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Cinq mois après sa greffe des poumons, la reine Mette-Marit n’a pas encore franchi le cap qui compte le plus pour les malades d’une fibrose pulmonaire

Un livre paru le 5 novembre en Norvège a daté la double greffe des poumons de la reine Mette-Marit et évoqué son donneur, au mépris de l’anonymat que protège la loi. Atteinte d’une fibrose pulmonaire, la reine de 53 ans traverse sa première année de greffée, la plus risquée : en France, près de 3 malades greffés pour cette maladie sur 4 passent ce cap.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo S1N7ESE (1 min 17) : la fibrose pulmonaire de la reine Mette-Marit, l’attente et la survie après une greffe des poumons en France.
Sommaire

« Pendant le match, sa belle-fille a reçu une double greffe de poumons, le donneur étant décédé subitement dans un accident quelque part dans un pays nordique » : la phrase d’Alfred Fidjestøl est glissée au milieu d’Eventyrnettene (« Les nuits féeriques »), son récit de l’épopée de l’équipe de Norvège à la Coupe du monde de football [1]. Elle situe l’opération pendant Norvège-Irak, à la mi-juin, alors que le palais royal n’avait jamais donné de date ni le moindre détail sur le donneur [2], et n’avait annoncé la greffe qu’une fois réalisée pour éviter que des informations illégales circulent [4].

Are Martin Holm, le pneumologue qui suit la reine à l’Hôpital national d’Oslo, a réagi dans le quotidien Dagbladet : « Divulguer la date précise d’une transplantation est gravissime », d’autant que la loi norvégienne interdit de publier toute information susceptible de relier un donneur à son receveur [1]. L’auteur s’est excusé d’une phrase « mal formulée » : « J’aurais dû dire que Mette-Marit avait récemment subi une intervention chirurgicale, et non que l’opération avait eu lieu le jour où la Norvège jouait contre l’Irak. Car je n’en sais rien » [1] [3].

La polémique tombe pendant une convalescence qui dure. Greffée en juin, la reine a de nouveau été hospitalisée le 1er septembre, le jour où son mari prêtait serment comme roi Haakon VIII. « Il n’est pas rare que des complications surviennent après une transplantation pulmonaire. La reine a connu des complications à plusieurs reprises depuis son opération », écrivait alors son pneumologue [5]. Le 7 octobre, le palais a annoncé qu’elle « poursuit sa rééducation » et n’aurait « en principe » aucun programme officiel avant l’été 2027 [6]. Ce qui l’attend, les registres de greffe permettent de le décrire.

En ce moment

La fibrose pulmonaire de Mette-Marit, une maladie que seule la greffe guérit

Mette-Marit a été diagnostiquée en 2018 d’une forme rare de fibrose pulmonaire, une maladie qui épaissit et cicatrise les tissus entourant les alvéoles, ces petits sacs où l’oxygène passe dans le sang [7]. Le jour de son inscription sur la liste d’attente, le 5 juin, Are Holm a résumé le mécanisme : des microlésions laissent des cicatrices qui rigidifient le poumon, un traitement peut ralentir la maladie, mais le tissu cicatriciel augmente avec le temps [4]. « Nous constatons que de nombreuses cicatrices se sont formées au cours de la dernière année », disait-il [4]. Au printemps, la princesse héritière apparaissait en public avec une assistance à oxygène [7].

En France, la forme la plus fréquente, la fibrose pulmonaire idiopathique, c’est-à-dire de cause inconnue, touche 5 000 à 6 000 personnes, le plus souvent après 60 ans [8]. Elle s’annonce par un essoufflement à l’effort qui s’installe, une toux sèche et des crépitements fins que le médecin entend au stéthoscope à la base des poumons, les « râles velcro » [8]. Le protocole national de soins publié par la Haute Autorité de santé est sans détour : il n’existe pas de traitement curatif en dehors de la transplantation pulmonaire, « qui n’est envisageable que dans une minorité de cas » [8].

