Aller au contenu
Santé au quotidien

Le passage à l’heure d’hiver ramène la lumière du matin avant 8 h à Paris jusqu’à la mi-novembre, un des leviers cités contre la dépression « circadienne »

La dépression « circadienne » toucherait 23 % des malades d'une vaste cohorte australienne, et la lumière du matin compte parmi les leviers cités. Avec l'heure d'hiver, elle revient avant 8 h, mais jusqu'à la mi-novembre seulement à Paris : nos calculs pour huit villes.

Relu par Antoine BOUQUET
Dans une chambre encore sombre, une femme d'une trentaine d'années en pyjama est assise au bord du lit défait, le visage dans la main, tournée vers la fenêtre d'où entre le soleil bas d'un matin d'automne.
Rideau tiré au réveil, la lumière basse d'un matin d'automne entre dans la chambre. Depuis le passage à l'heure d'hiver, le 25 octobre, le soleil se lève à Paris vers 7 h 30 au lieu de 8 h 25 : c'est cette lumière du matin que les auteurs de l'étude sur la dépression « circadienne » placent en tête des leviers.

« Une dépression sur quatre » serait liée à l’horloge biologique. Le chiffre, repris depuis une semaine par Futura, Courrier international ou Sud Ouest [5][8], vient d’une étude australienne publiée le 21 octobre dans le British Journal of Psychiatry. Elle décrit une dépression dite « circadienne » chez 23 % de 11 380 adultes suivis pour une dépression le plus souvent sévère ou récidivante [1][2]. Parmi les leviers que citent ses auteurs, la lumière du matin vient en premier [3]. Or le passage à l’heure d’hiver, dans la nuit du 24 au 25 octobre [6], a justement déplacé cette lumière sur le cadran : à Paris, le soleil s’est levé à 8 h 24 le samedi 24 octobre et à 7 h 28 le lundi 26, selon nos calculs. Ce gain ne dure pas : le lever repassera après 8 h dès le 16 novembre.

D’où vient le chiffre d’une dépression circadienne sur quatre

Le mot « circadien » désigne le rythme d’environ 24 heures que règle l’horloge interne : alternance veille-sommeil, vigilance, appétit, température du corps. Les chercheurs de l’université de Sydney ont cherché les signes d’un dérèglement de cette horloge dans les réponses aux questionnaires de l’Australian Genetics of Depression Study, une grande cohorte nationale [2].

Le « 1 sur 4 » doit être lu avec son dénominateur. Il ne s’agit pas d’une part de toutes les dépressions, encore moins de la population : 2 604 participants sur 11 380, soit 23 %, tous adultes ayant déclaré un diagnostic ou un traitement de dépression, et dont seuls 4 % n’avaient connu qu’un seul épisode. Tous étaient d’ascendance européenne, condition fixée pour les analyses génétiques [2][4].

L’étude est récente, mais ses données ne le sont pas. Les questionnaires ont été remplis entre septembre 2016 et septembre 2018. Le travail a d’abord été mis en ligne en prépublication, sans relecture par d’autres chercheurs, le 25 février 2026, avant sa parution dans la revue britannique le 21 octobre [4][2].

En ce moment

Pour entrer dans le profil « circadien », il fallait cocher au moins 3 de ces 6 signes. Entre parenthèses, la part des 2 604 personnes concernées qui présentaient chacun d’eux [2] :

  • dormir davantage pendant les pires semaines de la dépression (84 %) ;
  • se sentir très fatigué dans la demi-heure qui suit le réveil (83 %) ;
  • se décrire comme nettement « du soir » (68 %) ;
  • avoir un sommeil très décalé vers le matin : entre 35 et 64 ans, un milieu de nuit après 5 h, par exemple en dormant de 1 h à 9 h (42 %) ;
  • voir son humeur, son énergie, son sommeil ou son appétit changer nettement avec les saisons (41 %) ;
  • décaler son sommeil d’au moins 2 heures entre les jours travaillés et les jours libres, entre 35 et 64 ans (35 %).
À lire aussi :  Réveillé à 3 h du matin ? L'étude sur le cortisol souvent citée dit autre chose, et un médecin du sommeil donne 3 réflexes pour se rendormir

Ces malades ont connu leur premier épisode plus tôt, à 18,7 ans en moyenne contre 23,2 ans pour les autres participants, avec des symptômes plus lourds. Ils jugent aussi moins souvent efficaces les antidépresseurs les plus prescrits, de la famille des ISRS (sertraline, escitalopram…) et des IRSN (venlafaxine, duloxétine…), avec un écart modeste et sur la foi de leurs souvenirs, pas d’un essai comparatif [2].

