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Jean-Luc Lahaye va être papa à 73 ans, un âge où chaque année de plus chez le père laisse dans l’ADN du bébé une trace que les généticiens savent compter

Selon France Dimanche, Paola, l’épouse de Jean-Luc Lahaye, attend un enfant : le chanteur de 73 ans deviendra père pour la troisième fois. Il n’est pas un cas isolé : en 2024, 2,5 % des bébés nés en France avaient un père de 50 ans ou plus, presque deux fois plus qu’en 1998, selon nos calculs sur les données de l’Insee. Or l’âge du père, longtemps ignoré, laisse une trace mesurable dans l’ADN de l’enfant.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo S1N7ESE (1 min 17) : être père après 70 ans, ce que l’âge du père change pour l’ADN du bébé, l’autisme et la fausse couche.
Sommaire

L’information vient de France Dimanche, dans son numéro du vendredi 6 novembre : Paola, qui partage la vie de Jean-Luc Lahaye depuis une dizaine d’années et l’a épousé à Paris, serait enceinte de quatre mois. Le chanteur de « Femme que j’aime », né le 23 décembre 1952, est déjà le père de Margaux, née en 1984, et de Gloria, née en 1986. Si la grossesse arrive à terme au printemps, il aura 74 ans à la naissance de ce troisième enfant, plus de quarante ans après ses deux filles.

Les reprises se sont arrêtées sur l’écart d’âge du couple, plus de trente ans. La question médicale est ailleurs. Une femme ne peut plus concevoir après la ménopause ; un homme, lui, fabrique des spermatozoïdes toute sa vie. Mais cette fabrication continue a un prix, que la génétique sait désormais chiffrer.

En ce moment

Jean-Luc Lahaye transmettra à son enfant des dizaines de mutations de plus qu’un père de 30 ans

En 2012, une équipe islandaise a séquencé le génome entier de 78 familles, père, mère et enfant, pour compter les mutations « de novo », ces modifications de l’ADN absentes chez les deux parents et apparues dans l’ovule ou le spermatozoïde. Résultat : l’âge du père explique à lui seul presque toutes les différences de nombre de mutations d’un enfant à l’autre, avec environ deux mutations de plus par année [1]. Selon le modèle des chercheurs, les mutations d’origine paternelle doublent tous les 16,5 ans [1].

Ce que transmet chaque année d’âge des parents

  • Côté père : 1,51 mutation nouvelle de plus par année d’âge, mesurée sur 1 548 Islandais et leurs parents en 2017 [2].
  • Côté mère : 0,37 mutation de plus par année, soit quatre fois moins [2].
  • Entre un père de 30 ans et un père de 73 ans : environ 65 mutations nouvelles d’écart selon notre calcul (43 ans × 1,51), une extrapolation, puisque les pères de la première étude islandaise avaient 29,7 ans en moyenne [1].

Une mutation nouvelle n’est pas une maladie. Le risque tient à celles qui touchent un gène sensible, et c’est par ce mécanisme que les chercheurs islandais rattachent l’âge du père au risque de troubles comme l’autisme ou la schizophrénie [1].

Une femme enceinte en robe d’été légère, la main posée sur son ventre arrondi, tient un grand verre d’eau glacée couvert de buée près d’une fenêtre aux volets mi-clos.

Autisme, fausse couche, prématurité : des risques en hausse avec l’âge du père, mais modestes

Le lien avec l’autisme a été mesuré sur 5,8 millions d’enfants nés entre 1985 et 2004 au Danemark, en Israël, en Norvège, en Suède et en Australie-Occidentale. À âge de la mère égal, les enfants de pères de 50 ans ou plus avaient un risque relatif d’autisme de 1,66 par rapport à ceux de pères de 20 à 29 ans [3]. Le même travail montre un risque qui grimpe aussi avec l’écart d’âge entre les parents [3], une situation qui est justement celle du couple Lahaye.

