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Tout le mois de novembre, des moustaches poussent au nom de la santé des hommes, et des hôpitaux installent dans leur hall des stands d’information sur les cancers masculins. Le plus fréquent d’entre eux a pourtant un statut à part. Contrairement aux cancers du sein, du côlon ou du col de l’utérus, le cancer de la prostate ne donne lieu à aucun courrier d’invitation : le dosage du PSA se décide homme par homme, au cabinet du médecin. Et c’est là que se posent les vraies questions. Faut-il le faire, à partir de quel âge, et faut-il le refaire tous les ans ?
L’enjeu n’est pas mince : avec 59 885 nouveaux cas estimés en 2018 et 9 228 décès en 2022, c’est le cancer le plus fréquent chez l’homme [5]. Il est rare avant 50 ans, le nombre de cas culmine autour de 70 ans, et les trois quarts des décès surviennent après 75 ans [5].
Dosage du PSA : sans dépistage organisé, une prise de sang déjà très répandue
Faute de programme, personne ne publie de taux de participation. Nous l’avons calculé à partir des remboursements de l’Assurance maladie, qui comptent chaque année les hommes ayant eu au moins un dosage du PSA total, rapportés à la population masculine estimée par l’Insee [1][2]. En 2025, 4,71 millions d’hommes de 60 ans et plus ont eu ce dosage remboursé, soit 55,0 % de cette tranche d’âge, contre 44,0 % en 2015. Chez les 40-59 ans, la part est passée de 15,7 % à 22,3 % (calculs S1N7ESE).
Le vieillissement n’explique pas tout. En dix ans, le nombre d’hommes de 60 ans et plus testés a augmenté de 50 %, quand leur population progressait de 20 %. Chez les 40-59 ans, il a crû de 39 % alors que leur nombre baissait légèrement. L’année 2025 marque à elle seule un bond de 11,5 % chez les plus de 60 ans. Près de trois dosages sur quatre (72 %) sont prescrits par un médecin généraliste (calculs S1N7ESE) [1].
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Ces comptes mélangent des usages que la base ne distingue pas : le premier dosage d’un homme sans symptôme, le contrôle d’un résultat élevé, le bilan de troubles urinaires et le suivi des hommes déjà soignés ou placés sous surveillance active, pour qui les urologues prévoient un PSA tous les six mois [8]. Ce suivi explique en partie que les hommes de 60 ans et plus testés en 2025 l’aient été 1,44 fois en moyenne dans l’année. L’ordre de grandeur reste parlant : la France pratique déjà un dépistage de masse, de fait, mais sans ce qu’apporte un programme organisé, c’est-à-dire une information identique pour tous, un rythme et un âge d’arrêt. La question utile n’est donc plus de savoir si le test existe, mais s’il est fait au bon âge, au bon rythme et en sachant ce qui peut suivre.

Pourquoi la HAS ne recommande pas de dépistage du cancer de la prostate pour tous
Le PSA, ou antigène prostatique spécifique, est une protéine fabriquée par la prostate et présente en petite quantité dans le sang. Un taux élevé peut signaler un cancer, mais aussi un adénome, une prostatite ou une infection urinaire. Selon l’Institut national du cancer (INCa), 70 % des PSA élevés ne sont finalement pas liés à un cancer, et à l’inverse un PSA bas passe à côté d’un cancer dans 10 % des cas [5].
C’est ce qui fonde la position de la Haute Autorité de santé (HAS). Dès 1999, l’Anaes, qui l’a précédée, avait recommandé de ne pas organiser de dépistage systématique. La HAS l’a maintenu en 2010, après les deux grands essais publiés en 2009, en pointant les faux positifs, le surdiagnostic et les traitements inutiles [3]. En 2012, elle a étendu cette conclusion aux hommes à risque, faute de preuve d’une baisse de la mortalité dans ces groupes [4]. La fiche officielle de l’acte reprend toujours sa phrase : « les bénéfices d’un dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA ne sont pas établis et des effets délétères ont été clairement identifiés » [10].
Le surdiagnostic désigne des cancers bien réels qui ne seraient jamais devenus dangereux. Selon l’INCa, c’est le cas de près de la moitié des cancers dépistés, et on ne sait pas les distinguer des autres au moment du diagnostic [5]. Or les traitements laissent des traces : plus d’un homme sur deux aura au moins une complication, sexuelle, urinaire ou digestive, dans les deux ans qui suivent leur début [5].
Les urologues lisent les mêmes essais autrement. L’Association française d’urologie (AFU) ne recommande pas non plus de dépistage organisé, mais elle retient de l’essai européen ERSPC qu’un dosage proposé de 50 à 69 ans réduit de 21 % la mortalité par cancer de la prostate au bout de 16 ans, avec 570 hommes à dépister pour éviter un décès [7]. D’où sa « détection précoce » : une démarche individuelle, après information et avec l’accord de l’homme, réservée à ceux qui ont au moins dix ans d’espérance de vie devant eux [7].

