais. Leurs conseils visent les bains et la baignade en eau froide, plus intenses qu’une douche, mais le réflexe est le même.

Les deux études ne disent rien des personnes les plus exposées, puisqu’elles les avaient écartées : maladies sévères du cœur ou des poumons aux Pays-Bas, et à Bâle maladies cardiovasculaires sévères, syndrome de Raynaud, asthme sévère, urticaire au froid, grossesse et traitements qui freinent l’immunité. L’équipe de Mike Tipton recommande un avis médical avant de commencer en cas de :
- hypertension artérielle ;
- maladie coronarienne, autre maladie du cœur ou trouble du rythme cardiaque ;
- mort subite ou inexpliquée dans la famille ;
- syndrome de Raynaud ou autre trouble de la circulation des doigts ;
- asthme instable ou déclenché par le froid, épilepsie.
Les mêmes auteurs signalent que certains médicaments, comme les antihistaminiques, ainsi que l’alcool augmentent le risque de troubles du rythme dans l’eau froide. Ces troubles sont plus fréquents quand le froid touche aussi le visage et qu’on retient sa respiration : sous la douche, cela revient à commencer par les jambes et les bras, à respirer lentement et à ne pas passer la tête sous le jet dès la première seconde. Aux Pays-Bas, aucun accident grave n’a été relié aux douches froides. L’effet gênant le plus fréquent était une sensation de froid qui persiste dans le corps, les mains ou les pieds, chez jusqu’à 13 % des participants, et quelques-uns dormaient moins bien quand ils se douchaient froid le soir.

Reste l’argument qui avait lancé la thèse de Bâle : le climat. Pour une douche de 45 litres, passer de 40 °C à 15 °C évite environ 1,3 kWh d’énergie de chauffage, et sur les douze semaines de l’étude, les participants ont réduit leurs émissions d’environ 15 kg de CO2 chacun, l’équivalent d’une centaine de kilomètres en voiture [1]. On ne sait pas s’ils ont gardé l’habitude après l’étude, ni s’ils ont compensé ailleurs, par exemple en se faisant plaisir autrement, ce qui réduirait ce gain.
Sources et références
[1] Université de Bâle — Cold showers benefit the environment and your health, 28 octobre 2026
https://www.unibas.ch/en/News-Events/News/Uni-Research/cold-showers-health-environment.html
[2] Glaser L. — Breaking the habit: psychological strategies to promote health and sustainability, thèse de doctorat, faculté de psychologie, Université de Bâle, 2026
https://edoc.unibas.ch/entities/publication/17cefebc-30b6-463e-bdb8-e747320e78ff
[3] Buijze GA, Sierevelt IN, van der Heijden BCJM, Dijkgraaf MG, Frings-Dresen MHW — The Effect of Cold Showering on Health and Work: A Randomized Controlled Trial, PLOS One, 15 septembre 2016
https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0161749
[4] Cain T, Brinsley J, Bennett H, Nelson M, Maher C, Singh B — Effects of cold-water immersion on health and wellbeing: A systematic review and meta-analysis, PLOS One, 29 janvier 2025
https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0317615
[5] Tipton M, Massey H, Mayhew A, Morgan P — Cold water therapies: minimising risks, British Journal of Sports Medicine, 2022
https://bjsm.bmj.com/content/56/23/1332
[6] Topp CW, Østergaard SD, Søndergaard S, Bech P — The WHO-5 Well-Being Index: a systematic review of the literature, Psychotherapy and Psychosomatics, 2015
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25831962
[7] Euronews — Douches froides : moins de factures, plus de santé et moins d’émissions, 4 novembre 2026
https://fr.euronews.com/2026/11/04/douches-froides-moins-de-factures-plus-de-sante-et-moins-demissions