À ne pas confondre : risque relatif et risque réel

Un risque relatif de 1,66 signifie 66 % de plus que le groupe de comparaison, pas 66 % d’enfants touchés. Dans cette cohorte, 30 902 enfants sur 5 766 794 avaient reçu un diagnostic d’autisme, environ 5 sur 1 000 [3]. Multiplié par 1,66, ce taux reste sous 1 enfant sur 100, selon notre ordre de grandeur.

Pour la fausse couche, une méta-analyse de neuf études publiée en 2020, ajustée sur l’âge de la mère, trouve un risque qui augmente par paliers : 1,23 pour un père de 40 à 44 ans et 1,43 à partir de 45 ans, comparé à un père de 25 à 29 ans [4]. L’effet est plus net au premier trimestre (1,74) et reste moins marqué que celui de l’âge maternel, notent les auteurs [4]. Pour situer ces chiffres, 15,3 % des grossesses reconnues se terminent par une fausse couche, tous âges confondus [5]. Une grossesse annoncée à quatre mois, comme celle de Paola, a déjà franchi ce premier trimestre.

Sur 40,5 millions de naissances américaines entre 2007 et 2016, un père de 45 ans ou plus est associé à une cote de prématurité de 1,14 par rapport à un père de 25 à 34 ans, la cote valant 1 quand il n’y a aucune différence [6]. Chez la mère, la cote de diabète gestationnel atteint 1,34 avec les compagnons les plus âgés [6]. Les auteurs jugent l’effet modeste à l’échelle de la population, parce que les pères âgés y restent peu nombreux [6].

À lire aussi :  Enceintes, 7 femmes sur 10 se font vacciner contre la coqueluche, mais à peine plus d'une sur 4 contre la grippe, qui protège aussi le bébé

16 708 bébés nés en France en 2024 avaient un père de 50 ans ou plus, presque deux fois plus qu’en 1998

En France aussi, ces pères ne sont plus rares. D’après nos calculs sur l’état civil publié par l’Insee, 10 034 bébés nés en 1998 avaient un père de 50 ans ou plus, soit 1,3 % des naissances ; en 2024, ils étaient 16 708, soit 2,5 % [7]. La progression a eu lieu alors que le nombre total de naissances reculait de 14 %, de 767 906 à 660 787 [7].

Infographie S1N7ESE. Les bébés de pères de 50 ans et plus, deux fois plus fréquents qu’en 1998. Graphique en barres de la part des naissances en France dont le père, ou second parent, avait 50 ans ou plus dans l’année, de 1998 à 2024 : 1,3 % en 1998, 2,5 % en 2024, une hausse presque continue. 16 708 bébés en 2024, dont 1 729 avec un père de 60 ans ou plus, soit 1 naissance sur 380. Ce que les grandes études associent à l’âge du père : plus 1,5 mutation nouvelle transmise par année d’âge du père (Islande, 1 548 familles séquencées, 2017) ; risque relatif de fausse couche de 1,43 pour un père de 45 ans ou plus contre 25 à 29 ans (méta-analyse de 9 études, 2020) ; risque relatif d’autisme de 1,66 pour un père de 50 ans ou plus contre 20 à 29 ans (5,8 millions d’enfants, 5 pays, 2016). Risque relatif : 1 égale même risque que le groupe de pères plus jeunes ; associations observées, l’âge de la mère étant pris en compte. Sources : Insee, état civil, tableau T48TER ; Jónsson et al., Nature 2017 ; du Fossé et al., Human Reproduction Update 2020 ; Sandin et al., Molecular Psychiatry 2016. Calculs de notre rédaction.
La part des bébés dont le père a 50 ans ou plus est passée de 1,3 % en 1998 à 2,5 % en 2024, alors que les naissances ont reculé de 14 %. Infographie : S1N7ESE, d’après l’Insee (état civil), Nature (2017), Human Reproduction Update (2020) et Molecular Psychiatry (2016).

Passé 60 ans, la paternité reste exceptionnelle : 1 729 naissances en 2024, une sur 380 [7]. La proportion relevée par l’Insee pour 2015 tient toujours : parmi les bébés de pères de 50 ans ou plus, environ un sur dix a un père de 60 ans ou plus [8]. Ces chiffres comptent l’âge atteint dans l’année et, depuis 2023, le « second parent », un père dans 99,6 % des cas en 2024 [7].