À partir de quel âge faire doser son PSA, et à quel rythme
Pour ces hommes, les recommandations 2024-2026 de l’AFU donnent des repères précis [7][8].
| Situation | Quand en parler | Rythme si le PSA reste bas |
|---|---|---|
| Aucun facteur de risque | 50 ans | Tous les 2 à 4 ans |
| Antécédents familiaux de cancer de la prostate, ou origine africaine ou antillaise | 40 ou 45 ans, voire 10 ans avant le plus jeune cas de la famille | Tous les 2 à 4 ans, selon le risque |
| Mutation génétique BRCA2 ou HOXB13 connue | Dès 40 ans dans l’essai de référence | Chaque année |
Le seuil retenu est de 3 ng/mL. En dessous, le contrôle suivant vient deux à quatre ans plus tard, et l’AFU écrit qu’« il n’y a pas d’argument en faveur d’une détection annuelle » [7]. Au-dessus, la suite passe par une évaluation plus fine du risque, et l’IRM de la prostate est recommandée avant toute biopsie [7]. Quelques jours avant la prise de sang, mieux vaut éviter les rapports sexuels et le toucher rectal, qui peuvent fausser le résultat [5].
Le repère d’arrêt est le moins connu. L’AFU conseille d’interrompre la démarche quand l’espérance de vie estimée passe sous dix ans, en notant qu’il n’existe pas de données solides au-delà de 70 ans [7]. C’est aussi l’âge limite retenu par la recommandation européenne de 2022 [15]. Les données de remboursement ne permettent pas de mesurer la part des tests faits après 70 ans, car leur dernière tranche d’âge commence à 60 ans. Elles donnent pourtant un ordre de grandeur : même si tous les hommes de 60 ans et plus suivaient le rythme le plus serré, un dosage tous les deux ans, la moitié d’entre eux seulement serait testée chaque année. En 2025, 55 % l’ont été, suivis et bilans de symptômes compris (calcul S1N7ESE).
Combien coûte le dosage du PSA et ce que rembourse l’Assurance maladie
Le PSA total est coté 30 B dans la nomenclature de biologie [10]. Avec une lettre B à 0,25 € en métropole depuis janvier 2024, le dosage lui-même coûte 7,50 €, 8,70 € aux Antilles et 9,30 € en Guyane, à La Réunion et à Mayotte [11]. Certaines reprises évoquent encore 8,10 €, le prix obtenu avec une ancienne valeur de la lettre B. D’autres lignes peuvent s’ajouter sur la facture du laboratoire, comme le prélèvement.
Sur ordonnance, l’Assurance maladie en rembourse 60 %, comme pour toute analyse de biologie, et retient 2 € de participation forfaitaire, qu’aucune mutuelle ne rembourse [12]. Le reste, le ticket modérateur, est pris en charge par une complémentaire santé responsable. Sans ordonnance, le laboratoire peut faire le dosage, mais il n’est pas remboursé.
Pour aborder le sujet sans rendez-vous dédié, les bilans de prévention de 45-50 ans et de 60-65 ans, pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, passent en revue les antécédents médicaux personnels et familiaux [13]. Le ministère de la Santé les présente comme une occasion de repérer les hommes à risque et de les informer sur ce dépistage individuel [9].
Troubles urinaires, sang dans le sperme : ce n’est plus du dépistage
Le dépistage concerne des hommes qui vont bien. Dès qu’un trouble apparaît, la logique change : on consulte, et le dosage du PSA devient un examen de diagnostic parmi d’autres. L’INCa cite la difficulté à uriner, un besoin plus fréquent, l’impossibilité d’uriner, des douleurs ou des brûlures, des éjaculations douloureuses ou des troubles de l’éjaculation [5]. Le plus souvent, un adénome, c’est-à-dire une augmentation bénigne du volume de la prostate, ou une prostatite en sont la cause [5].

Quand le cancer est évolué, il peut provoquer une infection urinaire, du sang dans les urines ou dans le sperme, une rétention d’urine, des douleurs dans le bas du dos ou dans les os [6]. Le plus souvent, pourtant, il est découvert avant tout symptôme, après un dosage du PSA ou un toucher rectal anormal [6].
L’Europe pousse un dépistage ciblé, associant PSA et IRM
Le débat bouge à l’échelle européenne. Le 9 décembre 2022, le Conseil de l’Union européenne a invité les États, au vu du nombre de dépistages opportunistes, c’est-à-dire faits hors de tout programme comme en France, à évaluer la faisabilité et l’efficacité de programmes organisés [14]. Ces programmes reposeraient sur le PSA chez les hommes jusqu’à 70 ans, avec une IRM pour la suite [15]. Le projet européen PRAISE-U, mené d’avril 2023 à septembre 2026 dans onze pays dont la France, devait concevoir un algorithme de détection précoce adaptable à chaque pays, qui évite les diagnostics et traitements inutiles [16]. Deux essais suédois ont déjà montré l’intérêt de l’IRM pour réduire les biopsies inutiles et la détection de cancers sans gravité [7].