Pourquoi la lumière du matin revient dans les conseils des chercheurs

L’horloge interne ne tourne pas exactement sur 24 heures : elle se recale chaque jour, et la lumière en est le principal signal [5]. C’est ce réglage qui serait perturbé dans la dépression circadienne, comme un décalage horaire permanent. Le psychiatre Ian Hickie, co-auteur de l’étude, cite pour ces patients l’exposition à la lumière le matin, l’activité pendant la journée et la régularité des heures de sommeil et des repas, des leviers qu’il juge « essentiels » (traduction de la rédaction) [3]. Il y voit aussi la marque de nos modes de vie : « Nous vivons à une époque qui nous incite à rester chez nous, à passer nos journées devant un ordinateur, à éviter la lumière, puis à veiller la nuit et à nous y exposer », a-t-il déclaré au New Scientist [7].

Son collègue Jacob Crouse va plus loin : la luminothérapie et la mélatonine, l’hormone qui signale la nuit à l’organisme, pourraient être proposées « beaucoup plus tôt » à ces patients [1]. Aucun de ces traitements n’a été testé dans l’étude, et un essai sur la mélatonine est en préparation [7].

Heure d’hiver : une heure de lumière gagnée le matin, jusqu’à la mi-novembre à Paris

Dans la nuit du 24 au 25 octobre, à 3 heures, il était 2 heures [6]. Le soleil n’a pas changé de course, mais nos horaires, eux, se sont décalés d’une heure par rapport à lui. Pour qui se lève à 7 h et part travailler à 8 h, le trajet du matin se fait de nouveau de jour. Nous avons calculé, pour huit grandes villes, l’heure du lever du soleil avant et après le changement d’heure, et la date à laquelle il repassera après 8 h.

À lire aussi :  Cancer de la prostate : chez 3 709 patients français, le lutétium-177 confirme l'essai qui l'a fait rembourser, mais reste réservé aux formes avancées
VilleLever le 24/10Lever le 26/10De nouveau après 8 h
Brest8 h 517 h 5430 octobre
Lille8 h 257 h 2814 novembre
Paris8 h 247 h 2816 novembre
Bordeaux8 h 297 h 3216 novembre
Lyon8 h 097 h 1230 novembre
Strasbourg8 h 027 h 051er décembre
Marseille8 h 037 h 0510 décembre
Nice7 h 566 h 5919 décembre

Le répit est donc bref à l’ouest et au nord, plus long dans le sud-est. À Paris, le lever atteint son heure la plus tardive, 8 h 44, autour du 28 décembre (9 h 09 à Brest), et ne repasse avant 8 h que le 15 février. L’autre face du changement d’heure se lit le soir : le coucher du soleil est passé de 18 h 43 à 17 h 40 à Paris d’un jour à l’autre.

Infographie : courbe du lever du soleil à Paris d'octobre à février, qui chute de 8 h 24 à 7 h 28 au passage à l'heure d'hiver puis repasse après 8 h le 16 novembre ; date du retour après 8 h pour huit villes ; chiffres clés de l'étude australienne et de l'étude danoise.
À Paris, le lever du soleil passe de 8 h 24 à 7 h 28 avec l’heure d’hiver, puis repasse après 8 h dès le 16 novembre ; à Brest, dès le 30 octobre. Infographie : S1N7ESE, levers calculés pour huit villes, d’après Tonini et al. (2026) et Hansen et al. (2017).

Au Danemark, plus d’épisodes dépressifs dans les semaines qui suivent l’heure d’hiver

L’étude australienne ne dit rien du changement d’heure. Une autre, danoise, s’y est intéressée. À partir de 185 419 contacts hospitaliers pour dépression entre 1995 et 2012, des chercheurs de Copenhague et d’Aarhus ont observé que le passage à l’heure d’hiver était suivi d’une hausse de 11 % des nouveaux épisodes dépressifs, un effet qui s’estompait en une dizaine de semaines. Le passage à l’heure d’été, au printemps, n’avait pas d’effet comparable [9].

Les auteurs avancent une explication qui ne tient pas à l’heure de sommeil gagnée : l’avancée brutale du coucher du soleil, qui annonce une longue période de jours courts [9]. Il s’agit d’une association, mesurée sur des cas assez sévères pour mener à l’hôpital, dans un pays plus au nord que la France. Mais elle rejoint le fil de l’étude australienne : la lumière, et son calendrier, pèse sur l’humeur de certains malades, au point que les variations saisonnières font partie des six signes du profil circadien.

À lire aussi :  Enceintes, 7 femmes sur 10 se font vacciner contre la coqueluche, mais à peine plus d'une sur 4 contre la grippe, qui protège aussi le bébé
Dans une rue bordée d'immeubles en pierre et de platanes aux feuilles jaunes, un homme en manteau marine et écharpe marche vers le soleil levant, un gobelet de café à la main.
Un trajet à pied à la lumière du matin : pour qui part à 8 h, il se fait de jour à Paris jusqu’à la mi-novembre, puis de nouveau dans la pénombre jusqu’à la mi-février.