En France, une AMP n’est plus possible après le 60e anniversaire de l’homme

Le droit français a d’ailleurs tranché la question pour la procréation médicalement assistée. Depuis le décret du 28 septembre 2021 qui applique la loi de bioéthique, le Code de la santé publique fixe des âges limites pour recueillir les gamètes [9].

Les âges limites de l’assistance médicale à la procréation

  • Spermatozoïdes : recueil possible jusqu’au 60e anniversaire de l’homme, en vue d’une AMP [9].
  • Ovocytes : prélèvement possible jusqu’au 43e anniversaire de la femme [9].
  • Insémination ou transfert d’embryon : jusqu’à 45 ans pour la femme qui porte l’enfant et 60 ans pour l’autre membre du couple, selon les règles appliquées par le centre d’AMP du CHU de Strasbourg [10].
  • Congélation de ses gamètes sans raison médicale : de 29 à 45 ans pour les spermatozoïdes [9].
Dans une chambre de maternité de nuit, éclairée par une lampe de chevet ambrée et la lueur bleue du couloir, un homme aux cheveux blancs d’environ 70 ans, lunettes relevées sur le front, assis dans un fauteuil d’hôpital, serre contre sa poitrine un nouveau-né endormi emmailloté dans une couverture blanche et le regarde, ému ; un berceau transparent derrière lui.
En 2024, 1 729 bébés nés en France avaient un père de 60 ans ou plus, une naissance sur 380 selon nos calculs sur l’état civil de l’Insee. Image d’illustration.

À 73 ans, Jean-Luc Lahaye ne pourrait donc pas engager un parcours d’AMP en France. Hors AMP, aucun des textes que nous avons examinés n’encadre l’âge d’un homme qui conçoit un enfant naturellement.

Gros plan sur le bras d’un homme d’une soixantaine d’années, garrot bleu serré, pendant une prise de sang au pli du coude.

L’âge de la mère reste le facteur le plus lourd pour la fausse couche [4], et les deux âges vont souvent de pair : en 2015, 5 000 bébés, soit 0,6 % des naissances, avaient à la fois une mère de 40 ans ou plus et un père de 50 ans ou plus, selon l’Insee [8].

Sources et références

[1] Kong A. et al. — Rate of de novo mutations and the importance of father’s age to disease risk, Nature, 2012
https://doi.org/10.1038/nature11396

[2] Jónsson H. et al. — Parental influence on human germline de novo mutations in 1,548 trios from Iceland, Nature, 2017
https://doi.org/10.1038/nature24018

[3] Sandin S. et al. — Autism risk associated with parental age and with increasing difference in age between the parents, Molecular Psychiatry, 2016
https://doi.org/10.1038/mp.2015.70

[4] du Fossé N. A. et al. — Advanced paternal age is associated with an increased risk of spontaneous miscarriage: a systematic review and meta-analysis, Human Reproduction Update, 2020
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7456349/

[5] Quenby S. et al. — Miscarriage matters: the epidemiological, physical, psychological, and economic costs of early pregnancy loss, The Lancet, 2021
https://doi.org/10.1016/S0140-6736(21)00682-6

[6] Khandwala Y. S. et al. — Association of paternal age with perinatal outcomes between 2007 and 2016 in the United States, BMJ, 2018
https://doi.org/10.1136/bmj.k4372

[7] Insee — Les naissances en 2024 et en séries longues, selon l’âge des parents (tableau T48TER), 29 juillet 2025
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8582128?sommaire=8582147

[8] Insee Focus n° 64 — En 2015, un nouveau-né sur vingt a une mère de 40 ans ou plus, comme en 1948
https://www.insee.fr/fr/statistiques/2121626

[9] Décret n° 2021-1243 du 28 septembre 2021 fixant les conditions d’organisation et de prise en charge des parcours d’assistance médicale à la procréation, Journal officiel
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044111531

[10] Hôpitaux universitaires de Strasbourg — Informations du service d’AMP
https://www.chru-strasbourg.fr/informations-du-service-damp

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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