En France, la réponse du ministère de la Santé à une question écrite de députée, publiée le 3 février 2026, écarte toute campagne nationale et renvoie à un programme de recherche sur le dépistage des seuls cancers agressifs, soutenu par l’INCa, la Ligue contre le cancer et la Fondation ARC [9]. Le ministère y indique qu’une nouvelle saisine de la HAS « pourrait être proposée » pour actualiser sa recommandation de 2012 [9].
Sources et références
[1] Assurance maladie — Open Bio, bases complémentaires enrichies des dénombrements de bénéficiaires, années 2015 à 2025 (acte 7318, PSA total)
https://www.data.gouv.fr/datasets/open-bio-base-complete-sur-les-depenses-de-biologie-medicale-interregimes
[2] Insee — Population au 1er janvier par sexe et âge détaillé, Insee Résultats, mai 2025
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8560651
[3] Haute Autorité de santé — La Haute Autorité de Santé maintient ses recommandations sur le dépistage du cancer de la prostate, 22 juin 2010
https://www.has-sante.fr/jcms/c_961215/fr/la-haute-autorite-de-sante-maintient-ses-recommandations-sur-le-depistage-du-cancer-de-la-prostate
[4] Haute Autorité de santé — Dépistage du cancer de la prostate chez les populations d'hommes présentant des facteurs de risque, 2012
https://www.has-sante.fr/jcms/r_1496949/fr/depistage-du-cancer-de-la-prostate-chez-les-populations-d-hommes-presentant-des-facteurs-de-risque
[5] Institut national du cancer — Dépistage du cancer de la prostate, mis à jour le 6 novembre 2025
https://www.cancer.fr/toute-l-information-sur-les-cancers/se-faire-depister/les-depistages/depistage-du-cancer-de-la-prostate
[6] Institut national du cancer — L'essentiel sur les cancers de la prostate
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/prostate/comprendre-la-maladie/l-essentiel
[7] Ploussard G, Baboudjian M, Barret E et al. — Recommandations françaises du comité de cancérologie de l'AFU – Actualisation 2024–2026 : cancer de la prostate – diagnostic et prise en charge de la maladie localisée, Progrès en urologie – FMC, 2024
https://www.urofrance.org/recommandation/recommandations-francaises-du-comite-de-cancerologie-de-lafu-actualisation-2024-2026-cancer-de-la-prostate-diagnostic-et-prise-en-charge/
[8] Association française d'urologie — L'essentiel de la prise en charge du cancer de la prostate : principaux changements des recommandations 2024-2026 et amendements 2025, avril 2026
https://www.urofrance.org/wp-content/uploads/2026/07/RECaP_Recordati.pdf
[9] Assemblée nationale — Question écrite n° 8344 sur la stratégie nationale de dépistage organisé du cancer de la prostate, réponse publiée le 3 février 2026
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE8344
[10] Assurance maladie — Table nationale de biologie, fiche de l'acte 7318 (PSA total)
http://www.codage.ext.cnamts.fr/cgi/nabm/cgi-fiche?p_code_nabm=7318&p_date_jo_arrete=%25&p_menu=FICHE&p_site=AMELI
[11] Légifrance — Arrêté du 5 janvier 2024 portant approbation de l'avenant n° 12 à la convention nationale des laboratoires (valeur de la lettre clé B)
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048898848
[12] ameli.fr — La participation forfaitaire de 2 €
https://www.ameli.fr/assure/remboursements/reste-charge/participation-forfaitaire-2-euros
[13] ameli.fr — Mon bilan prévention, un temps d'échange dédié à la prévention
https://www.ameli.fr/medecin/sante-prevention/bilan-prevention-ages-cles
[14] Conseil de l'Union européenne — Le Conseil met à jour sa recommandation sur le dépistage du cancer, 9 décembre 2022
https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2022/12/09/council-updates-its-recommendation-to-screen-for-cancer/
[15] Commission européenne, représentation en France — La Commission se félicite de l'adoption de nouvelles recommandations de l'UE en matière de dépistage, 9 décembre 2022
https://france.representation.ec.europa.eu/informations-et-evenements/informations/la-commission-se-felicite-de-ladoption-de-nouvelles-recommandations-de-lue-en-matiere-de-depistage-2022-12-09_fr
[16] Commission européenne — PRAISE-U, PRostate cancer Awareness and Initiative for Screening in the European Union
https://health.ec.europa.eu/non-communicable-diseases/cancer/europes-beating-cancer-plan-eu4health-financed-projects/projects/praise-u_en