Photomontage : Florent Pagny, cheveux gris dressés, lunettes teintées et bouc gris, chante bras ouverts devant un micro sur fond noir ; à gauche, en découpe à contour blanc, un film de scanner thoracique bleuté montrant six coupes des poumons et un mouchoir en papier froissé.

La greffe se prépare donc tôt. Le protocole recommande d’en parler dès le diagnostic, et d’inscrire le malade sur la liste quand la maladie accélère, par exemple : capacité respiratoire en baisse de 10 % ou plus en six mois, oxygène du sang qui tombe sous 88 % à la marche, moins de 250 mètres parcourus en six minutes, hospitalisation pour aggravation [8]. L’âge limite tourne autour de 65 ans [8]. À Oslo, les médecins de la reine ont décrit une règle plus directe encore : le malade doit être assez atteint pour qu’on lui prête un an à vivre, et assez solide pour supporter l’opération [4].

En France, près d’une greffe des poumons par jour et une attente courte pour la fibrose

L’Agence de la biomédecine a recensé 331 greffes pulmonaires en 2025, pour 343 nouveaux inscrits ; 9 sur 10 étaient, comme celle de la reine, des greffes des deux poumons [9]. La fibrose en est la deuxième cause : 127 greffes l’an dernier, près de 4 sur 10, juste derrière l’emphysème et la BPCO, la maladie des fumeurs (147) [9].

Douze jours seulement ont séparé l’inscription de Mette-Marit, le 5 juin, de l’annonce de sa greffe, le 17. Ses médecins avaient décrit des conditions d’inscription strictes, une liste d’attente norvégienne plus courte que l’année précédente et des délais alors courts [4]. En France aussi, l’attente est brève pour cette maladie : chez les malades inscrits pour une fibrose entre 2020 et 2025, la moitié ont été greffés en moins de 1,7 mois, 62 % dans les trois mois et 85 % dans l’année [9]. Au centre le plus rapide, l’hôpital Foch de Suresnes, le délai médian est de deux semaines, toutes maladies confondues [9].

Ce délai court a un revers : la fibrose est aussi l’une des maladies où l’on meurt le plus en attendant. Un an après leur inscription, 8 % des malades sont morts ou ont été retirés de la liste parce que leur état ne permettait plus l’opération, contre 4 % pour la BPCO [9]. Quand le souffle s’effondre, la France prévoit une « super-urgence » : pendant 8 jours, renouvelables une fois, le malade passe en priorité au niveau national [8]. L’Agence en a accordé 61 en 2025, toutes maladies confondues [9].

Après la greffe, la première année pèse le plus lourd sur la survie

Les chiffres de survie des greffés pour une fibrose sont moins bons que pour les autres maladies, et l’Agence de la biomédecine les publie sans les lisser. Parmi les 1 519 malades greffés en France pour une fibrose entre 2004 et juin 2024, 89,9 % étaient en vie un mois après l’opération, 73,1 % au bout d’un an et 50,5 % au bout de 5 ans [9]. Pour la BPCO, ces taux sont de 83,0 % à un an et 63,6 % à 5 ans ; pour la mucoviscidose, de 86,2 % et 70,9 % [9]. Le protocole de la Haute Autorité de santé fait le même constat : les résultats progressent, « même s’ils demeurent encore inférieurs à ceux observés pour d’autres indications » [8].