Ce que ces résultats changent pour les personnes concernées

Les questions que pose ce profil sont rarement posées face à une dépression : à quelle heure vous couchez-vous et vous levez-vous en semaine, puis le week-end ? Dans quel état êtes-vous la première demi-heure après le réveil ? Votre moral suit-il les saisons ? Pour les chercheurs de Sydney, ces réponses devraient orienter plus tôt vers des approches qui visent l’horloge elle-même [1]. Jacob Crouse invite les personnes dont l’antidépresseur ne fonctionne pas à en parler à leur médecin, sans arrêter le traitement de leur propre chef [1].

Les semaines qui viennent offrent un repère concret : tant que le soleil se lève avant 8 h, une sortie à pied le matin se fait à la lumière du jour. Les réveils nocturnes, fréquents en période de dépression, relèvent d’autres réflexes, détaillés dans notre article sur le réveil à 3 h du matin.

Une femme d'une cinquantaine d'années, allongée dans son lit dans une chambre plongée dans la pénombre, les yeux ouverts au milieu de la nuit.

La dépression circadienne ne figure dans aucune classification officielle, et cette étude ne suffit pas à l’y faire entrer. Les signes retenus décrivent des habitudes de sommeil déclarées, sans mesure directe de l’horloge interne comme le dosage de la mélatonine, et les données recueillies à un instant donné montrent une association, pas que l’horloge est la cause de la dépression. Les auteurs demandent eux-mêmes que le profil soit retrouvé dans d’autres populations avant de s’en servir pour choisir un traitement [2]. Ian Hickie déclare par ailleurs avoir mené des recherches financées par le laboratoire Servier sur l’agomélatine, un antidépresseur qui agit sur les récepteurs de la mélatonine [1].

Sources et références

[1] Université de Sydney — Researchers identify new “circadian” subtype of depression, communiqué du 21 octobre 2026
https://www.sydney.edu.au/news-opinion/news/2026/10/21/researchers-identify-circadian-subtype-of-depression-.html

[2] Tonini E., Crouse J. J., Hickie I. B. et al. — Clinical and genetic correlates of a circadian subtype of depression in the Australian Genetics of Depression Study, British Journal of Psychiatry, 21 octobre 2026, doi:10.1192/bjp.2026.10798
https://www.cambridge.org/core/journals/the-british-journal-of-psychiatry/article/clinical-and-genetic-correlates-of-a-circadian-subtype-of-depression-in-the-australian-genetics-of-depression-study/A3429C15041E6BA0570968117909DDB6

[3] The Guardian — Australian researchers identify new subtype of depression linked to body clock disruptions, 21 octobre 2026
https://www.theguardian.com/society/2026/oct/21/australian-researchers-identify-new-subtype-of-depression-linked-to-body-clock-disruptions

[4] Tonini E. et al. — même étude, prépublication medRxiv du 25 février 2026 (méthodes : cohorte, période de recueil 2016-2018, critères)
https://doi.org/10.64898/2026.02.23.26346917

[5] Futura — Qu'est-ce que la dépression « circadienne », un nouveau type de dépression qui concernerait jusqu'à 25 % des personnes dépressives ?, octobre 2026
https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/depression-quest-ce-depression-circadienne-nouveau-type-depression-concernerait-jusqua-25-personnes-depressives-138726/

[6] info.gouv.fr — Changement d'heure : ce qu'il faut savoir sur le passage à l'heure d'hiver, mis à jour le 23 octobre 2026
https://www.info.gouv.fr/actualite/changement-d-heure-ce-qu-il-faut-savoir-sur-le-passage-a-l-heure-d-hiver

[7] Slate.fr — Près d'un quart des dépressions seraient liées à un dérèglement de l'horloge biologique, 23 octobre 2026 (propos d'Ian Hickie au New Scientist)
https://www.slate.fr/sante/depression-circadienne-etude-scientifique-horloge-biologique-maladie-medicament

[8] Courrier international — La « dépression circadienne » toucherait un patient sur quatre, octobre 2026
https://www.courrierinternational.com/article/sante-mentale-la-depression-circadienne-toucherait-un-patient-sur-quatre_280415

[9] Hansen B. T., Sønderskov K. M., Hageman I., Dinesen P. T., Østergaard S. D. — Daylight Savings Time Transitions and the Incidence Rate of Unipolar Depressive Episodes, Epidemiology, 2017;28(3):346-353
https://doi.org/10.1097/EDE.0000000000000580

Information générale. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

Dans la même rubrique