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Infographie S1N7ESE. Greffe des poumons pour une fibrose : la moitié des malades en vie 5 ans après. Données de l’Agence de la biomédecine, greffés en France de 2004 à juin 2024 et inscrits de 2020 à 2025, calculs S1N7ESE. Part des greffés encore en vie 1 an puis 5 ans après la greffe, selon la maladie : fibrose pulmonaire 73,1 % puis 50,5 % ; emphysème ou BPCO 83,0 % puis 63,6 % ; maladie des vaisseaux du poumon 79,7 % puis 65,8 % ; mucoviscidose ou dilatation des bronches 86,2 % puis 70,9 %. Calcul S1N7ESE : parmi les greffés pour une fibrose en vie au bout d’un an, 69 % le sont encore 4 ans plus tard. Attente d’un greffon pour une fibrose pulmonaire en France : délai médian 1,7 mois ; 62 % greffés dans les 3 mois, 85 % dans l’année ; 8 % morts ou retirés de la liste faute d’état suffisant en 1 an ; Mette-Marit, en Norvège : 12 jours. Après une greffe pulmonaire, toutes maladies confondues : 30 % font un rejet aigu, 50 % ont un rejet chronique 5 ans après et 75 % à 10 ans, 16 % une insuffisance rénale sévère à 5 ans, 20 % ont développé un cancer à 5 ans. Sources : Agence de la biomédecine, données 2025 ; Académie nationale de médecine, 2023.
Greffés pour une fibrose pulmonaire, 73,1 % des malades sont en vie un an après, 50,5 % au bout de 5 ans, le plus faible résultat des grandes indications de greffe pulmonaire. Infographie : S1N7ESE, d’après l’Agence de la biomédecine (données 2025) et l’Académie nationale de médecine (2023).

La courbe se lit surtout comme une affaire de premiers mois. Selon notre calcul sur ces données, parmi les greffés pour une fibrose encore en vie au bout d’un an, 69 % le sont encore 4 ans plus tard : passé ce cap, le risque se répartit sur des années plutôt que de se concentrer. Deux éléments jouent plutôt en faveur des greffés d’aujourd’hui. Les résultats se sont améliorés avec le temps : toutes maladies confondues, 83,5 % des malades greffés depuis 2017 sont en vie à un an et 66,1 % à 5 ans [9]. Et la greffe des deux poumons fait mieux que celle d’un seul, avec 64,6 % de greffés en vie à 5 ans contre 49,4 % [9].

Ces moyennes décrivent plus de 1 500 malades aux profils variés, et la forme exacte de la maladie de la reine n’a pas été détaillée : elles ne disent rien de son pronostic personnel. Ses médecins s’en tiennent d’ailleurs à cette réserve depuis le 5 juin, où ils avaient prévenu qu’ils ne parleraient de la greffe qu’en termes généraux, sans rien dire de son cas précis [4].

Rejet, infections, reins : le traitement à vie des greffés des poumons

Pour que l’organisme accepte des poumons venus d’un autre, le greffé prend des immunosuppresseurs toute sa vie. Ils freinent le rejet mais affaiblissent les défenses : le risque d’infection est permanent, d’autant que le poumon greffé reste en contact direct avec l’air extérieur [10]. L’Académie nationale de médecine décrit trois périodes : des infections bactériennes surtout le premier mois, des infections dites opportunistes, qui profitent de l’immunité affaiblie, du premier au sixième mois, puis un risque plus faible mais durable, une fois le traitement stabilisé [10]. Le rejet aigu, lui, frappe environ 30 % des greffés dans la période qui suit l’opération ; il se traite le plus souvent en augmentant la cortisone [10].

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Dans une cuisine baignée par le soleil du matin, une femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux clairs, en gilet gris, assise à une table en bois, souffle dans un petit spiromètre blanc tenu à la main ; à côté d’elle, un smartphone posé à plat et un verre d’eau.
Le souffle se mesure au spiromètre : chez un greffé des poumons, une baisse durable de plus de 20 % de l’air expiré en une seconde, le VEMS, définit le rejet chronique, qui touche la moitié des greffés 5 ans après l’opération. Image d’illustration.

Au-delà de la première année, la menace principale change de nom : la dysfonction chronique du greffon, ou rejet chronique, devient la première cause de décès [10]. Elle touche la moitié des greffés à 5 ans et les trois quarts à 10 ans, le plus souvent sous la forme d’une fibrose des petites bronches, la bronchiolite oblitérante [10]. On la repère au souffle, par une baisse durable de plus de 20 % du volume d’air expiré en une seconde lors d’une spirométrie [11].

Les médicaments laissent aussi leurs propres traces. À 5 ans, 16 % des greffés des poumons ont une insuffisance rénale sévère et 20 % ont développé un cancer ; le diabète, l’ostéoporose et l’excès de cholestérol complètent la liste [10]. Ces traitements interagissent avec beaucoup d’autres : tout nouveau médicament doit être validé par le centre de greffe, et une fièvre impose une prise en charge en urgence [11].

L’anonymat du donneur, une règle que la France partage avec la Norvège

La phrase du livre a choqué parce qu’elle touche au seul point que les familles de donneurs et les greffés ne doivent jamais partager. En France, l’article L1211-5 du Code de la santé publique pose la même règle que la loi norvégienne : le donneur ne peut connaître l’identité du receveur, ni le receveur celle du donneur, et « aucune information permettant d’identifier à la fois celui qui a fait don d’un élément ou d’un produit de son corps et celui qui l’a reçu ne peut être divulguée » [12]. Seule une nécessité thérapeutique permet d’y déroger [12]. Au 31 décembre 2025, environ 3 170 personnes vivaient en France avec des poumons greffés qui fonctionnent [9].

Sources et références

[1] Paris Match — Scandale en Norvège : la date de la transplantation de la reine Mette-Marit dévoilée par accident, Héloïse Broseta, 6 novembre 2026
https://www.parismatch.com/scandale-en-norvege-date-transplantation-reine-mette-marit-devoilee-par-accident-2TLQ4waY25IVMVNtXuA8R3

[2] Point de Vue — Opération de Mette-Marit de Norvège : des détails fuitent dans un livre, le médecin de la reine s’insurge, Lise Saby, 6 novembre 2026
https://www.pointdevue.fr/royal/norvege/operation-de-mette-marit-de-norvege-des-details-fuitent-dans-un-livre-le-medecin-de-la-reine-sinsurge

[3] Soirmag — Des détails sur la transplantation de Mette-Marit dévoilés dans un livre : « Une formulation maladroite », 6 novembre 2026
https://soirmag.lesoir.be/781303/article/2026-11-06/des-details-sur-la-transplantation-de-mette-marit-devoiles-dans-un-livre-une

[4] Histoires royales — La princesse héritière Mette-Marit « n’a plus qu’un an à vivre », Nicolas Fontaine, 5 juin 2026
https://histoiresroyales.fr/princesse-heritiere-mette-marit-diagnostic-greffe-poumons

[5] Point de Vue — Mette-Marit de Norvège hospitalisée à nouveau, Haakon VIII auprès d’elle, Lilian Delhomme, 1er septembre 2026
https://www.pointdevue.fr/royal/norvege/mette-marit-de-norvege-hospitalisee-a-nouveau-haakon-viii-aupres-delle

[6] Soirmag avec l’AFP — La reine Mette-Marit de Norvège n’assurera aucun engagement officiel avant l’été 2027, 7 octobre 2026
https://soirmag.lesoir.be/775423/article/2026-10-07/la-reine-mette-marit-de-norvege-nassurera-aucun-engagement-officiel-avant-lete

[7] Soirmag avec l’AFP — La princesse Mette-Marit a subi une transplantation « réussie » des poumons, 17 juin 2026
https://soirmag.lesoir.be/753571/article/2026-06-17/la-princesse-mette-marit-subi-une-transplantation-reussie-des-poumons

[8] Haute Autorité de santé, centre de référence des maladies pulmonaires rares OrphaLung — Protocole national de diagnostic et de soins : fibrose pulmonaire idiopathique, juillet 2021
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2021-07/respifil_pnds_fpi_2021.pdf

[9] Agence de la biomédecine — Rapport médical et scientifique, greffe cardio-pulmonaire et pulmonaire, données 2025 (extraction Cristal du 16 mars 2026)
https://rams-back.agence-biomedecine.fr/uploads/31076_ABM_PG_Organes_Poumon_Coeur_poumons2025_d96994e0ac.pdf

[10] Académie nationale de médecine — Transplantation pulmonaire de l’adulte en France, état des lieux, rapport adopté le 28 novembre 2023
https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2023/12/Rapport-Transplantation-pulmonaire.pdf

[11] La Revue du Praticien — Transplantation pulmonaire
https://www.larevuedupraticien.fr/article/transplantation-pulmonaire-0

[12] Légifrance — Code de la santé publique, article L1211-5
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006686063

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